Je jette un coup d'œil à la montre sur mon poignet avant d'entamer la dernière prise d'enregistrement. Priscille sera là d'un moment à l'autre. Je lui ai demandé de me rejoindre à mon studio, situé au sous-sol de ma maison. Je m'étais promis, après l'épisode du week-end dernier, ne plus rien faire pour convaincre Angie de nous donner une chance, mais il m'est carrément impossible de lui tourner dos longtemps. Cette femme m'a marabouté. J'ai de ce fait décidé d'avoir une réelle conversation avec Priscille pour lui faire entendre raison. Si elle accepte le fait qu'il ne peut rien y avoir entre nous, sa mère se laissera aller avec moi.
Je sais que Priscille, malgré son jeune âge, est intelligente et saura se montrer responsable en ce qui concerne son avenir. Lors de nos échanges dans le passé, j'ai pu déceler, en dessous de ses caprices d'enfant gâté, une certaine maturité qu'elle se refusait d'utiliser parce qu'elle préférait vivre avec insouciance telle une gamine. J'écoute les propositions d'arrangements faits par Lémuel quand j'entends la voix de Priscille dans mon dos. Elle salue les personnes présentes dans la pièce et me fait la bise à moi. Mon staff, en l'occurrence mes meilleurs amis, sachant tout ce qui se passe, nous laisse seuls. Je l'invite à s'asseoir dans le petit salon du studio.
- J'aimerais parler à Priscille, cette jeune fille mature qui se cache sous l'insouciante. Est-ce possible ?
- Oui Collins. J'essaierais de faire la part des choses aujourd'hui. Tu peux parler.
- Ok. Comment vois-tu ta vie amoureuse dans le futur ? Disons dans cinq ans ?
- Bah, je me vois mariée, mère de famille et surtout super heureuse.
- Et comment imagine-tu ton époux ?
- Où est-ce que tu veux en venir ? questionne-t-elle le front plissé.
- Réponds juste et sincèrement. Elle m'observe l'espace d'un moment, l'air de chercher l'aboutissement de toutes ces questions.
- J'ai toujours rêvé d'un homme fou amoureux de moi. Un homme qui me traiterait telle une déesse, sa déesse. Qui me rendrait heureuse, qui ferait de moi sa priorité et la chose la plus importante à ses yeux. Je veux un homme qui me fera rire tous les jours, qui saura me consoler quand je serai au plus bas, moralement. Au fait, je veux un homme qui va me rendre heureuse sur tous les plans.
- Te vois-tu te marier à un homme pour qui tu n'as absolument aucun sentiment amoureux ?
- Bien-sûr que non. Je ne le ferai jamais, répond-t-elle plutôt avec véhémence. Ce serait un calvaire pour moi, même si c'est l'homme le plus gentil de l'univers. Un mariage sans amour c'est pratiquement comme l'enfer. C'est exactement ce que je voulais entendre de sa bouche. Mon regard appuyé le lui fait comprendre. Se rendant maintenant compte du but de mes questions, elle se mord la lèvre et baisse la tête.
- Tu l'as toi-même dit, un mariage sans amour, c'est comme l'enfer. Et c'est cet enfer que tu veux vivre avec moi ? Elle reste silencieuse.
- Cet homme que tu as décrit, ce n'est pas moi. Je ne pourrai jamais te traiter avec autant d'amour. Je ne te ferai jamais de mal, certes, mais je ne pourrai t'aimer de la sorte. Et de même que tu ne te vois pas te marier sans amour, je ne le peux. Alors, puisque nous partageons la même vision des choses, il est temps que tu acceptes l'idée que je ne t'épouserai pas. Je t'apprécie, mais je ne suis pas amoureux de toi. Je commençais certes à m'attacher à toi un moment donné, mais c'est loin d'être de l'amour véritable. C'est pour ton bien que je prends cette décision. Tu souffriras sinon.
- Mais nos pères ont dit...
- Ce n'est pas à nos pères de décider pour nous. Tu as le droit de rencontrer un homme, d'en tomber amoureuse et de faire ta vie avec.
