Chapitre 5 Chapitre 5

Sa main s'attarde une seconde de trop sur mon poignet.

Je le sens, ce frisson électrique qui me traverse, qui court le long de ma peau comme une alerte silencieuse. Pas un avertissement de danger. Quelque chose d'autre. Quelque chose d'inconnu.

Je retire ma main brusquement et recule, cherchant mon souffle, cherchant une logique à tout ça. Ce n'est pas normal. Rien de tout ça ne l'est.

Maxime me regarde.

Il ne dit rien.

Mais dans ses yeux, il y a un trouble que je ne lui connaissais pas.

Et c'est là que ça me frappe.

Ce n'est pas un ravisseur. Pas seulement.

Je serre les poings.

- Qui es-tu vraiment ?

Il détourne légèrement le regard, sa mâchoire se contracte. Je vois le combat qu'il mène en lui-même.

- Maxime...

Ma voix est plus douce que je ne l'aurais voulu.

Il expire lentement.

- Tu ne veux pas savoir.

Trop tard. J'ai déjà compris qu'il y a une brèche, un espace infime où il n'est plus cet homme froid et contrôlé, où quelque chose d'autre affleure à la surface.

Je ne peux plus reculer.

Je dois comprendre.

Alors je m'approche.Je le fixe, cherchant à lire au-delà de ce masque d'indifférence qu'il s'obstine à porter. Il y a quelque chose derrière ses yeux, une faille à peine perceptible, un éclat d'émotion qu'il s'efforce de dissimuler.

- Dis-moi la vérité, Maxime.

Il ne bouge pas, mais je vois ses doigts se crisper légèrement sur le dossier du fauteuil.

- La vérité ne changera rien, Émilie.

Sa voix est plus rauque que d'habitude, comme s'il luttait contre quelque chose d'enfoui trop profondément pour être exprimé.

Je fais un pas de plus.

- Ça changera tout.

Un silence lourd s'étire entre nous. Il détourne les yeux, comme s'il pesait le pour et le contre. Puis, dans un murmure à peine audible, il lâche :

- Je les ai tous perdus.

Mon cœur se serre.

- Perdus comment ?

Il inspire, puis expire lentement, ses épaules s'abaissant légèrement sous le poids invisible d'un fardeau trop longtemps porté.

- Ils sont morts. À cause de moi.

Un frisson me parcourt. Ce n'est pas seulement du regret que j'entends dans sa voix. C'est quelque chose de plus sombre, de plus profond. Une culpabilité qui le ronge, qui le hante.

- Maxime...

Il se détourne brusquement, me coupant l'accès à son regard.

- N'essaie pas de comprendre.

Mais c'est déjà trop tard.

L'air entre nous est chargé de quelque chose d'indéfinissable, une tension qui oscille entre douleur et attraction.

Je devrais fuir. Me détacher de tout ça.

Mais je ne peux pas.

Pas maintenant.

Je me réveille en sursaut. Le silence qui m'entoure est lourd, oppressant, comme si l'air lui-même retenait son souffle. Une sensation de malaise m'envahit, un pressentiment que quelque chose ne va pas. Mon regard se pose sur la porte, sur le faible rayon de lune qui filtre à travers les rideaux.

Et c'est là que je l'entends.

Un cri.

Un cri qui déchire la nuit. Pas un cri humain. Quelque chose de plus primal, plus viscéral, comme une souffrance trop profonde pour être contenue. C'est Maxime.

Je me redresse brusquement dans le lit, le cœur battant à tout rompre. Une vague de panique m'envahit, mêlée d'un étrange besoin de comprendre. D'un besoin irrationnel de savoir ce qu'il cache derrière ce cri, ce qui le tourmente à ce point.

Il crie à nouveau. Cette fois, j'entends distinctement son nom, un murmure brisé qui m'arrache un frisson. Je sais qu'il n'est pas seulement en train de rêver. Il est en train de revivre quelque chose. Un souvenir, un traumatisme, quelque chose qui l'engloutit.

Je me lève précipitamment, mes pieds nus frappant le sol froid avec un bruit sourd. Je m'approche de la porte de sa chambre, mes mains tremblantes d'hésitation. Est-ce que je devrais entrer ? Est-ce que je devrais l'aider, malgré tout ? Ou est-ce que cela signifierait que je m'enlise encore plus dans cette relation complexe, dangereuse, qui me consume peu à peu ?

Un autre cri. Cette fois, il est plus fort, plus désespéré. Je sens la douleur dans sa voix, une souffrance qui me serre la gorge. C'est plus qu'il ne peut supporter. Plus que je peux comprendre.

Je pose ma main sur la poignée de la porte.

Je devrais partir. Le fuir, partir, m'échapper, retrouver ma liberté. C'est ce que je devrais faire. Mais au fond, je sais que je n'arriverais pas à le laisser seul dans cet état. Pas maintenant.

