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Avec ses paroles , je consacre ma journée à un grand ménage. Aucune pièce n'est épargnée. Ma musique résonne en boucle dans mon casque, et je me laisse emporter par "Lovely" de Billie Eilish et Khalid. C'est mon refuge, une véritable bouffée d'air frais.
Je ne remarque même pas que la nuit tombe, jusqu'à ce que Maggie rentre du travail.
- Wah, j'ai loupé un épisode ! Attends, je suis vraiment à la maison ? Tout va bien ? me dit-elle, visiblement choquée par l'environnement.
Sur un ton sarcastique, je lui réponds, un peu plus sèchement que je ne l'aurais voulu
- Si tu étais moins bordélique, peut-être que tu ne remarquerais même pas les changements quand le ménage est fait.
- D'accord, super. On dirait qu'on est de mauvaise humeur, à ce que je vois.
- Désolé.
- Tu veux en parler ? me demande-t-elle sincèrement.
- Pas vraiment.
- Okay, alors une soirée au bar ? me propose-t-elle gaiement.
- Non, merci. En fait, je pensais qu'une petite soirée tranquille devant un film avec du pop-corn serait idéale.
- Oh, c'est que... j'ai accepté l'invitation de Tony et je comptais sur toi pour m'accompagner.
- Sans moi, ce soir.
- Tu rigoles ? On aurait peut-être revu le mystérieux Léo, ajoute-t-elle fièrement, avec un brin de malice.
Si tu savais qu'il habite juste au-dessus de chez nous... Je ne peux pas lui dire. Si je fais ça, c'est fini. Je ne pourrai plus l'éviter, et Maggie s'immiscerait dans sa vie, et donc dans la nôtre. Hors de question qu'elle soit au courant, du moins tant que je n'ai pas éclairci certains points. Il y a trop en jeu, et je ne peux pas prendre le risque de tout compliquer.
- Allô, la Terre ! Tu m'écoutes ? m'interrompt-elle.
- Oui, je t'écoute.
- Je vais prendre une douche et ensuite aller au bar. Si en rentrant tu n'es pas encore endormie, on pourra se regarder un film, d'accord ?
- D'accord !
Sur ce, elle s'éclipse dans la salle de bain. Peu de temps après, j'entends le bruit de l'eau qui coule. Et si elle le rencontrait au bar ? Si tout ce que j'ai ressenti hier n'était qu'une illusion, une simple projection de mes propres sentiments ? Il faut que je me change les idées, que je fasse quelque chose. Je ne peux pas rester ici à ruminer mes pensées, il est temps d'agir.
Prenant la poubelle, je décide de la descendre. Je mets juste un manteau et mes baskets, pas besoin de m'habiller davantage. En sortant de l'appartement, je me dirige vers l'ascenseur et appuie sur le bouton. Quelques secondes plus tard, les portes s'ouvrent, et je reste immobile, hésitant un instant avant de franchir le seuil.
Léo. Il ne m'a pas remarqué, absorbé par son téléphone. Je peux mieux l'apercevoir. Ses cheveux bruns sont décoiffés, comme hier. Il porte un jean noir déchiré et un tee-shirt noir. En m'approchant un peu plus, je distingue mieux ses tatouages sur ses bras. Sur son bras droit, une rose noire a l'air d'être fanée. En descendant, il y a une écriture, mais je n'arrive pas à bien la lire. C'est alors qu'une voix grave, mais douce à la fois, m'interpelle.
- Tu comptes rentrer ou continuer ton inspection ? me demande-t-il avec un léger rictus sur le visage.
Toute gênée, je lui réponds en bégayant :
- Euh, non, c'est bon. Tu peux monter, enfin redescendre. Je vais attendre le prochain.
- Attendre le prochain ?
- Oui, non, désolée.
Je ne lui laisse pas le temps de répondre et me précipite dans les escaliers, la poubelle toujours à la main, le souffle coupé. Lorsque j'arrive en bas, j'ai du mal à retrouver mon souffle. Merde. Ce type me fait vraiment ressentir des choses étranges. Je perds mes moyens, comme si je n'avais plus le contrôle, et j'essaie de chasser cette sensation, car je la déteste.
Je pense être enfin libérée de ce moment gênant, mais c'est sans compter sur cette même voix qui me fait sursauter à nouveau.
- Tout va bien ? me demande-t-il, un peu inquiet.
- Merde, tu m'as fait peur ! dis-je en posant la main sur mon cœur encore essoufflé.
Il se rapproche de moi, un peu trop dangereusement. Je sens mon espace vital se réduire, et un sentiment étrange émerge en moi. Comme si une crise de panique pouvait survenir à tout moment. Je dois lutter contre moi-même pour éviter le désastre.
- Je suis désolé.
Sa voix n'est qu'un murmure, presque inaudible au milieu du tumulte qui s'agite en moi. Me risquant, je plonge mes yeux dans les siens. C'est comme un endroit rassurant, où tous mes maux s'estompent d'un coup. Une paix intérieure s'installe en moi. C'est si paisible. Je pourrais rester comme ça pour l'éternité.
Un souffle s'échappe de ma bouche, et un contact sur ma peau me fait frissonner. J'ouvre les yeux et l'observe éloigner une mèche de mes cheveux qui était devant mon visage. Cet instant hors du temps semble suspendu, comme si ce simple geste laissait une empreinte marquée au fer rouge en moi. Je ne le connais pas vraiment, mais quelque chose se passe.
- Bonne soirée, Beth, dit-il finalement.
Son regard reste ancré dans le mien, et je sens un mélange de confusion et d'émerveillement.
Et cette fois, c'est lui qui part en premier. Je n'ai même pas le temps de lui dire au revoir. Il s'éloigne à toute allure, et je reste là, plantée comme une idiote. Son geste tourne en boucle dans ma tête, et je ressens une vague d'émotions contradictoires. Au fond de moi, je suis littéralement effrayée. Qu'est-ce que cela signifie ? Pourquoi est-ce que je ressens tout cela si intensément ? Je me sens perdue, mais en même temps, une petite flamme d'excitation émerge. C'est déroutant et enivrant à la fois.