Chapitre 5 Ascenseur

Je poussai la porte du cabinet du psychologue pour la deuxième fois de ma vie, l'esprit encore embrumé par mes pensées qui tourbillaient sans cesse.

Assise sur le fauteuil en cuir, je me frottai les mains l'une contre l'autre, comme si cela pouvait me réchauffer d'une froideur intérieure persistante.

Le Dr. Turner, m'observait avec bienveillance. Son regard était à la fois rassurant et perçant, comme s'il pouvait voir au-delà des mots. Après quelques instants de silence, il reprit le fil de notre dernière conversation.

-Beth, la dernière fois, nous avons parlé de votre rencontre avec Léo. Aujourd'hui, j'aimerais que nous continuions là où nous nous étions arrêtés. Pourriez-vous me dire ce que vous avez ressenti au moment où vous avez rencontré cet homme ?

-C'est un sentiment difficile à mettre en mots. Lors de notre première rencontre, il n'y avait pas besoin de mots, un simple échange de regards suffisait. C'était comme si, en nous voyant, nous scellions une promesse silencieuse. Une promesse de sécurité, d'amour, de besoin. Il m'attirait irrésistiblement, comme un aimant. Malgré tous mes efforts pour me tenir à distance, tout semblait me ramener vers lui. Sans même m'en apercevoir, je devenais dépendante de sa présence.

Je marquai une pause, les larmes aux yeux. Dr. Turner me fit signe de continuer.

J'ai tenté de l'éviter du mieux que je pouvais pendant les trois semaines qui ont suivi, et j'y suis parvenue. Puis, il y a eu cette panne d'ascenseur, comme un coup du destin, un mauvais tour du sort. Me voilà coincée avec lui dans ce petit espace confiné. Il était évident que je ne pouvais plus l'éviter.

- Que s'est-il passé dans cet ascenseur ? me demanda le Dr Turner avec bienveillance.

Poussant un soupir, je replonge dans ce moment, hors du temps, celui qui a marqué un tournant décisif dans ma vie.

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- Je pense que tu devrais arrêter d'appuyer aussi fort sur ce bouton. Il est évident qu'il ne fonctionne pas.

- Quoi ? Ne me dis pas quoi faire, bon sang ! On est coincés dans un ascenseur. Tu n'as pas l'air plus paniqué que ça !

- Arthur a été prévenu. Il va faire le nécessaire pour qu'on soit secourus. Alors, calme-toi, installe-toi confortablement et attends.

- Super ! Je dois donc faire confiance à quelqu'un que je ne connais même pas ?

- C'est exactement ce que je viens de te dire.

- Imbécile !

Il se mit à rire, comme si cette situation était une blague. Mais moi, je ne trouve rien de drôle. La panique m'envahit. Je sens une crise d'angoisse se profiler, je suis comme une bombe à retardement, prête à exploser. L'air me manque. Je ne remarque même pas qu'il se lève et se rapproche dangereusement de moi.

Sa voix n'est qu'un chuchotement lorsque son souffle effleure mes lèvres, et il me dit avec une intensité palpable

-Calme-toi, respire. Imite-moi.

Trop près de moi, trop près de ses lèvres, je ne sais pas lequel de nous a cédé à la tentation. Nos lèvres se rencontrent, dans un contact si puissant, si intense, si primal, que j'ai l'impression de chercher de l'air en lui, comme s'il était mon oxygène. Sa langue se fraye un chemin, et je lui laisse toute la place pour nous découvrir. C'est un délice, une expérience d'une volupté inégalée, le véritable paradis sur terre.

Ses mains parcourent mon corps, glissant sous mon tee-shirt, et des frissons me traversent, tandis qu'un gémissement lointain s'échappe de ma bouche. Mes doigts s'emmêlent dans ses cheveux, tirant légèrement, ce qui provoque chez lui un doux gémissement en retour. Nous ne nous arrêtons pas, continuant d'explorer l'un l'autre avec une passion dévorante.

Mon âme est prête à se perdre dans son étreinte, et à cet instant, je serais prête à le suivre à travers l'obscurité. Je lui offre tout, et s'il désire rencontrer chaque facette de mon être-mon mal, mes démons, mes failles, mes espoirs déchus-qu'il prenne ce qu'il veut. Je n'ai plus la force de lutter. Je me laisse emporter par ses caresses et ses baisers, me fondant dans ce feu qui me consume entièrement.

-Les pompiers arrivent ! s'exclama Arthur, nous tirant de notre bulle.

Nos lèvres se détachèrent, tout comme nos corps, un peu gênés, mais encore électrisés par l'adrénaline. Je ne pouvais détacher mon regard de lui. Dans ma tête, une petite voix ne cessait de tourner en boucle. Que s'était-il passé ?

Après ce qui sembla être une éternité, la porte de l'ascenseur s'ouvrit enfin, émettant un grincement à la fois rassurant et libérateur. Pendant ce temps, nous avions pris soin de réajuster notre apparence et de calmer nos cœurs qui battaient à tout rompre.

Le chef des pompiers, un homme robuste au sourire chaleureux, nous demanda si nous allions bien. Léo et moi échangèrent un regard.

-Beth ! Mon Dieu ! Que se passe-t-il ici ? intervint Maggie avec une inquiétude palpable.

Me tournant vers elle, je me sentis soudain perdue. J'avais caché la vérité sur nos nouveaux voisins pendant des semaines, et maintenant, je me retrouvais coincée dans l'ascenseur avec Léo, avec qui je venais de partager un baiser. Oh mon Dieu, qu'est-ce que j'avais fait, bon sang ? Mon esprit tourbillonnait, et ma voix tremblait sous l'intensité de la situation.

                         

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