Si j'étais enthousiaste de revoir ma fille, là, je suis complètement refroidie. Cette jeune fille que j'ai en face de moi n'est en rien la fille que j'ai mise au monde et élevée. C'est une toute autre personne. Ma fille à moi était douce, rêveuse, un peu tête en l'air sur les bords mais de façon positive. Mais cette fille que j'ai devant moi, elle est... comment dirais-je ? Trop artificielle. Déjà par tout ce maquillage qu'elle a sur le visage mais aussi par son attitude. Elle s'est réjouie deux secondes de nos retrouvailles et depuis, elle est scotchée sur son portable à dire des choses insensées pour moi. Comment peut-on être aussi accro à un appareil.
A peine si elle touche à son assiette. Je regarde Jérôme qui n'a pas l'air de s'en soucier. C'est donc cette nouvelle vie qu'il a donnée à notre fille ? Passer tout son temps sur les réseaux sociaux plutôt que de profiter des meilleurs moments que la vie nous donne ?
- Ma puce, dis-je en lui touchant la main, et si tu me racontais un peu ce que tu devenais. Comment ça va les cours ?
- Bof, ça fait trois jours que j'y suis pas allée. J'avais d'autres chats à fouetter. Je regarde de nouveau Jérôme. C'est quoi cette façon de s'exprimer ? En plus, il lui permet de manquer les cours ? Jusqu'à trois jours ?
- Ah, maman, ça tombe bien. Puisque nous nous sommes retrouvées après tant d'années, ça te dirait de venir avec moi ce soir au concert de la sortie officielle du nouvel album de mon fiancé.
- Ton fiancé ? Nouvel album ?
- Oui maman, me sourit-elle en me montrant sa main gauche. Je suis fiancée et le plus merveilleux c'est que je suis fiancée à ma star préférée. Tu te souviens de Collins ? Le chanteur dont j'écoutais en boucle les chansons et qui t'agaçait ?
- Euh, oui !
- Bah c'est lui mon fiancé. Nous allons nous marier. Enfin, si tout se passe bien. Là, je suis des plus surprise.
- Euh, d'accord. Si tu le désires.
- Je vais en profiter pour faire les présentations. Tu m'excuses ? Je dois discuter par appel vidéo avec des amies. Tu es encore là ?
- Oui ma puce. Je t'attendrai. Elle m'embrasse la joue et se précipite dans les escaliers.
- C'est quoi cette histoire de fiançailles ? demandé-je à Jérôme une fois seuls.
- Bah, elle va se marier. Qu'est-ce qu'il y a de surprenant ? C'est une belle jeune femme.
- Ce n'est pas ça le problème. J'ai plutôt l'impression que son futur mariage a l'air de plus l'intéresser que ses études. Elle a 18 ans, Jérôme. Bientôt 19. Elle devrait aussi penser à avoir son diplôme et se chercher un bon travail. Tu la laisses manquer trois jours de cours ?
- Écoute, de nos jours les diplômes ne sont plus si importants que ça. Surtout pour une femme. Si elle se trouve dès maintenant un homme avec une très bonne situation, crois-moi que son avenir sera assuré jusqu'à la fin de ses jours. Et c'est bien le cas avec Collins. Ce jeune est une grande star ici en France. Tu le connaîtrais si tu t'intéressais à autre chose que ton travail.
- Leur relation est-elle basée sur de l'amour ?
- Bien sûr. Qu'est-ce que tu crois ? Que je mettrais ma fille dans une relation sans amour ?
- Que tu mettrais ? C'est donc toi qui as tout orchestré. J'espère juste que tu sais ce que tu fais. Mais je veux tout savoir maintenant sur sa vie et sur cette relation. Je suis sa mère et j'ai aussi mon mot à dire.
- Tu feras comme tu voudras mais sans oublier qu'elle est majeure maintenant et elle seule peut décider de sa vie. Il apporte son verre à ses lèvres qui sont étirées par un sourire. Durant le reste de la journée, j'essaie de tirer le bon côté de ces retrouvailles mais je ne peux enlever ce pincement que j'ai au cœur. De tout ce que je vois, j'ai l'impression que ma fille a pris un mauvais tournant dans sa vie mais elle ne s'en rend pas compte parce que son père la soutient. C'est sans doute lui qui la mène par le bout du nez. Il lui fait faire ce que lui désire, en lui faisant croire que c'est le meilleur pour elle. Je rentre chez moi moins enthousiaste qu'à mon arrivée. Je reste cependant très heureuse d'avoir de nouveau ma fille près de moi. Je compte rattraper toutes ces années perdues. Mais je compte surtout mettre de l'ordre dans la vie de ma fille parce que j'ai l'impression qu'il y a un peu trop de choses futiles. Je me rends comme prévu au concert privé de mon futur gendre. J'ai essayé d'imaginer ma fille dans le rôle de femme mariée mais cela m'a semblé absurde et précoce.