- Mais j'aime moi être proche de toi, dit-elle d'une toute petite voix. Étant ta fausse fiancée, j'ai eu le privilège d'être tout le temps à tes côtés et de vivre ton quotidien. Je ne veux pas que ça s'arrête. Je me courbe vers elle.
- Ça ne s'arrêtera pas, et tu sais pourquoi ? Elle fait non de la tête.
- Parce que je te vois dorénavant comme la petite sœur que mes parents ne m'ont pas donné. Je t'apprécie énormément et j'aime ta folie, ta joie de vivre. Tu pourras m'accompagner à toutes mes prestations si tu le désires et tu auras toujours des places VIP. Et... j'ai une surprise pour toi. Je récupère la fiche posée sur la petite table non loin de moi.
- Je t'ai rédigé un contrat.
- Un contrat ? De quoi ?
- Je veux que tu sois l'actrice principale dans le clip de ''Mon choix'', lui annoncé-je en lui tendant le contrat.
- Le feat avec Mr Leroi ? demande-t-elle, le visage subitement illuminé.
- Oui. Tu seras la fille qui doit choisir entre lui et moi.
- Sérieux ? Tu es vraiment sérieux ?
- Oui, oui.
- OH MON DIEU !!! JE N'ARRIVE PAS A LE CROIRE. Elle me saute au cou. J'éclate de rire en la serrant.
- Merci, merci, merci. J'adore tellement cette chanson. J'en ai même fait ma sonnerie. Oh mon Dieu, c'est un rêve qui se réalise parce que je me voyais à la place de la fille à chaque fois que je l'écoute. Elle ne tient tellement plus en place que je suis obligé de l'aider à se rasseoir.
- Mes copines n'en reviendront pas. Tu n'as pas idée du cadeau que tu me fais. Je serai une star. Elle est tellement euphorique que j'ai du mal à placer un seul mot. - Ok maintenant dis-moi si le montant proposé pour jouer ce rôle te va, lui dis- je histoire de continuer la discussion. Si non, dis-moi combien tu veux et on en discute.
- Combien je veux ? Mince, ton montant est le mien. Tu peux même ne pas me payer si tu le veux. Je vais jouer dans ton clip, c'est la meilleure chose que tu pouvais me donner.
- Dans ce cas signe ces deux fiches et tu en garde une. Tu commenceras les répétitions dans deux jours. Tu dois apprendre des pas de danse à exécuter avec d'autres filles et le coach t'apprendra comment entrer dans le personnage que tu dois interpréter. Pour ne pas que tu te sentes seule, Omar t'accompagnera tout le temps. Il sera ton chauffeur. Je te communiquerai le programme des répètes d'ici demain. Ça marche ?
- C'est parfait !!! Si tu m'avais proposé ça depuis, tu ne m'aurais plus eu sur le dos avec cette histoire de mariage. Je vais maintenant réviser mes pas de danse. Je me dois d'être à la hauteur. JE VAIS ÊTRE UNE STARRR !!! Elle me colle un baiser sur la joue et sort presqu'en courant. Enfin, cette histoire est réglée. Maintenant que nous sommes tous deux sur la même longueur d'onde, nos pères n'auront plus de raison de vouloir de ce mariage. Il faut que j'aille informer Angie. J'ose espérer que maintenant elle sera plus relaxe avec l'idée de se mettre en couple avec moi.
Je n'ai pas voulu attendre la fin de la soirée pour aller voir Angie chez elle. J'arrive donc à son service. Je sais qu'elle n'aimerait pas qu'on nous voit ensemble à son lieu de travail mais j'avais vraiment hâte de la voir, de la serrer dans mes bras et de l'embrasser. De plus, personne ne peut connaître la réelle raison de ma visite ici. Sur mon passage dans les locaux, des gens se retournent pour me regarder avec admiration. Les plus courageux s'approchent de moi pour des photos. J'en fais quelques-unes et je presse mes pas afin de prendre l'ascenseur. Certains me prennent quand même en photo. Arrivé à l'étage où se trouve le bureau d'Angie, je ne vois personne.
