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L'air est trop pur, trop immobile. Comme si le monde entier retenait son souffle.
Je me tiens devant la porte verrouillée, la main crispée sur la poignée. Je la tourne lentement, une fois, deux fois. Rien. Évidemment. Maxime n'a rien laissé au hasard.
Je me recule d'un pas, le regard balayant la pièce avec une précision chirurgicale. Le moindre détail, la plus infime anomalie pourrait être une clé. Pourtant, tout semble parfait. Trop parfait.
Le silence s'étire, oppressant. Je refuse d'être une marionnette dans ce décor de rêve. Mon regard s'accroche aux hautes fenêtres, aux rideaux lourds qui masquent partiellement l'extérieur. Je m'approche, tire légèrement le tissu de velours et mon cœur rate un battement.
Une forêt dense, sombre, s'étend à perte de vue. Aucune route. Aucun voisin. Juste cette prison dorée perdue au milieu de nulle part.
Je serre les dents. Il ne m'a pas simplement enfermée. Il m'a coupée du monde.
Un bruit léger résonne derrière moi.
Je me retourne d'un coup, prête à faire face. Personne. Juste le souffle discret du vent s'infiltrant sous la porte.
Mon cœur bat trop vite. Je dois sortir d'ici.
Je commence par le plus évident : la fenêtre. Mes doigts glissent contre la poignée, mais elle ne bouge pas d'un millimètre. Verrouillée. Je frappe contre la vitre, plus par frustration que par réel espoir. Aucun son ne traverse l'épaisseur du verre.
Je recule, inspirant profondément pour calmer la panique qui menace de me submerger. Réfléchis. Chaque prison a une faille.
J'ouvre les placards, fouille les tiroirs, retourne les coussins du canapé, passe mes mains sous les meubles. Rien. Même pas un objet tranchant, pas la moindre faiblesse exploitable.
Je jette un regard vers la porte. Impossible qu'il ait oublié un détail. Mais... peut-être que je peux le forcer à faire une erreur.
Je prends une inspiration et donne un grand coup de pied dans la table basse. Le bruit résonne violemment dans la pièce, brisant le silence comme une détonation. Mon souffle est court. J'attends.
Quelques secondes plus tard, un déclic retentit.
La serrure.
Je me précipite vers la porte, me plaquant contre le mur juste à côté.
Elle s'ouvre lentement. Une ombre glisse à l'intérieur.
Je n'attends pas. Je frappe, de toutes mes forces.
Un grognement, un mouvement de recul.
Je m'élance vers l'ouverture.
Une main se referme sur mon bras, me stoppant net.
- Pas si vite.
La voix de Maxime est posée, mais l'étincelle dans son regard trahit un amusement dangereux.
Je me débats, mais il resserre son étreinte sans effort.
- Vous pensiez quoi, exactement ? Que j'avais négligé la seule issue possible ?
Son ton est presque moqueur, et cela me donne envie de hurler.
- Lâchez-moi.
Il incline la tête, me scrutant comme un prédateur jouant avec sa proie.
- Si je refuse ?
La rage brûle en moi.
- Alors j'utiliserai tous les moyens possibles pour m'échapper.
Il sourit, lentement.
- J'espère bien.
Sa réponse me coupe le souffle.
Il referme la porte d'un geste fluide, et cette fois, j'entends le bruit métallique de plusieurs verrous.
- Vous pouvez explorer tant que vous voulez, Émilie. Mais cette maison est une cage.
Je fixe son dos alors qu'il s'éloigne.
Une cage peut toujours être brisée.
Et je trouverai comment.Je me tiens face à lui, le souffle court, le corps tendu comme une corde prête à rompre. Maxime me fixe avec une intensité troublante, son regard ancré dans le mien comme s'il cherchait à déchiffrer chacun de mes mouvements avant même que je les fasse.
- Vous aimez tester vos limites, murmure-t-il.
Je me redresse, serrant les poings.
- Et vous aimez imposer les vôtres.
Un sourire fugace effleure ses lèvres.
- J'impose ce qui est nécessaire.
Sa voix est calme, mesurée, mais il y a autre chose sous cette maîtrise apparente. Une tension sous-jacente, une force contenue que je ne peux ignorer.
- Enfermer une femme contre son gré, c'est « nécessaire » ?
Il penche légèrement la tête, observant ma réaction.
- Dans votre cas, oui.
Un frisson me traverse, non pas de peur, mais d'une émotion plus complexe, plus troublante. Il se tient trop près, son corps projetant une ombre qui me retient presque prisonnière autant que les murs de cette maison.
Je refuse de reculer.
- Vous pouvez me surveiller autant que vous voulez. Ça ne changera rien.
- Vraiment ?
Il s'avance d'un pas. Je me crispe, mais je tiens bon.
- Ce petit jeu vous amuse ?
- Ce n'est pas un jeu, Émilie.
Sa voix est plus grave, et une ombre passe dans ses yeux.
- Alors quoi ? Une punition ?
Il inspire lentement, comme s'il pesait ses mots.
- Une protection.
Je laisse échapper un rire sans joie.
- Vous avez une conception tordue de la protection.
