Ses doigts effleurèrent machinalement les marques sur ses bras, des stries violacées qui racontaient des années de souffrance. Marcus, l'Alpha de la meute, avait toujours su où frapper pour qu'elle ne puisse pas montrer ses blessures aux autres. Elle était une Oméga, la plus basse dans la hiérarchie, et sa douleur n'intéressait personne. Pourtant, ce soir, quelque chose en elle refusait de se résigner. Peut-être était-ce la lueur de la lune, ou le souvenir lointain d'une époque où elle croyait encore à l'amour, à la liberté.
Elle se leva, décidée à marcher un peu, à s'éloigner de la cabane où les murs semblaient parfois l'étouffer. La forêt, malgré ses dangers, était son refuge. Les arbres, les ombres, le bruissement des feuilles sous le vent... tout cela lui rappelait qu'elle était encore vivante, qu'elle respirait, qu'elle existait.
Alors qu'elle s'enfonçait dans les bois, elle entendit des voix. Des rires étouffés, des murmures qui semblaient venir de la clairière voisine. Elle reconnut la voix de Marcus, dure et autoritaire, et celle de Clara, une autre Oméga de la meute. Élodie s'arrêta, le cœur battant. Elle savait qu'elle ne devait pas s'approcher, mais la curiosité était plus forte que la peur. Elle avança à pas feutrés, se cachant derrière un arbre.
Dans la clairière, Marcus était entouré de plusieurs membres de la meute. Clara, agenouillée devant lui, tremblait de peur. Marcus tenait une lanière de cuir à la main, et son regard était rempli de cruauté.
« Tu as désobéi, Clara, dit-il d'une voix glaciale. Tu sais ce qui arrive à ceux qui désobéissent. »
Élodie sentit son estomac se nouer. Elle voulait intervenir, crier, mais elle savait que cela ne ferait qu'empirer les choses. Elle était impuissante, comme toujours. Elle ferma les yeux, incapable de regarder, mais les cris de Clara résonnèrent dans la nuit, déchirants, insoutenables.
Quand le silence revint, Élodie rouvrit les yeux. Marcus et les autres étaient partis, laissant Clara seule dans la clairière, recroquevillée sur elle-même. Élodie s'approcha doucement, s'agenouillant à côté d'elle.
« Clara... murmura-t-elle. Je suis là. »
Clara leva les yeux, son visage marqué par les larmes. « Pourquoi est-ce qu'on mérite ça, Élodie ? Pourquoi est-ce qu'on doit souffrir comme ça ? »
Élodie n'avait pas de réponse. Elle prit Clara dans ses bras, la serrant contre elle, comme si elle pouvait ainsi la protéger de tout le mal du monde. Mais elle savait que ce n'était qu'une illusion. Aucune Oméga n'était en sécurité dans la Meute de la Rivière Rapide.
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**Pendant ce temps, dans la Meute de l'Éclipse Lunaire :**
Théo, le Roi Alpha, se tenait sur les remparts de son château, les yeux fixés sur l'horizon. La lune, pleine et brillante, éclairait son visage austère. Il était puissant, respecté, craint même. Mais il était seul.
Gabriel, son second, s'approcha silencieusement. « Vous devriez vous reposer, Théo. Le Bal approche, et vous aurez besoin de vos forces. »
Théo ne répondit pas tout de suite. Ses pensées étaient tourmentées, comme toujours. « Gabriel, crois-tu que je trouverai un jour ma compagne ? » demanda-t-il enfin, sa voix empreinte d'une lassitude qu'il ne montrait jamais en public.
Gabriel hésita. « La lune est capricieuse, mais elle récompense ceux qui patientent. Peut-être que cette année sera la bonne. »
Théo soupira. Il avait entendu ces mots trop souvent pour y croire encore. Pourtant, quelque chose dans l'air ce soir lui disait que Gabriel avait peut-être raison.
Il tourna son regard vers la forêt, vers les terres lointaines où les autres meutes vivaient, chacune avec ses propres luttes, ses propres secrets. Quelque part, là-bas, sa compagne l'attendait. Il en était sûr. Mais combien de temps encore devrait-il attendre ?
**Chapitre Trois : Les Préparatifs du Bal**
Le soleil se levait à peine, teintant le ciel de nuances roses et dorées, quand Élodie fut réveillée par des coups violents contre la porte de sa cabane. Elle se redressa, le cœur battant, et ouvrit la porte pour trouver Marcus debout devant elle, son regard aussi dur que d'habitude.
« Habille-toi, ordonna-t-il sans préambule. Tu as une heure pour te préparer. Nous partons pour le Bal de l'Éclipse Lunaire. »
Élodie sentit son estomac se retourner. Elle avait espéré que Marcus oublierait sa menace, ou qu'il changerait d'avis. Mais non, le moment était venu. Elle hocha la tête, trop effrayée pour protester, et referma la porte.
Elle se tourna vers le miroir accroché au mur, un vieux morceau de verre terni qui lui renvoyait une image pâle et fragile. Ses cheveux bruns étaient en désordre, ses yeux cernés par des nuits sans sommeil. Elle prit une profonde inspiration et commença à se préparer, enfilant la robe simple que Marcus lui avait donnée. Elle était trop grande, trop large, mais c'était tout ce qu'elle avait.
Quand elle sortit de la cabane, Marcus l'attendait, impatient. Il la regarda de haut en bas, un rictus de dégoût sur les lèvres. « Tu ressembles à une mendiante, grogna-t-il. Mais ça devra suffire. Allons-y. »
Ils marchèrent en silence jusqu'à la clairière où les autres membres de la meute les attendaient. Clara était là aussi, les yeux baissés, les épaules voûtées. Elle évita le regard d'Élodie, mais leur échange silencieux fut chargé de compréhension mutuelle. Elles étaient toutes les deux des prisonnières, des ombres dans leur propre meute.
Le voyage jusqu'au territoire de la Meute de l'Éclipse Lunaire fut long et épuisant. Élodie marchait derrière Marcus, les pieds endoloris, le cœur lourd. Elle ne savait pas à quoi s'attendre, mais elle savait que rien de bon ne l'attendait.
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**Dans le château de la Meute de l'Éclipse Lunaire :**
Théo parcourait les couloirs du château, inspectant les préparatifs du Bal. Les lustres étincelaient, les tapis rouges avaient été déroulés, et les serviteurs s'affairaient à tout mettre en place. Tout devait être parfait. Le Bal de l'Éclipse Lunaire était l'événement le plus important de l'année, un moment où les Alphas de toutes les meutes se réunissaient pour discuter d'alliances, de traités, et parfois, pour sceller des unions.
Gabriel apparut à ses côtés, aussi calme et efficace que toujours. « Tout est prêt, Théo. Les invités commencent à arriver. »
Théo hocha la tête, mais son esprit était ailleurs. Il sentait une étrange agitation en lui, comme si quelque chose d'important allait se produire. Il ne pouvait pas l'expliquer, mais il savait que cette nuit serait différente.
« Et les gardes ? demanda-t-il, revenant à la réalité. »
« En place, répondit Gabriel. Nous sommes prêts pour toute éventualité. »
Théo acquiesça, mais son regard se porta vers les portes du château, vers l'horizon où les invités arrivaient. Quelque part parmi eux, sa compagne l'attendait. Il en était sûr.
Fin du Chapitre Trois