La jeune fille que j'ai retrouvée est loin d'être prête pour le mariage. Elle n'a pas encore fini de grandir dans la tête. Elle est certes majeure maintenant mais elle est toujours une ado dans la tête. Mais une chose avant l'autre. Je vais d'abord rencontrer l'heureux élu afin de voir si lui, contrairement à sa fiancée, a la tête sur les épaules. Il faudrait au moins que l'un des deux soit plus responsable. Ça équilibrerait les choses. Mon portable me signale un appel d'Elionne. Enfin elle fait signe de vie. Depuis ce matin que j'essaie de la joindre pour lui raconter mes retrouvailles avec ma fille... J'ai dû lui laisser un message résumant l'événement.
- Allô ma puce !
- « Vraiment désolée pour mon indisponibilité depuis ce matin. J'étais super débordée au boulot. Alors quoi de neuf ? » Je descends de ma voiture et me rend à l'intérieur du bâtiment où aura lieu le concert. D'autres personnes, des jeunes filles surtout, y font aussi leur entrée.
- Bof, c'est comme je t'ai dit par message. Ma fille a changé du tout au tout. J'ai eu l'impression d'avoir en face de moi une autre personne. Tu te rends compte, elle est fiancée.
- « C'est vrai que c'est un peu... choquant sur les bords, surtout après ce que tu m'as dit la concernant. Mais ça peut être une bonne chose. Si c'est un homme bien, il saura la rendre responsable. »
- Je ne sais pas pourquoi mais une partie de moi me dit qu'elle n'est pas vraiment amoureuse. Elle adore juste l'idée d'être fiancée à une super star. En plus, il s'agit de la star sur laquelle elle fantasmait depuis son adolescence. Je reste dans le hall à la recherche de Priscille. Il y a des affiches çà et là auxquelles je ne prête pas vraiment attention.
- « Ah bon ? Qui ça ? »
- C'est votre artiste là. Collins, ou je ne sais pas quoi. Je viens d'arriver à son concert. Priscille tient à me le présenter ce soir.
- « Tu as dit Collins ? »
- Oui.
- « Oh punaise ! »
- Quoi ? Pourquoi tu fais cette voix ? Elle reste silencieuse un moment.
- Il y a quoi Elionne ?
- « Écoute, il faut que je te dise quelque chose à propos de Collins. Au fait, c'est... » Ma fille apparaît de nulle part et me saute au cou.
- Maman tu es là. Viens qu'on aille s'installer. Il doit monter sur scène dans cinq minutes. Je nous ai pris des places VIP.
- D'accord chérie. Laisse-moi... Elle ne me laisse pas terminer ma phrase qu'elle me tire par le bras. Je suis obligée de mettre fin à l'appel avec Elionne. Je suis Priscille jusque dans la salle qui est déjà bondée de monde. Toutes les places sont occupées, pour la moitié par des jeunes filles. Priscille et moi prenons place dans la première rangée. A peine nous nous asseyons que les lumières s'éteignent. Une voix résonne dans les enceintes, nous annonçant l'événement de ce soir et aussi l'artiste, qui est maintenant sur scène. Des acclamations s'élèvent dans la salle. Je regarde Priscille qui est toute excitée. Elle ne fait que bouger sur son siège. La lumière se rallume mais uniquement sur la scène. Elle se marie aux uniformes de tout l'orchestre présent. Un homme se tient dos à nous et tient en main un micro. La musique commence et après quelques notes, l'artiste se retourne.
- Maman, regarde, c'est lui, me dit Priscille toute joyeuse en m'empêchant de lire le message que je viens de recevoir d'Elionne. Je relève la tête au même moment que la voix de la star s'élève dans le micro. Quand mes yeux se posent sur son visage, je déglutis. Je crois rêver dans un premier temps. Mais en regardant avec plus d'insistance, je me rends compte que non. Je ne suis pas en train de rêver. C'est bien lui !
- Il est beau hein, mon fiancé ?
Je n'écoute pas ma fille. J'ai plutôt l'impression d'être projetée du haut d'une falaise. C'est donc lui le fameux chanteur Collins qui fait tourner les têtes de mes proches ? Et c'est lui le fiancé de ma fille ? Non, impossible. Il doit y avoir une erreur. Je sens que mon cœur va lâcher d'une seconde à l'autre. Je n'arrive pas à le croire.
L'homme à qui je ne cessais de penser ces longs derniers mois se trouve juste en face de moi. Sapristi, j'ai couché avec une célébrité sans le savoir ! Mince, j'ai couché avec le fiancé de ma fille ! Je suis traversée par toutes sortes d'émotions. Je ne sais plus où mettre la tête. Je ne sais même pas quoi faire à cet instant précis. Je regarde l'homme sur la scène et je suis de plus en plus embrouillée. Je suis partagée entre l'excitation de revoir cet homme qui m'a marquée des mois en arrière et la désolation d'apprendre qu'il est également le fiancé de ma fille. L'homme qui a réveillé en moi des sentiments nouveaux et des sensations fortes, appartient à ma fille. C'est son homme à elle. Je la regarde et c'est une jeune fille en extase mais surtout amoureuse que je vois. Qu'est-ce qui est en train de se passer ? Dans quoi me suis-je mise ? Je commence à suffoquer. Je veux sortir mais c'est visiblement impossible. La musique joue, les spectateurs sont heureux de voir leur idole, et moi tout ce qui me passe par la tête c'est : comment je vais gérer cette histoire ? Je veux croire que c'est un quiproquo. Que le fiancé de ma fille est l'un des hommes dans l'orchestre qui accompagne l'artiste. Peut-être le pianiste, le batteur, le guitariste ou l'un des chœurs. Bref, n'importe lequel mais pas l'artiste. Malgré ma tension qui est montée à son plus haut degré, je réussis à rester sur place jusqu'à la fin de la première partie.
