« Comment oses-tu ? » a-t-il sifflé, sa voix basse et furieuse.
« Non, Louis. Comment OSES-TU ? » ai-je rétorqué, faisant un pas en avant, le forçant à reculer. « Me menacer ? Moi ? La princesse de ce royaume ? Et qui es-tu, toi ? Le fils d'un duc mineur, dont la seule prétention à la gloire est un contrat de mariage que mon père a approuvé par pitié pour ta famille déclinante. »
Le murmure dans la salle a repris de plus belle. J'avais dit tout haut ce que tout le monde pensait tout bas. La famille de Louis avait besoin de cette alliance bien plus que la mienne.
« Tu oublies ta place, » ai-je continué, ma voix ne tremblant pas. « Tu n'es rien sans moi. Ta famille n'est rien sans la mienne. Alors la prochaine fois que tu ouvriras la bouche pour me menacer, souviens-toi à qui tu parles. »
Je me suis détournée de son visage stupéfait pour me concentrer à nouveau sur la véritable cible. Sophie.
Elle avait cessé de pleurer, son visage plein de stupeur face à ma soudaine explosion.
J'ai repris mon calme, ma voix redevenant froide et autoritaire.
« Ce n'est pas seulement une question de protocole ou de vol, » ai-je annoncé à l'assemblée. « C'est une question de loi. L'article 7 du Code Impérial est très clair. L'usurpation des insignes royaux, y compris les vêtements décrétés comme tels par Sa Majesté, est un acte de haute trahison. »
Un frisson a parcouru l'audience. J'avais changé les règles du jeu. Ce n'était plus une querelle de jeunes filles pour une robe. C'était un crime capital.
« La punition, » ai-je poursuivi, en regardant chaque noble dans les yeux, « est la flagellation publique, suivie de l'exil. »
Sophie a blêmi. Elle a regardé Louis, puis Henri, cherchant de l'aide, mais leurs visages étaient maintenant empreints d'une peur nouvelle. Ils pouvaient la défendre contre une princesse capricieuse, mais pas contre la loi du royaume.
« Je... je ne savais pas ! » a-t-elle balbutié.
« L'ignorance de la loi n'excuse personne, » ai-je tranché. « Surtout pas quelqu'un qui vit au palais depuis des années. Gardes ! »
Cette fois, mon ton était sans appel.
« Exécutez mon ordre. Ou souhaitez-vous être accusés de complicité de haute trahison ? »
La menace a fonctionné. Les deux gardes se sont redressés, leurs visages graves. Ils savaient que je ne bluffais pas. Défier un ordre direct de la princesse concernant le Code Impérial pouvait leur coûter leur carrière, sinon leur tête.
Plus personne n'osait intervenir. Les nobles qui auraient pu prendre la défense de la "pauvre orpheline" se sont tus. Louis était figé, réalisant qu'il avait perdu le contrôle de la situation. Même mon frère Henri, sur son siège, semblait mal à l'aise, pris au dépourvu par ma connaissance et mon application impitoyable de la loi.
Les gardes ont commencé à avancer vers Sophie. Elle a reculé, paniquée, trébuchant sur l'ourlet de la robe qui était maintenant son fardeau.
« Non ! Restez loin de moi ! » a-t-elle crié.
Les gardes l'ont attrapée par les bras. Elle s'est débattue, mais leur poigne était ferme. Ils ont commencé à défaire maladroitement les lacets complexes dans son dos. La belle robe impériale allait être arrachée de son corps devant des centaines de personnes. L'humiliation qu'elle avait cherché à m'infliger lui revenait en plein visage, cent fois plus forte.
C'était le début. Ma première victoire.
Alors que le premier pan de la robe commençait à glisser de son épaule, une voix puissante a retenti depuis l'entrée de la salle, faisant vibrer les murs.
« QU'EST-CE QUE CELA SIGNIFIE ? »
Je me suis retournée brusquement.
Mon frère, Henri, le prince héritier, se tenait là. Mais il n'était pas sur son siège. Il venait d'entrer. La personne que j'avais vue près du trône n'était qu'un courtisan lui ressemblant de loin.
Henri n'était pas là depuis le début. Il venait d'arriver pour voir son amante se faire déshabiller sur mon ordre.
Son visage était rouge de fureur. Il a marché à grandes enjambées à travers la salle, son regard noir fixé sur moi.
Avant que quiconque puisse réagir, il était sur moi. Sa main s'est abattue sur ma joue avec une force brutale.
Ma tête a été projetée sur le côté, et une douleur fulgurante a explosé sur mon visage. J'ai titubé en arrière, manquant de tomber, portant la main à ma joue qui me brûlait déjà.
Le choc a été encore plus grand que celui de ma propre gifle sur Louis.
Mon propre frère. M'avait frappée. Pour elle.