Chapitre 2 Lonely

Je jette un coup d'œil à l'heure sur mon téléphone : 23h. Je ne suis pas en retard. Une petite retouche rapide sur ma coiffure, et je suis prête à partir.

Au loin, j'entends le bruit des talons de Maggie, qui commence à s'impatienter.

- Prête ? me demande-t-elle, un brin irritée.

- Oui, c'est bon, réponds je.

- Allons y, je pense que le groupe a déjà commencé à jouer.

- Ne perdons pas de temps, alors !

Le bar est à seulement quelques minutes de notre immeuble, à peine un quart d'heure de marche. C'est un lieu branché, célèbre pour son ambiance décontractée et sa musique entraînante, qui attire la foule.

En franchissant le seuil, nous avons été immédiatement enveloppés par le doux murmure des rires et la mélodie envoûtante d'un groupe de jazz en direct. Les lumières tamisées créaient une ambiance intimiste, tandis que l'odeur du cuir vieilli se mêlait délicieusement à celle des cocktails artisanaux, nous incitant à nous installer confortablement.

Maggie, toujours la plus extravertie de nous deux, prit place au bar et commanda deux mojitos. Pour ma part, je préférais m'installer dans un coin plus tranquille, où je pouvais savourer l'atmosphère tout en observant la foule. C'est alors que je remarquai un homme, assis à une table dans l'ombre, entouré d'un groupe d'amis. Son regard perçant semblait s'accrocher à tout ce qui l'entourait.

Il était grand, avec des cheveux ébouriffés et une barbe de trois jours qui lui conféraient un air de Bad boy irrésistible, accentué par ses tatouages visibles. Son visage était impassible, enveloppé de mystère, et ses yeux perçants semblaient dissimuler des histoires sombres.

Soudain, il posa son regard sur moi, et je sentis mon cœur s'accélérer, captivée par l'aura magnétique de cet inconnu. Nous restâmes un moment à plonger dans les yeux l'un de l'autre, comme si le monde autour de nous avait disparu. Je détournai le regard en apercevant Maggie arriver avec les verres, mais je ne pouvais m'empêcher de sentir que le regard de cet homme m'attirait comme un aimant.

- Regarde ce type là-bas, chuchota Maggie en s'installant à côté de moi. - Plutôt canon, non ?

J'acquiesçai, un sourire nerveux aux lèvres.

- Oui, complètement. Mais je vois aussi tous les signaux autour de lui qui crient « danger ».

Maggie poussa un soupir exaspéré, et je savais qu'à cet instant, elle se demandait encore pourquoi nous étions amies. Mais c'était plus fort que moi : tout m'effrayait. Je ne serai jamais comme elle.

- On devrait aller lui parler ! proposa-t-elle, excitée par l'idée.

J'hésitai, mais son enthousiasme était contagieux, ou du moins, je ne voulais pas lui gâcher une soirée une fois de plus. Après quelques instants de débat intérieur, je me levai, prête à relever le défi. En vérité, j'avais déjà cherché mille échappatoires, mais j'avais vite abandonné l'idée, sachant que c'est Maggie qui avait les clés de l'appartement.

En m'approchant de l'homme, qui nous observait avec une curiosité amusée, Maggie, toujours la première à briser la glace, engagea la conversation. « Salut ! C'est la première fois qu'on vous voit ici, vous êtes nouveau dans le coin ? »

L'homme sourit, mais ne réagit pas. Je dois avouer que je n'avais jamais vu un sourire aussi parfait. Il devait forcément avoir un défaut quelque part. C'était inhumain d'être aussi séduisant.

Finalement, c'est son ami, que je n'avais pas remarqué auparavant, qui prit la parole.

- Hey, oui. Nous avons emménagé ici il y a quelques semaines, répondit il avec un grand sourire, bien moins séduisant que son ami.

- Oh, génial ! Moi, c'est Maggie, et voici Élisabeth, nous présenta-t-elle.

- Beth, je m'appelle Beth, l'interrompis je directement. Je détestais mon prénom plus que tout au monde.

- Enchanté, répondit il, toujours accompagné de son sourire.

- Moi, c'est Arthur. Voici Julie, Quentin et Léo, ajouta-t-il en désignant ses amis d'un geste de la main.

L'homme mystérieux avait donc un prénom : Léo. Je ne pouvais m'empêcher de jeter un coup d'œil dans sa direction, et je réalisai qu'il me fixait tout autant. Comme s'il tentait de lire quelque chose en moi dont j'ignorais l'existence. C'était à la fois effrayant et attirant.

Arthur nous invite à nous installer à sa table, une proposition que nous acceptons avec plaisir. Maggie engage alors une conversation passionnée et animée, tandis que je reste silencieuse, observant tout ce qui m'entoure. Peu à peu, je me risque à jeter un coup d'œil à Léo, dont le charme irrésistible capte mon attention.

Au fil des instants, une musique douce s'élève, enveloppant l'atmosphère d'une magie palpable. Nos regards se croisent intensément, comme si le monde autour de nous s'était évaporé. Une connexion invisible semble se tisser, une alchimie que seul ce moment partagé peut décrire. La mélodie, délicate et envoûtante, exprime nos émotions silencieuses, nous liant d'une manière inexplicable.

Chaque fibre de mon être réagit intensément à cet instant, des frissons parcourant ma peau. Je surprends ses yeux glissant sur mes lèvres, et je ne peux réprimer le geste de ma langue qui glisse sur ma propre bouche, imaginant le goût de ses lèvres contre les miennes. Une chaleur intense m'envahit, comme si j'étais étouffée par une envie bestiale.

Je n'ai jamais ressenti cela auparavant. Et je peux lire dans son regard que lui aussi semble éprouver la même chose. Pourtant, c'est trop pour moi. Je sens que je dois prendre du recul. Sans rien dire, je me lève brusquement et quitte le bar à grands pas, le cœur battant.

Marchant vers l'immeuble, je ne me préoccupe ni du fait que je n'ai pas mes clés, ni de la manière dont je vais m'en sortir. Tout ce qui occupe mon esprit, c'est lui. Son regard brûlant, ses lèvres, ses tatouages, et cette façon qu'il a de me scruter avec une intensité presque palpable. Comment est-ce possible ? Ressentir tout cela si profondément après une simple rencontre dans un bar. C'est à la fois enivrant et terrifiant.

Un frisson d'alarme s'allume dans ma tête, me rappelant pourquoi je suis ici. Je dois oublier cet instant au bar. Il le faut. Je m'efforce de repousser ces pensées, de me concentrer sur le chemin devant moi, même si chaque pas me rapproche de l'irréversible.

            
            

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