On nous annonce que l'artiste va se retirer pour troquer sa tenue avant d'attaquer la suite de la soirée. Je peux enfin sortir de là. Je me précipite vers la sortie dans le but de rentrer chez moi tout en essayant de trouver une excuse à donner à Priscille. Je l'entends m'appeler mais je fonce en fouillant dans mon sac à main à la recherche de mes clés. Je suis tellement embrouillée que j'emprunte un chemin autre que celui de la sortie.
- Merde ! Où est cette sortie ? Je me rends compte que j'ai déboulé sur les loges. Je retourne sur mes pas quand je bute contre quelque chose. Ou plutôt contre... quelqu'un. Je relève les yeux et je le vois, arrêté devant moi. Les gens avec lui, son staff sans doute, continuent leur chemin. Quand nos regards se croisent, je vois son visage se déformer par la surprise. Mon pouls s'accélère comme pas possible.
- An... Angie ? Il m'a donc reconnue ? Après tout ce temps ? Nous nous regardons et c'est comme si le temps s'était arrêté. C'est comme s'il n'y avait que nous et personne d'autre. Dans ses yeux, je me perds, exactement comme lorsque nous étions en Côte d'Ivoire. Qu'est-ce que je fais ? Qu'est-ce que je dis ? Mon esprit est totalement patatrac.
- Ah, maman tu es là ! La voix de Priscille me ramène sur terre. Elle nous rejoint.
- Je vois que tu as déjà rencontré ton futur gendre, dit-elle toute heureuse pendant que le regard de l'homme s'agrandit. Il plisse les yeux.
- Collins, je te présente ma mère, Angela. Maman, c'est Collins, mon fiancé. Il me regarde de plus en plus surpris. Cette rencontre a autant d'effet sur lui que sur moi.
- Ta mère ? finit-il par dire.
- Oui. C'est vrai, je ne t'ai jamais vraiment parlé d'elle, mais nous nous étions perdues de vue et maintenant nous nous sommes retrouvées. Il n'en revient pas. Moi, toujours pas.
- Je... je suis ravie de faire ta connaissance... Collins, dis-je en retenant le mieux possible le stress dans ma voix. Mais je dois vraiment y aller. Je me suis souvenue d'un travail urgent que je devais boucler ce soir.
- Quoi, déjà ? Mais le concert vient à peine de commencer.
- Je sais ma chérie et je suis désolée. Mais ce boulot est vraiment important.
- D'accord. Mais demain tu viens au déjeuner qui aura lieu chez Collins, hein ? Je t'enverrai son adresse tout à l'heure.
- D'accord c'est compris, dis-je, plus pour vite m'en aller que par envie.
Je pars de là, presqu'en courant. Je veux être loin, surtout pour ce que je veux faire. Une fois dans ma voiture, je hurle dans mon sac à main. Ça ne peut pas être possible. Ça ne peut pas m'arriver à moi. J'ai couché avec le fiancé de ma fille. Je hurle encore une fois avant de démarrer et quitter les lieux. J'essaie de lancer le numéro d'Elionne mais je suis beaucoup trop stressée pour le faire. Mes mains en tremblent au point où je ne peux tenir mon portable. Comment une telle chose a pu m'arriver ? Après tant d'années à chercher ma fille, je la retrouve et je découvre par la même occasion que j'ai eu une aventure avec son futur époux. Seigneur, pourquoi as-tu permis une telle chose ? Dès que j'ouvre ma porte, je remarque la présence d'Elionne. Quel soulagement de la voir. J'avais envie de lui parler justement.
- Mon Dieu ! Elionne, tu ne devineras jamais ce qui est en train de m'arriver, dis-je après l'avoir rejoint dans le salon et en tournant sur moi-même. Bon sang ! C'est la pire chose qui pouvait m'arriver. Tu te souviens de ce type avec qui j'ai eu une aventure en Côte d'Ivoire ? Celui qui a disparu après notre nuit ? Elle me regarde sans répondre.
- Je l'ai vu ce soir. Et devine quoi ? Il est une célébrité de ce pays. Une star de la chanson. C'est lui le chanteur préféré de nos filles. Mais ce n'est pas ça le plus grave. Comme je te l'avais dit, c'est aussi lui le fiancé de Priscille. LE FIANCE DE MA FILLE. Elionne, tu t'en rends compte ? Mon Dieu, c'est quoi cette histoire ? J'attends la réaction de mon amie mais aucun son ne sort de sa bouche. Je pense dans un premier temps que son silence est dû au choc mais en levant les yeux sur elle, je la vois plutôt embarrassée.
- Elionne ! Pourquoi tu ne dis rien ? Elle se pince la lèvre. Je sais ce que ça signifie quand elle fait ça.
- Quoi ? Tu savais ? Elle grimace.
- QUOI TU SAVAIS ????