Je me rends donc directement à son bureau sur la porte duquel je frappe trois coups. Sa voix depuis l'intérieur m'autorise à rentrer. Elle est le premier regard que je croise avant d'apercevoir les quatre autres qui me dévorent littéralement.
- Bonjour ! leur dis-je. Des chuchotements s'élèvent dans la pièce. J'ai été reconnu.
- Désolé de déranger, je n'ai trouvé personne pour me faire annoncer. Angie me regarde sans pouvoir rien dire. Par contre j'arrive à voir dans son regard qu'elle est heureuse et surprise de me voir.
- Non tu peux entrer, me permet-elle en se levant.
- Madame, s'il vous plaît, pouvons-nous faire des photos avec Collins ? Lui demande les filles surexcitées avec qui elle était en réunion.
- Oui, vous avez deux minutes. Elles se jettent toutes à la seconde même sur moi. Des photos avec chacune, j'en prends et des autographes j'en fais, en jetant de temps à autre des regards à Angie qui ne fait que mettre ses cheveux en état sans pouvoir me regarder en retour. A son raclement de gorge, les filles se reprennent et sortent.
- Comment vas-tu ? lui demandé-je.
- Bien. Je suis surprise de te voir ici. Je ne savais même pas que tu connaissais mon lieu de travail.
- Je peux tout obtenir de Priscille quand je la fais beaucoup parler.
- Ah, je vois que tout va bien maintenant entre vous, dit-elle, une once de jalousie dans la voix.
- Tout va super bien, effectivement.
- J'en suis ravie. Alors que puis-je faire pour toi ? demande-t-elle en voulant retourner derrière son bureau. Je la retiens par le bras, la ramène contre moi et par surprise, je l'embrasse. Elle essaie de me repousser mais je la tiens fermement.
- Collins... que fais-tu ? essaye-t-elle d'articuler entre deux baisers. Tu viens de me dire qu'entre Priscille et toi...
- ... Il n'était plus question de mariage. Elle et moi... avons discuté et... elle a aussi compris que... tout ceci était une pure connerie.
- Quoi ? s'étonne-t-elle en me stoppant. Comment ça ?
- Elle et moi avons trouvé un terrain d'entente. Elle a compris qu'on ne pouvait obliger un homme, qui ne partage pas les mêmes sentiments, à se marier. Quant aux sentiments qu'elle me porte, ça lui passera. Elle ne peut m'en vouloir parce que je ne lui avais jamais rien promis. Mais pour conserver notre belle amitié, je lui ai promis une place gratuite à chacun de mes concerts et mieux, elle sera la star dans mon prochain clip dont le tournage débutera dans quelques jours. Voilà tout.
- Tu es sérieux ?
- Tu peux l'appeler si tu veux. Donc toi et moi avons maintenant le champ libre pour être ensemble.
- Mais...
- Ça suffit avec les MAIS, Angie. Ça suffit ! Je reprends le baiser où elle l'avait interrompu. Elle y répond cette fois. Perdus dans le baiser, au point d'en oublier le lieu où nous sommes, nous nous séparons brusquement lorsque la porte de son bureau s'ouvre. Un homme blanc entre avec en main un paquet.
- Désolé de vous déranger. J'ai entendu dire que Collins était dans nos locaux. Je voulais le voir de mes propres yeux.
- Collins, je te présente Louis, mon patron et l'époux d'Elionne, ma meilleure amie. Nous échangeons une poignée de main.
- Ma fille est une grande fan. Elle n'en reviendra pas quand je lui dirai ce soir que vous étiez ici. Pourriez-vous, s'il vous plaît me rendre un service ?
- Lequel ? demandé-je.
- Je lui ai acheté ce sac à main. Elle me harcèle depuis un mois pour ça. Ça lui ferait également plaisir d'y voir votre autographe.
- Avec plaisir. Puis-je avoir un marqueur ? Angie me passe le sien et je signe sur le dos du sac à main hors de prix. Je prends ensuite une photo avec l'homme et il nous laisse de nouveau seuls. Je retourne vers Angie.