Son regard s'assombrit.
- Vous n'avez aucune idée de ce qui vous menace.
Je soutiens son regard, refusant de me laisser impressionner.
- Et vous, vous êtes quoi exactement ? Mon geôlier ou mon sauveur ?
Un silence tendu s'installe.
Puis, doucement, il lève une main vers mon visage. Je ne recule pas, mais mon cœur s'emballe. Il ne me touche pas. Il laisse simplement ses doigts effleurer l'air entre nous, comme une menace silencieuse, une promesse non formulée.
- Peut-être un peu des deux, souffle-t-il.
Mon ventre se contracte. C'est insensé. Je devrais le haïr. Je devrais être terrifiée. Pourtant, quelque chose dans son regard me trouble d'une manière que je ne peux expliquer.
Je détourne les yeux, rompant ce lien invisible entre nous.
Je dois sortir d'ici.
***
L'heure tourne. Je n'ai pas bougé depuis notre confrontation, mais mon esprit travaille à toute vitesse.
Chaque prison a une faille.
Je mémorise chaque détail de la maison. Chaque porte, chaque fenêtre, chaque possible issue. La seule question est : comment sortir sans qu'il ne s'en rende compte ?
Un bruit de pas dans le couloir me fait tressaillir.
Je n'ai pas le temps d'attendre.
Je me dirige vers la porte de la salle de bain, l'ouvre sans bruit et me glisse à l'intérieur. Un mince filet d'air s'infiltre par une petite ouverture en haut du mur.
Mon seul espoir.
Je monte sur le rebord de la baignoire, étire mes bras jusqu'à l'aération. Elle est verrouillée, mais le loquet semble fragile.
Je fouille dans le tiroir sous l'évier et trouve une pince à cheveux.
Avec des gestes précis, je travaille sur le loquet, retenant mon souffle à chaque mouvement.
Un déclic.
Mon cœur s'emballe.
Je pousse doucement la grille, juste assez pour voir l'extérieur. Une pente de toit, puis... le vide.
Je serre les dents. Pas le choix.
Je me hisse lentement, mes muscles tendus sous l'effort. Mes pieds quittent la sécurité du sol, et une poussée d'adrénaline traverse mon corps.
Je me faufile à travers l'ouverture, mes doigts agrippant le bord du toit. Une rafale de vent me frappe, et je me crispe, essayant de ne pas perdre l'équilibre.
Un bruit résonne derrière moi.
Une porte qui s'ouvre brutalement.
- Émilie.
Sa voix est tranchante, impérieuse.
Je n'hésite pas. Je me laisse tomber.
L'instant de suspension est terrifiant. Puis mes pieds touchent violemment le sol. Je roule pour amortir l'impact, mon souffle coupé par la douleur.
Je n'ai pas le temps de récupérer.
Je me redresse et cours.
Les arbres défilent autour de moi, leur présence oppressante, presque irréelle. Je ne sais pas où je vais, mais je cours comme si ma vie en dépendait.
Derrière moi, un bruit.
Un grognement.
Je n'ose pas me retourner.
Mais je sens sa présence.
Une ombre passe à une vitesse inhumaine.
Puis, avant même que je puisse réagir, un choc violent me projette au sol.
Je lutte, me débattant de toutes mes forces.
Des bras puissants m'immobilisent.
- Vous ne comprenez vraiment pas, murmure Maxime contre mon oreille.
Son souffle est chaud contre ma peau, contrastant violemment avec le froid qui me mord les membres.
- Lâchez-moi !
Il ne bouge pas.
- Vous croyez que vous pouvez fuir ?
Son ton est plus dur, son emprise plus ferme.
- J'y arriverai.
- Non.
Un silence.
Puis, d'une voix plus basse :
- Ce n'est pas moi que vous devriez craindre.
Mon corps entier se fige.
Sa poigne se relâche légèrement, mais je sens toujours sa force contenue, comme un prédateur maîtrisant son instinct.
- Qu'est-ce que ça veut dire ?
Il me redresse lentement, me forçant à soutenir son regard.
- Il y a pire que moi dehors.
Je secoue la tête, refusant d'accepter ce qu'il insinue.
- Ce n'est qu'une excuse pour me garder ici.
Il ne répond pas immédiatement.
Puis, il murmure :
- Vous croyez que je mens ?
Son regard capte le mien, et une lueur étrange y brille.
Mon cœur se serre.
- Alors regardez.
Et, sous mes yeux, son corps change.
Lentement.
Trop lentement pour être un simple effet d'ombre.
Sa mâchoire semble s'étirer imperceptiblement, ses yeux prennent une teinte surnaturelle, et un frisson glacé court sur ma peau.
Je ne respire plus.
- Vous n'avez aucune idée du monde dans lequel vous venez de mettre les pieds, Émilie.
Mon corps refuse de bouger.
Son emprise s'adoucit légèrement, mais l'avertissement est clair.
- Et si vous tentez encore de fuir...
Son regard se fait plus sombre, plus intense.
- ...vous pourriez ne pas aimer ce qui vous attend de l'autre côté.
Un frisson incontrôlable parcourt mon échine.
Cette fois, je le crois.