- Qu'il était une célébrité, ça je l'ai su le jour où vous avez sauté le pas. J'avais prévu te le dire mais le lendemain matin tu es revenue toute abattue. Je n'ai pas voulu empirer les choses. Mais concernant ta fille, ça je l'ai su ce soir lorsque tu m'as donné les détails sur son fameux fiancé. Je voulais encore te le dire mais tu as raccroché prestement. Je suis désolée. Je me laisse tomber dans le fauteuil, de plus en plus déboussolée. Ce n'était donc pas un rêve. J'espérais secrètement que ce soit le cas.
- C'est une horreur ! dis-je le regard perdu dans le vide. Je n'arrive pas à le croire. C'est la pire chose qui pouvait m'arriver.
- Ce n'est pas autant grave que ça. Tu ne savais pas qui il était quand vous avez couché ensemble. En plus, selon ce que j'ai entendu, il s'est fiancé après son retour de la Côte d'Ivoire donc techniquement tu n'as rien fait de mal.
- Mais nous avons quand même couché ensemble. Ça, ça ne changera pas. Et si ma fille l'apprend, elle me détestera toute sa vie.
- Il n'y a pas de raison qu'elle le sache. C'est le passé et ça doit rester ainsi. Entre vous deux c'était juste le coup d'un soir, après quoi il a rencontré la femme qu'il va épouser. C'est tout. Tu es la mère de sa fiancée et sa future belle-mère. Vos rapports s'arrêtent là.
- Si c'était si simple, Elionne. Si ça l'était.
- Qu'y-a-t-il encore ? Je me passe la main sur le visage.
- Je vois, dit-elle en venant s'asseoir près de moi. Tu es toujours amoureuse de lui.
- C'est horrible ! Je suis horrible n'est-ce pas ? Être amoureuse du fiancé de sa fille.
- Tu l'as connu bien avant. Tu n'as rien fait de mal.
- Lorsque je l'ai vu ce soir, j'ai senti mon cœur se gonfler d'amour, des papillons voler dans mon ventre et des fourmillements dans mon bas-ventre, alors que je venais d'apprendre qui il était pour ma fille. Normalement, cette information aurait dû me freiner mais... c'est comme si ça m'a encore plus attirée vers lui. Priscille va me tuer.
- Il te suffit juste de l'éviter du mieux que tu peux.
- Ce sera difficile. Demain je dois me rendre à un déjeuner chez lui pour célébrer la sortie de son nouvel album. Je suis obligée d'y être. A voir le changement de Priscille, je pressens que ce genre d'occasions seront les seuls moments de partage que j'aurai avec elle.
- Tu vas y arriver. Tu es une femme avec beaucoup de principes alors je sais que tu sauras mettre de l'ordre dans cette histoire. Viens là ! Je me réfugie dans ses bras durant le reste de la soirée. Être amoureuse du fiancé de ma fille. C'est le dernier scénario auquel j'aurais pensé dans ma vie.
Je compte jusqu'à trois et je sonne. J'espère être à la bonne porte. Ma fille était ''trop occupée'' pour passer me chercher. Elle m'a donc envoyé l'adresse. Je sonne encore une fois et la porte s'ouvre. Je retiens mon souffle quand je le vois. Les flashs de notre nuit défilent sous les yeux. Ce n'est vraiment pas le moment.
- Bonjour, le salué-je en évitant son regard. J'espère ne pas être en retard.
- Non. Tu arrives à temps. On n'attendait que toi. Il se dégage du passage.
Je crispe mes doigts autour de mon sac comme si ça pouvait m'empêcher de ressentir tout ce que je ressens en ce moment. Je salue toutes les personnes présentes dans la pièce. Jérôme, dès qu'il me voit, se permet de venir m'embrasser sur la joue comme si nous étions de très bons amis. Cet homme a déjà oublié tout le mal qu'il m'a fait mais surtout le fait que je lui en veuille toujours de m'avoir éloigné de ma fille. J'essaie de me dégager subtilement de son emprise autour de ma taille. Je rencontre le regard de Collins. Il n'a pas l'air d'apprécier le geste de Jérôme. Celui-ci me présente à tout le monde. Il y a un groupe de jeunes assis dans un coin. Je leur fais signe de la main. Le père de Collins m'accueille chaleureusement et nous invite à nous servir au buffet et à nous installer autour de la table à manger. Priscille sur qui je comptais pour me tenir compagnie et m'empêcher d'être tendue en présence de Collins, est carrément accroché à lui. Elle ne se préoccupe même pas de moi. Seul Jérôme me colle aux basques. D'ailleurs, c'est quoi son problème à lui ? Pourquoi se comporte-t-il comme si nous étions super proches ? La conversation autour de la table va bon train. Elle ne tourne qu'autour de la star qui ne manque aucune occasion pour me regarder d'un regard perçant. A force, quelqu'un s'en apercevra.
- Angela ! C'est bien ça ? me demande Patrick, le père de Collins.
- Oui !
- Je suis vraiment ravie de faire ta connaissance. Jérôme m'a tellement parlé de toi que j'ai l'impression de t'avoir toujours connue. Je suis surtout heureux de vous revoir ensemble, surtout après tout ce que vous avez vécu. De quoi parle cet homme ? Et qu'entend-t-il par nous revoir ensemble ? Jérôme pose sa main sur la mienne. Je la retire doucement. A quoi joue-t-il ?