- Pas facile la vie de star, me taquine-t-elle.
- Oui. Et je dois répondre à un rendez-vous important. Mais ce soir, je passe te voir. C'est bon ?
- Oui, confirme-t-elle, les lèvres déformées par un sourire. Nous nous embrassons encore un bon moment. Je suis obligé d'y mettre fin au risque de manquer mon rendez-vous. Enfin, nous avons fait un pas en avant.
***PRISCILLE KOUAMÉ
Aujourd'hui, je me suis levée très tôt pour me rendre la première sur le lieu principal où se tournera le clip. Nous entamons les dernières répètes. De ce fait donc, elles se feront avec la présence des deux stars. Nous devons travailler ma mise en scène et les chorégraphies. J'ai tenu à venir m'imprégner du lieu histoire d'être à la hauteur. Je ne veux pas paraître minable devant tout le monde. Toute la bande de Collins sera là. Je me dois donc de me montrer à la hauteur devant tous.
- Je sais que tu n'as pas pris de petit-déjeuner alors je t'ai apporté du café.
- Merci, dis-je en récupérant le gobelet à café de la main d'Omar. Je vide le contenu du gobelet en deux grandes gorgées.
- Bah dis-donc, tu n'as pas de temps à perdre, s'étonne Omar.
- Oui. Aujourd'hui je répète avec deux grandes stars. Je dois me montrer à la hauteur. Qui sait ? Peut-être que Leroi voudras aussi de moi pour son propre clip, dis-je en souriant.
- Pas faux. Alors, montre-moi un aperçu de ce que tu as dans le ventre. Il part s'asseoir en sortant son appareil numérique. J'active le lecteur audio et je me mets dans la peau de mon personnage. Omar me filme. C'est la première fois qu'il me voit jouer toute seule. Il a assisté aux premières répétitions mais pour d'autres occupations, il ne faisait que me déposer, s'en aller et revenir me récupérer plus tard. Passer du temps avec lui m'a fait le découvrir autrement. Je ne le côtoyais pas vraiment avant. Juste des formules de politesse. Mais maintenant j'ai découvert une très belle personne. Il est sympa, tout comme Collins. J'apprécie sa compagnie et je crois que c'est réciproque.
- Dis, tu peux m'aider en jouant le rôle des deux hommes ?
- Bien-sûr. Mais tu me diras quoi faire vu que je ne connais le rôle ni de l'un ni de l'autre.
- Du côté de Collins il n'y a pas trop grande chose à faire puisqu'avec lui je ne danse pas. Je fais mon show devant lui et lui il fait son truc. C'est plus avec Leroi que je danse sensuellement.
- Attention je suis fragile, plaisante-t-il. Je risque de prendre ce rôle trop au sérieux. Collins risque même de me prendre à la place de Leroi.
- J'aimerais bien voir ça, rigolé-je en remettant la musique. Je lui montre quoi faire au fur et à mesure mais impossible de se concentrer ou même d'être sérieux parce qu'il ne cesse de faire le clown. Ça me permet néanmoins de déstresser. Je pensais avoir connu des hommes comiques mais Omar c'est la totale. Il fait carrément n'importe quoi. Par contre, il sait y faire avec la danse.
- Omar, je t'en prie, soyons sérieux. Les autres seront là dans une trentaine de minutes.
- Ok c'est bon, j'arrête de faire le guignol.
- Voilà ! J'ai besoin de ton aide pour exécuter un pas qui me donne le tournis.
- Allons-y ! Pour cette partie, nous sommes obligés de nous frotter le corps. Pour mon plus grand étonnement, mon corps réagit quand Omar me ramène contre lui en posant sa main sur la chute de mes reins. Je ne sais pas lequel des deux gestes m'a fait réagir. Le fait qu'il m'ait attrapée aussi sensuellement ou le fait que je sois aussi proche de lui.
- Je... je dois remonter ma main et desserrer mon emprise ou... ??? me demande-t-il, une lueur perturbée dans les yeux.
