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Réveil Sanglant
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Chapitre 1

La douleur était la dernière chose que j'ai connue.

Un froid glacial s'infiltrait dans mes os, bien plus mordant que le vent des terres du nord. C'était le froid de la mort.

Mes poignets et mes chevilles étaient à vif, le sang séché collait à la corde rugueuse. J'étais attachée à une chaise, dans une tente qui sentait la sueur et le sang caillé.

Devant moi, les chefs de la tribu barbare riaient. Leurs visages étaient des masques de crasse et de cruauté. Ils buvaient dans des coupes en corne, célébrant leur nouvelle acquisition. Moi. Jeanne, princesse du royaume, livrée comme un animal.

Mon fiancé, Louis, m'avait ligotée de ses propres mains. Je me souviens de son regard vide, évitant le mien, tandis qu'il serrait les nœuds sur la chaise à porteurs qui me conduisait ici. Il l'a fait. Pour eux.

Mon frère, Henri, avait signé le décret. Il était monté sur le trône après la maladie de notre père, et son premier acte en tant que régent fut de me sacrifier. Il m'a envoyée en mariage forcé, sachant très bien que ce n'était pas un mariage, mais un arrêt de mort.

Ils m'ont torturée. Pendant des jours. Ils voulaient savoir des secrets du royaume, des choses que je ne connaissais même pas. Chaque dénégation était accueillie par un nouveau coup, une nouvelle brûlure.

À l'agonie, alors que ma conscience s'effilochait, l'un d'eux s'est penché. Son haleine était fétide.

« C'est pour Sophie. Tu n'aurais jamais dû l'humilier. »

Sophie.

Ce nom a percé le brouillard de ma douleur. Mon assistante.

L'image m'est revenue, claire comme du cristal. Mon seizième anniversaire. Ma robe. Une création impériale, tissée de fils d'or, un cadeau de mon père le Roi.

Sophie l'avait volée. Elle la portait, dansant au milieu de la salle de bal, se pavanant comme si elle était la princesse.

Je l'avais réprimandée. Devant tout le monde. Je l'avais humiliée, oui. J'avais exigé qu'elle retire ma robe sur-le-champ. C'était mon droit. C'était une voleuse, une usurpatrice.

Et pour ça... Pour une robe... ils avaient tout orchestré. Sophie, la petite orpheline que j'avais prise sous mon aile. Louis, mon fiancé, son cousin. Henri, mon frère, son amant secret.

Ils avaient tous comploté pour me détruire. La vengeance pour une simple humiliation. C'était donc ça, le prix de ma vie.

Mes poumons ont brûlé une dernière fois. Le monde est devenu noir.

Puis, une lumière.

Une douce chaleur sur ma peau. Le parfum des lys, mes fleurs préférées, flottait dans l'air.

J'ai ouvert les yeux.

Le plafond était familier. C'était le baldaquin de mon lit, dans mes appartements au palais. Le soleil filtrait à travers les rideaux de soie, projetant des motifs dorés sur le sol en marbre.

J'ai bougé mes mains. Aucune douleur. Aucune corde. Ma peau était lisse, intacte.

Je me suis assise brusquement. Mon cœur battait à tout rompre. J'ai regardé mes bras, mes jambes. Pas une seule cicatrice. Pas une seule ecchymose.

Un rêve ? Un cauchemar terriblement réel ?

Une servante est entrée doucement.

« Votre Altesse est réveillée. Joyeux anniversaire. »

Anniversaire.

Mes yeux se sont écarquillés. J'ai bondi de mon lit et couru vers le calendrier posé sur mon bureau. La date était encerclée de rouge. C'était bien le jour de mon seizième anniversaire.

Le jour où tout a commencé.

Le jour où Sophie a volé ma robe.

Ce n'était pas un rêve. C'était une seconde chance.

Une rage froide, pure et tranchante, a remplacé la confusion. Les souvenirs de la torture, de la trahison, du regard de Louis, des rires des barbares, tout était là, gravé dans mon âme.

Je ne suis plus la princesse naïve. Ils m'ont tuée une fois. Ils ne le feront pas une deuxième fois.

J'ai marché jusqu'à ma garde-robe. Elle était ouverte. L'emplacement où la robe impériale aurait dû se trouver était vide.

Je savais exactement où elle était. Sur qui elle était.

J'ai traversé les couloirs du palais, mon esprit vide de toute autre pensée que la vengeance. Les gardes et les serviteurs s'inclinaient, surpris de me voir si déterminée, si tôt le matin.

J'entendais la musique provenant de la grande salle de bal. Ils avaient déjà commencé la fête. Ma fête. Sans moi.

J'ai poussé les lourdes portes.

La scène était exactement comme dans mon souvenir. Les nobles chuchotaient, les musiciens jouaient, et au centre de la pièce, tournoyant gracieusement, se trouvait Sophie.

Elle portait ma robe. La robe impériale dorée qui scintillait sous les lustres. Elle était le centre de l'attention. Louis, mon fiancé, la regardait avec une adoration non dissimulée. Mon frère Henri applaudissait depuis son siège près du trône encore vide.

Personne ne m'avait encore remarquée.

J'ai inspiré profondément. Le feu dans ma poitrine n'était plus de la douleur, mais de la fureur.

D'une voix forte et claire, qui a résonné dans toute la salle et a fait taire la musique, j'ai ordonné :

« Venez. Arrachez-lui cette robe. »

Tous les regards se sont tournés vers moi. Le choc était palpable sur chaque visage. Sophie s'est figée, un sourire idiot encore sur les lèvres.

J'ai avancé de quelques pas, mon regard planté dans le sien.

« Qui est-elle pour oser porter une robe impériale ? »

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