- Alors, qu'est-ce que ça fait d'apprendre qu'on sera la belle-mère d'une star comme Collins ? Le concerné et moi échangeons un regard.
- C'est... génial, si je peux le dire ainsi. Bien entendu, je ne pense pas un seul mot de cette phrase.
- Sachez que vous risquez d'être sollicitée un peu partout. Croyez-moi que ça vous ouvrira des portes les moins espérées. Eh bien dis donc. Pour être prétentieux, cet homme l'est. Et moi qui pensait qu'il ne pouvait y avoir un deuxième Jérôme. Je comprends pourquoi ils sont de si bons amis.
- Excusez-moi, pouvez-vous m'indiquer les toilettes s'il vous plaît ? demandé- je à mes hôtes.
- La salle de bain des visiteurs se trouvent dans le fond du couloir, me répond Patrick. Vous la trouverez facilement.
- Ok. Merci ! Je me lève de là à la hâte. Vivement que ce moment se termine parce que je ne supporte plus être ici. J'aurais dû inventer une excuse pour ne pas assister à tout ce spectacle. Ma fille va bientôt se marier et tout ce que je ressens c'est de la jalousie. Non mais quel genre de mère suis-je ? C'est décidé, dès que je sors, je prétexte une urgence et je fous le camp. Je ne suis pas obligée de voir ma fille s'amouracher avec son fiancé. Je mets de l'ordre dans ma coiffure et je sors. Mais sans que je ne vois quoi que ce soit, je suis tirée dans la pièce juste à côté de la salle de bain. C'est une chambre. Je reconnais Collins quand je reprends mes esprits.
- Non mais que fais-tu ? grogné-je plus par stress d'être seule avec lui dans une chambre.
- Nous devons parler.
- De quoi ? Non, nous n'avons rien à nous dire. Tu m'as séduite, mise dans ton lit et tu as disparu. Fin de l'histoire. Des mois sont passés et chacun est passé à autre chose. Tu vas même te marier. Donc le passé, on l'oublie. J'essaie de sortir mais il me retient.
- Sauf que tu es un passé que je ne peux oublier, dit-il dans un murmure qui sonne comme une douce mélodie à mon cœur. Je n'ai jamais cessé de penser à toi.
- La bonne blague.
- Angie !
- Angela ! Je serai ta belle-mère alors tu me respectes.
- Nous devons parler, j'insiste. Tu dois me laisser une chance de t'expliquer. Je ris.
- Non mais tu fais exprès ou quoi ? Qu'est-ce qu'il y a à expliquer dans le fait que tu aies disparu après notre... nuit ? Tu savais ce que tu faisais. Écoute, nous sommes deux adultes alors comportons-nous comme tel. Tu vas épouser ma fille donc RIEN ne s'est jamais passé entre nous. Mettons-nous d'accord là-dessus. Il n'y a rien eu. Nous ne nous sommes jamais vus avant maintenant. Ok ? Maintenant, laisse-moi sortir. Je fais un pas vers la porte qu'il m'attire vers lui et saisi fermement mes lèvres. Toutes mes résolutions me lâchent à la seconde. Plutôt que de le repousser, je savoure le baiser. Ça m'avait manqué, ce baiser. Sentir de nouveau ses lèvres chaudes me met dans tous mes états. J'en suis même excitée. « Maman ? »
Je sursaute et me dégage de Collins. Priscille continue de m'appeler dans le couloir. Je l'entends cogner à une porte, certainement celle de la salle de bain. Je sors de la chambre.
- Je suis là chérie ! dis-je le plus naturellement possible.
- Que faisais-tu dans cette chambre ? Les toilettes c'est là.
- Je m'en suis rendue compte une fois dans cette chambre. Mais il y avait aussi des toilettes alors je suis restée. Bref, tu as besoin de moi ?
-Tu mettais du temps alors je suis venue voir si tout allait bien. Je cherche aussi Collins. Il n'est nulle part.
- Cette maison est grande. Il peut être n'importe où. Allons rejoindre les autres. De retour dans la grande salle de séjour, je prends Jérôme en aparté. Je dois lui dire certaines choses qui me trottent l'esprit depuis le début de ce déjeuner.
- Je peux savoir ce que tu as raconté à ton ami ? Mais surtout c'est quoi ces marques d'affection déplacées ?
- Quoi, ça ne te plaît pas ? me sourit-il tout bonnement.
- Non, ça ne me plaît pas, d'autant plus que nos rapports ne sont pas des plus beaux.
- Je suis justement là pour y remédier. Si je suis revenu, c'est pour que nous reformions la belle famille que nous étions jadis.
- Tu as pris de la drogue ?
- Je n'ai jamais été aussi lucide de toute ma vie. Écoute, je sais que nous nous sommes très très mal séparés, mais c'est le passé tout ça. Chacun de nous a eu un break. Il est maintenant temps de remettre les pendules à l'heure. Priscille va bientôt se marier et nous en tant que ses parents devons l'accompagner main dans la main. Nous devons lui montrer l'exemple. - Tu es fou, Jérôme. Et tu te fous le doigt dans l'œil si tu penses que je serais assez stupide pour me remettre avec toi après tout le mal que tu m'as fait.