- Non... ça va. Je n'arrive ni à comprendre ce qui vient de se passer ni à mettre un nom là-dessus. C'était brusque, inattendu. C'était... bizarre. Une sensation étrange.
- C'est quoi le pas de danse qui te met un blocus ? me demande-t-il avec une certaine douceur, étrange surtout, dans la voix. Je lui explique ce que chacun doit faire et nous essayons. Les premiers essais ne se font pas comme il se doit parce que pour une raison que j'ignore, j'ai du mal à me concentrer. Nous essayons encore une fois. Je fais deux tours sur moi-même et finis accrochée au cou d'Omar qui automatiquement me retient par la hanche. Nous restons ainsi, l'un accroché à l'autre, les yeux dans les yeux, pendant ce qui me semble être une éternité.
- Ça y est ? Tu l'as réussi ? me demande Omar dans un souffle, les lèvres beaucoup trop proches des miennes.
- Oui. Merci ! Ses yeux descendent sur mes lèvres. Mes yeux à moi ont du mal à se détacher de son visage. Je ne l'avais jamais remarqué, mais Omar est très agréable à regarder. Je sens ses doigts se resserrer autour de ma taille. Je le laisse me rapprocher encore plus de lui. Je crois qu'il veut m'embrasser. La panique s'empare d'une partie de moi. Je n'ai jamais vraiment embrassé un homme. Je n'ai jamais rien fait avec un homme, pour tout dire. Avec Collins, ça a juste été une fois un bref baiser. Avant lui, j'ai eu à flirter avec d'autres mais il n'y a rien eu de spécial. A cet instant, j'ai bien envie de savoir ce que ça fait que d'embrasser un homme, surtout un bel homme comme Omar. Je me rends subitement compte que nous sommes à deux doigts de le faire.
- Oh punaise !!! Nous nous séparons dans un sursaut. Je regarde, toute honteuse, Collins qui vient de faire son apparition. Il passe son regard de moi à Omar.
- Désolé, je ne savais pas que vous étiez... là, s'excuse-t-il. Ni Omar ni moi n'arrivons à en placer une. Nous sommes sauvés par l'arrivée des autres. Le metteur en scène nous fait signe de commencer. Le sourire que me lance Collins me met de plus en plus mal à l'aise. Je suis certaine qu'il nous a vu dans cette position compromettante. Malgré tous mes efforts pour éviter le regard d'Omar, je ne fais que le rencontrer, et lui autant que moi en sommes mal à l'aise. A la fin de la répétition, je suis raccompagnée comme d'accoutumée par Omar. Seulement, contrairement aux autres jours, le trajet se fait dans un silence de cimetière. La gêne s'est carrément installée entre lui et moi.
- Voilà, tu es arrivée, me fait-il remarquer.
- Merci !
- Je passe te chercher le jour du tournage ? Ou...
- Oui.
- Ok. A plus alors.
- Bye ! Je sors de la voiture et sans un regard en arrière, je m'engouffre dans l'immeuble. C'est la situation la plus gênante que j'ai vécu de toute ma vie. J'espère que cela n'entachera pas sur notre amitié parce que oui je l'apprécie beaucoup. L'appel de mon père me fait sortir de ma rêverie. Enfin il se décide à me faire signe de vie depuis son départ.
- Bonsoir papa.
- « Comment vas-tu ma princesse ? »
- Très bien. Tu rentres quand ?
- « Très bientôt, chérie. J'ai eu Patrick au téléphone et il m'a informé que tu feras partie du prochain clip de Collins. »
- Oui. Je reviens à peine de la dernière répète. Collins m'a choisie pour me prouver qu'il m'apprécie malgré tout ce qui s'est passé. Lui et moi sommes désormais d'accord pour rester de très bons amis.
-« Non mais ça ne va pas ? » s'énerve-t-il tout à coup. « Le père de Collins m'en a parlé mais j'ai cru que toi ma fille tu me dirais que tu avais un plan derrière la tête pour faire flancher Collins. Au lieu de ça tu me dis, comme un simple bonjour, que tu as accepté de renoncer au mariage ? Qu'est-ce qui ne te va pas à la tête ? »
- Mais papa, je ne peux pas obliger un homme qui ne ressent que dalle pour moi à m'épouser. C'est insensé.
