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Chapitre 2
Maxime n'avait pas prévu que cette journée le ramènerait à ce moment précis. Mais dès qu'il toucha le pendentif, une vague de souvenirs déferla sur lui, emportant tout sur son passage. C'était comme si les murs de son esprit se fissuraient et laissaient entrer des images qu'il avait soigneusement enfermées dans une boîte scellée. Ces images le hantaient encore, des années après.
Il n'avait pas voulu y penser, pas encore. Mais il n'avait pas eu d'autre choix. La réalité, l'infâme vérité, le frappait de plein fouet. Elle n'était pas morte. Elle était vivante, quelque part. Et lui, il était resté là, pétrifié dans son erreur, dans ses choix aveugles. Il avait cru à la fatalité, à la fin de l'histoire. Mais c'était loin d'être terminé.
Il s'assit lourdement dans son fauteuil, les doigts crispés autour de l'amulette. Il se souvenait de la première fois qu'il l'avait vue, de son regard intense, de son sourire un peu timide, mais plein de promesses. Elle avait été la lumière dans sa vie sombre, un éclair de vérité dans un monde de mensonges. Mais tout avait basculé si vite, si brutalement. Il avait pris des décisions hâtives. Il avait cru que la perte était inévitable.
Les souvenirs revenaient comme un flot incontrôlable.
Il revoyait le jour où tout avait changé, ce jour funeste. La bataille avait été sanglante, violente, sans pitié. Il avait vu sa compagne, la femme qu'il aimait, se battre à ses côtés, se défendre contre des ennemis plus nombreux, plus puissants. Elle avait été une guerrière, une combattante redoutable. Mais cet instant... cet instant où il avait tourné le dos, même brièvement, avait scellé son sort. Un coup brutal, un cri de douleur, et elle avait disparu dans la tourmente. Il n'avait pas pu la sauver.
La culpabilité était là, implacable. Elle s'était emparée de lui, l'étranglant lentement au fil des jours. Il n'avait pas bougé, paralysé par la douleur et l'incertitude. Il n'avait pas cherché à comprendre ce qui s'était réellement passé. Il s'était convaincu qu'elle avait été tuée dans cette bataille, qu'il n'y avait pas d'autres explications possibles. Il avait erré dans le vide, à moitié fou, perdu dans sa propre déception. Mais il n'avait jamais cherché la vérité.
Il serra les dents en repensant à ce jour. Il s'était retrouvé seul à diriger, seul à porter le poids de la couronne. Tout semblait si fragile, si peu solide, comme un château de cartes prêt à s'effondrer. Et à chaque moment de solitude, il s'était accablé de questions sans réponses. Pourquoi n'avait-il pas enquêté davantage ? Pourquoi n'avait-il pas fait l'effort de tout remettre en question ?
Il en avait parlé à son conseiller, à Barthélemy. Barthélemy était son plus proche allié, celui sur qui il comptait pour prendre les décisions difficiles, pour apaiser ses tourments. Mais même Barthélemy n'avait pas su quoi dire à ce moment-là. « Laissez le passé là où il est, Majesté. Vous ne pouvez pas changer ce qui est arrivé. »
Il se souvenait de ces mots. Ils étaient restés avec lui, encore et encore, comme un écho persistant. Mais aujourd'hui, ces mots n'avaient plus de sens. Le passé n'était pas quelque chose qu'il pouvait laisser derrière lui. Pas cette fois. Pas avec ce qu'il savait maintenant.
Il se leva brusquement, sa silhouette se découpant dans l'obscurité. Il avait besoin de parler à Barthélemy. Il avait besoin de comprendre pourquoi tout avait dérapé. Maxime avait besoin de plus que de simples conseils. Il avait besoin de vérité.
Le conseiller était dans ses quartiers, comme d'habitude, les mains pleines de papiers et d'ordres à donner. Lorsqu'il le vit entrer, il haussait un sourcil, un sourire fatigué au coin des lèvres.
« Majesté. Que puis-je pour vous ? »
Maxime s'approcha, la colère bouillonnant en lui. « Je ne peux pas laisser ça de côté, Barthélemy. »
Le conseiller fronça les sourcils, se levant lentement. « De quoi parlez-vous ? »
« De *lui* », dit Maxime en jetant un regard furieux vers le bureau où il avait déposé l'amulette. « Elle n'est pas morte. »
Le silence tomba lourdement entre eux. Barthélemy ne répondit pas immédiatement. Il savait que Maxime était sur le point de briser un tabou, un équilibre fragile qui existait entre eux. Ils avaient mis tant de choses derrière eux, et Maxime, avec ce regard brûlant, semblait prêt à tout remettre en question.
« Vous ne comprenez pas, n'est-ce pas ? » Maxime se tourna vers lui, les poings serrés. « Je n'ai pas fait ce qu'il fallait. J'ai cru qu'elle était partie. J'ai cru que tout était fini. » Sa voix se brisa, et il ferma les yeux. « J'ai fait un choix, et c'était le mauvais. »
Barthélemy s'avança prudemment, se plaçant devant lui. « Vous étiez dans un état d'urgence, Majesté. Vous ne pouviez pas savoir. Elle... elle a disparu dans la bataille. Nous l'avons cherché partout, nous avons tout fait pour la retrouver. » Il s'arrêta, puis ajouta d'une voix douce : « Ce que vous ressentez est naturel. Mais vous ne pouvez pas laisser ces erreurs vous détruire. »
Maxime secoua la tête, son regard perçant le traversant comme une lame. « Ce n'est pas naturel. C'est de la culpabilité. Je l'ai abandonnée. Elle s'est battue pour nous, pour *moi*, et je n'ai rien fait. » Il se rapprocha de Barthélemy, un éclat de rage dans les yeux. « Et maintenant, je découvre qu'elle est vivante, et j'ai gâché chaque seconde. »
Barthélemy baissa les yeux, soupirant profondément. « Vous n'avez pas à tout porter sur vos épaules, Majesté. L'histoire ne se réécrit pas, et la douleur ne disparaît pas en un instant. Mais vous ne pouvez pas risquer de tout perdre en cherchant à ressusciter ce qui ne peut l'être. » Il leva un regard lourd. « Vous avez un royaume à protéger. »
Maxime s'écarta brusquement, le souffle court. Le royaume... Il avait mis tout son être dans ce royaume, et il ne pouvait pas se permettre de tout laisser tomber à cause de ses regrets. Mais *elle*... Il n'avait pas vu la fin de son histoire. Il avait cru à la facilité, à l'illusion du deuil. Mais rien n'était simple, et il ne pouvait pas l'ignorer.
Il tourna le dos à Barthélemy. « Je vais la retrouver. Et si cela veut dire affronter mes erreurs, alors tant pis. »
Il sentit la main de Barthélemy se poser doucement sur son épaule. « Vous avez déjà tout sacrifié, Majesté. Mais il y a des batailles qu'il vaut mieux ne pas mener seul. »
Maxime resta silencieux. Il savait que son conseiller avait raison. Mais il n'était plus le même homme qu'il avait été autrefois. Les regrets, les échecs, la culpabilité - tout cela l'avait forgé, le rendant plus déterminé que jamais. Il avait perdu trop de temps, et il ne comptait pas en perdre davantage. Elle avait survécu, et il allait la retrouver. Peu importait ce qu'il fallait faire.