- Oublions le passé, chérie, continue-t-il en souriant toujours comme un maboul.
- Vas te faire foutre ! Un bruit nous fait tourner les têtes. Le père de Collins cogne sur son verre. Collins réapparaît à ce moment-là.
- Venez tous me rejoindre, nous dit-il. Nous allons visualiser ensemble le tout nouveau clip de Collins. Je viens de le recevoir et je voudrais qu'on le visualise ensemble. Je l'ai déjà regardé et je peux vous assurer que c'est le meilleur clip de toute la carrière de Collins. Et la musique, une pure merveille. Nous nous installons devant l'énorme écran incurvé. Les premières images défilent. Mon regard croise celui de Collins. Je serre mon sac à main contre mon ventre qui ressent des fourmillements au souvenir du baiser de tout à l'heure. Je ressens encore le goût de ses lèvres. Je reviens très vite à moi devant une scène dans le clip. Une scène qui se passe dans un ascenseur. Cette scène me rappelle celle que Collins et moi avions vécue dans l'ascenseur à l'Hôtel Ivoire en Côte d'Ivoire. Non, c'est exactement la même scène. La scène suivante me confirme ce que je pense. Le clip en fait, c'est mon histoire avec Collins. La fille avec qui il joue me ressemble en apparence. Elle a la même coiffure que j'avais, porte approximativement les mêmes tenues que je portais.
- Le clip a été tourné en Côte d'Ivoire, nous explique son père tout joyeux. C'est d'ailleurs là-bas que lui est venue l'inspiration pour son nouvel album. Sa carrière était au bord du gouffre et il y est allé à la recherche de nouvelles idées. A son retour, il nous a pondu tous ces chefs-d'œuvre. Je suis très fier de lui. Je n'arrive pas à le croire. Donc tout ceci... ??? Non je n'arrive pas à le croire. Je le regarde et la colère remplace les fourmillements. C'en est trop. Je ne peux plus rester ici.
- Je suis sincèrement désolée mais je dois vraiment y aller. J'avais reçu un appel de mon patron pour une urgence.
- Oh c'est vraiment dommage, me dit Patrick. Mais puisque nous serons bientôt une seule famille, nous aurons d'autres moments de rencontres. Rentre bien surtout.
- Merci ! J'embrasse ma fille et je dévie Jérôme qui essayait de me toucher. Je pars presqu'en courant avant que Jérôme ne se propose de me raccompagner à ma voiture. Je fulmine de rage. Donc c'était moi l'inspiration qu'il a eue ? Pendant que moi j'étais sincère, lui il s'inspirait. Je me suis faite bien avoir.
- Angie ! Entendre sa voix m'énerve encore plus. Je déverrouille ma voiture une fois proche.
- Angie !!! me retient-il quand je veux ouvrir la portière.
- Ne me touche pas !!! hurlé-je presque. C'était donc ça ? J'étais donc une marionnette pour ta carrière ?
- Non ! Ce n'est pas ça.
- Moi j'étais sincère dans tout ce que je faisais et disais. Mais toi, tu jouais. Je t'ai dit tout à propos de ma vie. Je t'ai même parlé de mes peurs les plus profondes et toi qu'en as-tu fait ? Tu l'as utilisé pour composer ta musique. Tu as osé parler de ma phobie des ascenseurs et de ma fille que j'avais perdue.
- Laisse-moi t'expliquer s'il te plaît !
- Non ça suffit ! Ça fait assez de mensonges comme ça. Puisque tu as eu ce que tu voulais, reste bien loin de moi. Un gendre n'est pas obligé d'être proche de sa belle-mère. J'ouvre la portière, m'installe dans la voiture sous son regard impuissant et je démarre en trombe. Je me suis faite avoir comme une débutante. J'aurais dû rester loin des hommes comme je l'avais résolu.
- Non mais tu t'en rends compte, Elionne ? Il m'a utilisée pour relever sa carrière. Je n'étais qu'un pantin pour lui, pourtant moi j'étais sincère. J'en suis même tombée amoureuse.
- As-tu au moins pris la peine d'écouter les paroles ? Je ne pense pas que ce soit une mise en scène. Les paroles de la chanson sont une véritable déclaration d'amour. Une déclaration qu'il fait à la femme dans le clip. En l'occurrence, toi. Je le détestais aussi après ce qu'il t'avait fait mais après avoir écouté son nouvel album, plus précisément cette chanson de votre rencontre, je peux te dire que ce mec est amoureux de toi.
- Ne me dis pas qu'il a réussi à t'amadouer avec ses textes mielleux ?
- Je dis seulement ce qui est. Tu devrais peut-être prendre le temps d'écouter pour te faire ta propre opinion.
- Et qu'est-ce que cela changera au fait qu'il va épouser ma fille ?
- J'en sais rien. Cette histoire est trop complexe. Tu ne crois pas si bien dire. J'en perds moi-même la tête.