Je pousse la porte lentement, mes muscles tendus, ma respiration suspendue. La pièce est plongée dans l'obscurité, mais je le vois. Il est là, sur le lit, recroquevillé, une lueur de douleur profonde dans ses yeux.

Il ne me voit pas au début. Il est perdu dans son cauchemar, dans cette autre réalité qui semble se jouer derrière ses paupières fermées. Je n'ose pas m'approcher davantage. Je le regarde, impuissante, cherchant à comprendre ce qui se cache derrière sa douleur.

Puis il se réveille, en sursaut, haletant, son corps secoué de tremblements. Il tourne la tête dans ma direction, son regard croisant le mien. Un éclair de confusion passe dans ses yeux, comme s'il venait à peine de se rendre compte que je suis là.

Je m'approche doucement, incapable de détourner les yeux de lui. Il a l'air brisé, plus vulnérable que jamais, et c'est cela qui me bouleverse. Je n'avais jamais vu Maxime dans un tel état. Tout ce que j'avais cru savoir sur lui se fissure sous mes yeux.

- Ça va ? je demande d'une voix tremblante, incapable de cacher la tension dans mes paroles.

Il me regarde, un instant, sans rien dire. Puis il se redresse lentement, sa respiration toujours irrégulière. Il serre les poings sur les draps, comme si cela l'aidait à se stabiliser, à retrouver son contrôle. Il semble presque honteux de me voir là, comme s'il redoutait que je découvre trop de choses à propos de lui.

- Tu ne devrais pas être ici, dit-il finalement, la voix rauque, brisée.

Je le fixe, ne sachant pas quoi répondre. Mais il n'a pas l'air d'être dans son état habituel. Pas le Maxime que je connais, ce Maxime autoritaire et impassible. Ce soir, il est différent.

Il se lève brusquement, se dirigeant vers la fenêtre. Il a l'air perdu, comme s'il était à la recherche de quelque chose dans l'obscurité qui ne se trouve pas ici. J'hésite un instant, puis je m'avance.

- Maxime, tu peux me parler... Si tu veux.

Je le vois se figer. Il tourne la tête lentement, ses yeux sombres m'observant avec une intensité presque effrayante. Je vois la guerre qui se joue en lui. Il veut me repousser, il veut m'éloigner, mais je sais qu'il n'y arrive pas. Quelque chose, quelque chose en lui, veut me laisser entrer.

- C'est trop dangereux, dit-il, la voix faible mais ferme. Tu ne sais pas ce que tu demandes.

Je fais un pas de plus, m'arrêtant juste en face de lui. Il ne bouge pas, mais son regard me brûle.

- Je sais que tu souffres, Maxime. Je l'ai vu. Et je ne peux pas te laisser dans cet état. Pas comme ça.

Il ferme les yeux un instant, comme s'il luttait pour ne pas céder. Puis il soupire profondément.

- Ce n'est pas ce que tu crois, Émilie.

Je fronce les sourcils, perplexe.

- Alors explique-moi. Explique-moi ce qui se passe. Pourquoi tu as ces cauchemars ? Pourquoi tu es... comme ça ?

Je vois un éclat de colère dans ses yeux, une lueur de frustration qui brûle au fond de son regard. Il se détourne brusquement, comme s'il ne supportait pas cette question. Je sais que je suis en train de franchir une ligne, mais je n'arrive pas à m'en empêcher.

- Tu ne veux pas savoir, répète-t-il, d'un ton sec. Tu ne peux pas comprendre.

Je me tais, réfléchissant à ce qu'il vient de dire. Il y a plus. Je le sens. Il y a quelque chose qu'il cache, un secret qui est trop lourd pour qu'il le porte tout seul. Et pourtant, il refuse de me le dire.

Un silence lourd s'installe entre nous. Il semble éviter mon regard, tout en se balançant légèrement d'avant en arrière. Et pourtant, malgré tout, quelque chose dans son attitude a changé. Ce n'est pas seulement de la résistance. C'est de la douleur.

Je fais un dernier pas vers lui, posant une main tremblante sur son bras.

- Tu n'es pas seul, Maxime.

Il reste figé un instant, puis il se tourne vers moi, ses yeux sombres cherchant quelque chose dans les miens. La tension entre nous est presque insoutenable, une alchimie étrange qui ne fait qu'accentuer la confusion qui nous lie.

- Tu es bien plus que ça, Émilie, murmure-t-il, presque comme une confession.

Je sens ma poitrine se serrer à ces mots.

Je veux lui dire que je ne vais pas le laisser, que je suis là pour l'aider, mais quelque chose me retient. Quelque chose d'insurmontable dans le tourbillon de nos émotions conflictuelles.

Il se détourne alors brusquement, se dirigeant vers la porte. Il ne dit rien, mais je sais qu'il cherche à s'échapper de ce moment, à fuir cette vulnérabilité qu'il redoute tant.

- Maxime...

Mais il ne répond pas. Il disparaît dans l'obscurité de la maison, me laissant seule avec ce qui reste de lui, avec ce secret qu'il refuse de partager.

                         

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