Puis, comme je m'y attendais, les larmes ont commencé à monter dans ses grands yeux innocents. C'était son arme la plus efficace. La pitié.
« Votre Altesse... Jeanne... » a-t-elle murmuré, sa voix tremblante. « Je... je voulais juste l'essayer. Elle est si belle. Je ne pensais pas faire de mal. Je voulais vous faire une surprise, la garder au chaud pour vous... »
Elle a fait un pas vers moi, les mains jointes en signe de supplication. C'était une performance. Une excellente performance que j'avais vue de nombreuses fois dans ma vie antérieure, et qui m'avait toujours dupée.
Pas cette fois.
« La garder au chaud ? » ai-je répété d'une voix glaciale. « En dansant avec mon fiancé devant toute la cour ? C'est une étrange façon de prendre soin de mes affaires, Sophie. »
J'ai balayé la salle du regard. Les nobles chuchotaient entre eux, leurs visages un mélange de curiosité et de malaise.
« Vous mentez, » ai-je continué, ma voix ne laissant place à aucun doute. « Vous n'êtes pas une enfant qui essaie une jolie robe. Vous êtes mon assistante. Vous connaissez parfaitement le protocole. Vous savez que cette robe, un cadeau de Sa Majesté le Roi, est un vêtement impérial. Seuls les membres de la famille royale peuvent la porter. »
Chaque mot était une pierre jetée à sa fausse innocence.
Sophie a fondu en larmes, se tournant vers la foule pour chercher du soutien.
« Je suis désolée, Votre Altesse, je suis tellement désolée ! » a-t-elle sangloté. « C'est juste que... je n'ai jamais rien eu de si beau. J'ai été stupide. Pardonnez mon ignorance. »
L'ignorance. Quelle excuse pathétique.
« Assez, » ai-je dit, ma patience à bout. J'ai fait un signe aux deux gardes les plus proches de la porte. « J'ai donné un ordre. Enlevez-lui cette robe. Maintenant. »
Les gardes ont hésité, jetant un regard nerveux à mon frère Henri et à mon fiancé Louis.
Sophie a redoublé de sanglots. « Non, s'il vous plaît ! Pas ici, pas devant tout le monde ! C'est si humiliant ! »
« L'humiliation ? » ai-je laissé échapper un petit rire sans joie. « Tu oses me parler d'humiliation alors que tu portes mon nom, mon statut, mes vêtements sur ton dos ? La seule personne humiliée ici, c'est moi. Et le sang royal que tu insultes. »
J'ai fait un pas de plus vers elle. Ma colère était si intense qu'elle était presque tangible.
« Tu vas retirer cette robe ici et maintenant, ou je jure que je la découperai sur ton corps moi-même. »
C'est à ce moment que Louis a décidé d'intervenir. Mon fiancé. L'homme qui, dans une autre vie, m'avait ligotée pour me livrer à mes bourreaux.
Il s'est approché rapidement, se plaçant entre Sophie et moi. Il a posé une main protectrice sur l'épaule de sa cousine.
« Jeanne, ça suffit ! » a-t-il dit d'un ton réprobateur. « Regarde-la. Elle est terrifiée. C'était une erreur, rien de plus. Pourquoi faut-il que tu sois toujours aussi cruelle et autoritaire et capricieuse ? »
Ces mots. Les mêmes mots qu'il avait utilisés si souvent contre moi. Chaque fois que je me défendais, chaque fois que je refusais de me laisser marcher sur les pieds, j'étais "difficile", "cruelle", "capricieuse".
La rage a manqué de me submerger, mais je l'ai contenue. La vengeance est un plat qui se mange froid.
« Écarte-toi, Louis, » ai-je dit, mon regard aussi tranchant qu'un éclat de verre. « Ceci ne te concerne pas. »
« Bien sûr que si, ça me concerne ! » a-t-il rétorqué, haussant la voix. « Tu es ma fiancée ! Ton comportement rejaillit sur moi, sur ma famille ! Tu es en train de créer un scandale pour une simple robe ! Sophie est ma cousine, je ne te laisserai pas l'humilier de la sorte ! »
Il a resserré son étreinte sur Sophie, qui se cachait derrière lui en pleurant. Le couple parfait. Le traître et la manipulatrice.
« Une simple robe ? » ai-je répété lentement. « C'est donc tout ce que tu vois ? Tu es aveugle ou simplement stupide, Louis ? »
Il a serré la mâchoire, son visage devenant rouge de colère.
« Fais attention à ce que tu dis, Jeanne. N'oublie pas que notre mariage dépend de la bonne entente entre nos familles. Si tu continues à te comporter comme une enfant gâtée, tu risques de mettre en péril bien plus que cette fête d'anniversaire. Tu pourrais perdre ta réputation. Et peut-être même ton fiancé. »
La menace. Claire et nette. Il me menaçait avec notre mariage. Le même mariage qui, je le savais maintenant, n'était qu'une farce, une étape dans leur plan pour m'éliminer.
J'ai eu envie de rire. De lui rire au nez. Perdre ma réputation ? Perdre mon fiancé ? J'avais déjà perdu la vie à cause de lui. Il n'avait plus rien à m'offrir, et plus rien à me prendre.