- Bon, je vais y aller. Je dois préparer le dîner avant que Monsieur mon époux ne rentre de son rendez-vous. Quant à toi, garde ton calme afin d'avoir un esprit plus posé pour prendre des décisions.
- C'est compris. A plus.
- A plus chérie.
Elle me pose un baiser dans les cheveux et pars. Une fois seule, je me mets à réfléchir à tout ce qui me tombe dessus en ce moment. Je ne sais plus où mettre la tête. Je suis tout d'un coup prise de curiosité. Les propos d'Elionne résonne dans mon esprit. J'ouvre mon Mac, active la navigation et je vais sur YouTube. Je tape le nom de Collins et toutes ses chansons s'affichent. Je clique sur le nouveau clip qui fait déjà plusieurs millions de vues. Le cœur battant, je le visualise en prenant soin de bien écouter les paroles comme me l'a suggéré Elionne. Plus je vois les images, plus mon cœur s'emballe. Je deviens nostalgique et les paroles me pénètrent dans tout mon être. Il raconte comment notre rencontre a bouleversé positivement sa vie, à quel point j'ai apporté du soleil dans sa vie. Il qualifie mon sourire de ''son remède'' et qu'il suffit d'y penser ou de me voir sourire pour se sentir mieux. Rien que des mots qui ne me laissent pas insensible. Est-il vraiment sincère ? Ou c'est juste pour faire vendre sa musique ? Je suis interrompue par la sonnette. Je mets la vidéo sur pause et je vais ouvrir. Je jette un coup d'œil dans le judas et mon cœur rate un battement en voyant Collins à travers. Je plaque sur mon visage une mine impassible et je lui ouvre.
- Qu'est-ce que tu veux ? Et comment as-tu su où je vivais ?
- Je me suis rendu à ton lieu de travail et je t'ai suivie. J'attendais que ton amie s'en aille. Est-ce qu'on peut parler ? S'il te plaît, Angie !! Tu sais qu'il le faut si nous voulons tourner la page. Il a raison. Je lui tourne le dos. Il me suit dans la salle de séjour. Je referme mon ordinateur mais il a déjà vu ce qui y était affiché.
- Je vois que tu regardais mon clip.
- Juste pour faire plaisir à mon amie, dis-je avec désinvolture.
- Tu as donc entendu tout ce que j'ai dit. Ou plutôt tout ce que je ressens.
- Tu as dit ce que tes fans aiment entendre.
- J'étais pourtant sincère, Angie. Cette chanson vient du plus profond de mon âme. C'est ce que j'ai ressenti durant notre séjour en Côte d'Ivoire. C'est ce que j'ai ressenti à tes côtés.
- Vraiment ? Pourtant tu m'as abandonnée dans ta chambre juste après notre nuit. Tu es parti comme un voleur juste après avoir eu ce que tu voulais. Alors ne vient pas ici me lancer de belles paroles à la figure en espérant me berner de nouveau.
- Que dois-je faire pour que tu me croies ?
- Rien. Va-t'en tout simplement et concentre-toi sur ta relation avec ma fille. Je vais lui ouvrir la porte.
- Priscille et moi, c'était une mise en scène pour me sortir d'un pétrin avec la justice. Cette information a pour don de suspendre mon geste après que j'aies ouvert la porte.
- On m'avait accusé injustement et il me fallait trouver un moyen pour me sortir de là. Cette nuit-là, mon père a débarqué et a exigé que je rentre avec lui parce que ma carrière était en jeu. Je ne pouvais rien te dire, ou je ne voulais rien te dire pour ne pas t'embêter avec mes histoires. Tu avais les tiennes à gérer. J'ai jugé que mon monde serait trop compliqué pour toi. Tu méritais mieux. Alors je suis parti. Seulement, je n'ai pas pu partir avec mon cœur parce que tu le tenais déjà. Angie, je suis tombé amoureux de toi dès notre premier regard dans l'ascenseur. C'est cet amour qui m'a permis de faire sortir cet album. Tu as été mon inspiration et tu l'es encore. Je me retourne et la sincérité que je lis dans ses yeux me fait peur. Me fait peur dans le sens où je n'ai plus aucune résistance. Comme s'il le ressentait, il s'approche, me tire contre lui et m'embrasse.
- Je t'aime Angie !!! Je suis amoureux de toi. Il prend de nouveau possession de mes lèvres. Je m'abandonne dans ses bras et je réponds fiévreusement à son baiser.
- Dis-moi que tu m'aimes aussi, Angie. Dis-moi que ce que j'ai lu dans tes yeux quand nous nous sommes revus n'est pas une illusion.
- Je t'aime aussi Collins, lui avoué-je les yeux dans les yeux. Moi aussi je suis tombée amoureuse de toi dans cet ascenseur. Il sourit et nous repartons de plus bel dans notre baiser. Cette fois, c'est plus sensuel. Ça annonce déjà la suite des évènements et, Dieu seul sait, combien j'ai envie de lui.
- La porte, lui dis-je entre deux baisers. Il se dépêche d'aller la condamner et de revenir reprendre là où nous étions arrêtés. Nos vêtements se retrouvent au sol et sans avoir la patience d'aller jusque dans ma chambre, nous faisons l'amour là. Quand je le sens entrer en moi, centimètre par centimètre, je lâche un énorme soupir. Miséricorde, ça fait un bien fou. Je sais que je ne devrais pas faire ça à cause de ma fille. Mais là, c'est au-dessus de mes forces. Moi aussi j'ai besoin d'un peu d'amour. Après, j'y verrai un peu plus clair. Pour l'heure, je veux juste être aimée.
***QUELQUES INSTANTS PLUS TÔT*** ***JÉRÔME KOUAMÉ
- Papa, malgré mes gestes tendres Collins reste indifférent.
- Continue, ne baisse pas les bras. Certains hommes aiment se faire désirer. Il finira par céder. Laisse-le faire sa star.
- Et s'il ne m'aime toujours pas ? Et si malgré tout ça il refuse de m'épouser ?
- Reste positive. Cet homme sera à toi. Par tous les moyens, il le sera. Je n'ai pas passé des mois à élaborer ce plan pour si vite abandonner. Collins est un très bon parti et faire partie de sa famille m'ouvrira aussi de grandes portes dans le monde des affaires. Mais surtout, s'il épouse ma fille, son père a prévu faire de moi son manager tandis lui occupera une autre position plus grande dans la carrière de son fils. Je ne serai pas uniquement le manager de Collins, je le serai également pour d'autres stars qui sont un peu sous la coupole de mon ami d'enfance. En gros, je toucherai des millions et je pourrai rembourser toutes mes dettes. Mes finances ont dégringolé ces dernières années. J'étais au fond du gouffre et j'avais des créanciers à mes trousses.
Et là comme par magie, je tombe sur Patrick qui m'explique la vie de luxe qu'il vit grâce à la carrière de son fils. Je décide secrètement de renouer les liens avec lui dans le but de rapprocher nos deux enfants. Puis quand vient cette histoire de viol, je saisis l'opportunité et je propose à mon ami un mariage entre nos enfants. Je réussi à le convaincre que ce mariage, outre l'affaire du viol, nous sera bénéfique parce que j'ai aussi des contacts qui seront d'une grande utilité pour la carrière de son fils. Oui j'ai des connaissances, j'en ai même assez que je me suis fait tout au long de ma vie. Mon ami a aimé ma proposition et nous avons ensuite commencé à planifier le mariage. Il faut que Priscille devienne la femme de Collins. Ma vie et ma situation financière en dépendent.
- Pendant qu'on y est, achète-lui de la pâtisserie et apporte-la-lui. Moi je sors.
- Où vas-tu ?
- Voir ta mère.
- Vous allez vous remettre ensemble ?
- Le temps nous le dira. Mais je sens qu'elle a encore des sentiments pour moi et c'est réciproque.
- Tu es donc prêt à lui pardonner tout ce qu'elle t'a fait ?
- Quand on aime, on pardonne. Ça te dérangerait ?
- Pas vraiment. Tant que tu es heureux, ça me va.
- Merci princesse.
C'est tout enthousiaste que je me rends chez Angela. La femme de ma vie. Oui, je reconnais n'avoir pas été le meilleur mari qui soit. Mais qui peut m'en vouloir pour ça ? Tous les hommes aiment le goût de l'interdit. Et il n'y a rien de méchant à aller voir dehors de temps à autre. On ne va quand même pas manger la même bouffe toute la vie ? Il faut parfois diversifier. Ma seule erreur a été de ne m'être jamais protégé et d'avoir ramené des maladies. Angela en a fait tout un plat, ce qui nous a conduit au divorce alors que nous aurions pu régler ça simplement. J'ai dû mentir à notre fille pour qu'elle accepte de s'en aller avec moi. Si elle pensait sa mère la mauvaise de l'histoire, elle n'aurait eu aucun souci à me suivre et c'est ce qui s'est produit. Mais après tout ce temps, je suis toujours fou amoureux de ma femme et je veux la reconquérir. Lorsque je gare dans le parking, je remarque une voiture qui ressemble à celle de Collins. Je regarde la plaque d'immatriculation et j'en ai la confirmation. Mais que peut-il bien foutre ici ? A-t-il une connaissance dans cet immeuble ? Ou est- il venu rendre visite à sa future belle-mère ? Je monte avec toutes ces interrogations dans la tête jusqu'à l'appartement d'Angela. La porte est ouverte. Je me rapproche mais je suspends très vite mes pas quand je tombe sur la scène la plus improbable à laquelle j'aurais pensé. Angela et Collins s'embrassant. Je crois halluciner. Je cligne trois fois des yeux mais le spectacle est toujours réel devant moi.
- La porte, lui souffle-t-elle.
Je me dépêche de me planquer derrière un petit mur. J'en ressors quand la porte se referme. Je me rapproche de nouveau et cette fois c'est un long gémissement qui me frappe en plein fouet. Le gémissement de ma femme. Une rage sourde s'empare de moi. Pendant que moi j'organise tout pour son mariage avec ma fille, lui, c'est ma femme qu'il veut. Ça ne se passera pas ainsi. Ce jeune vient de me déclarer la guerre et il la perdra certainement. Il n'est pas question qu'il me pique la femme de ma vie. S'il s'entête à me mettre les bâtons dans les roues, je détruirai sa carrière. Mais Angela sera à moi.