- « CE QUI EST INSENSÉ, C'EST QUE TOI TU RENONCES A TOUT CE QUE NOUS AVONS PLANIFIÉ DEPUIS LE DÉBUT. » Je suis choquée par autant de colère de sa part. Je ne pensais pas que ça le mettrait autant en rogne.
- « Ton rêve a toujours été d'être la femme d'une super star et aujourd'hui que tu en as l'occasion, tu y renonces ? Où sont passés tes rêves ? Tes ambitions ? Diantre Priscille c'est quoi ton problème ? Je te croyais plus mature. »
- Papa...
- « Tu me déçois énormément. Mais sache que cette histoire ne se terminera pas comme ça. Tu seras la femme de Collins de gré ou de force. Tu me seras reconnaissante plus tard de t'avoir obligée à le devenir. En attendant mon retour, fais en sorte d'être de plus en plus proche de lui. M'as-tu bien comprise ? »
- Oui papa, dis-je sans grand engouement.
- « Bien. Je me charge du reste. A bientôt. »
- Je... Il a déjà raccroché. Cette histoire commence sincèrement à me saouler.
***ANGELA
Je regarde ma fille et je ne peux qu'être fière d'elle. Elle est magnifique et joue son rôle à la perfection. Je la savais bonne danseuse mais bonne actrice, waouh !!! Elle a l'air super heureuse de faire ça. On dirait là que c'est elle la star et les autres les figurants de son clip. Sa présence met le feu sur le tournage. Elle facilite la tâche aux deux stars. Parlant des stars, diantre, comme je suis fascinée par la prestance de Collins. Cette manière qu'il a de bouger, de danser avec classe, de se déplacer mais surtout de chanter. Déjà, c'est ma toute première fois d'être sur le plateau de tournage d'un clip, raison pour laquelle je suis des plus émerveillée.
Mais en plus de ça, il s'agit du tournage du clip de l'homme que j'aime. Le voir travailler de cette belle façon me fait tomber à chaque seconde plus amoureuse de lui. Moi qui ne m'intéressais pas aux stars, me voilà gaga de l'une d'entre elles. Le clip fera un tabac tout comme le chant en lui-même. En gros, deux hommes se disputent une fille à qui ils demandent de faire un choix. Mais alors qu'ils se chamaillent, la fille passe sous leur nez avec un mec auquel personne n'aurait jamais pensé pour une fille aussi belle et classe qu'elle. C'est drôle et romantique à la fois. Les différentes tenues des différentes scènes sont magnifiques. Au fait, j'adore tout ce qui se fait ici en ce moment. Collins me fait de temps en temps des clins d'œil dissimulés. Cet homme finira par me faire remarquer.
Je ne peux empêcher mes joues de s'empourprer. Il me fait agir comme une adolescence qui découvre l'amour. Ce que je ressens pour lui est tout nouveau et ça m'embrouille des fois. Mes sentiments me font peur, d'autant plus que je ne sais pas ce que me réserve cette relation. A la tombée de la nuit, le tournage est mis en pause pour permettre à tout le monde de se dégourdir et s'alimenter. Collins a fait déplacer un service traiteur pour que tout le monde puisse s'alimenter gratuitement. Les gens de la production mangent en continuant à travailler. Quant à nous, c'est-à-dire, Collins, sa bande, Priscille et moi, nous prenons place autour d'une table où nous dégustons des mets succulents. L'ambiance est joviale, quoique Priscille n'y est pas vraiment plongée.
- Que t'arrive-t-il ma chérie ? Je lui demande à voix basse pour ne pas me faire entendre des autres.
- C'est papa. Il me met la pression pour cette histoire de mariage avec Collins. Je lui ai pourtant expliqué que je n'en voulais plus mais il ne veut rien comprendre.
- Hey ma chérie, ce n'est pas à ton père de décider de ta vie. Tu es maintenant majeure alors le dernier mot te revient, surtout en ce qui concerne ton mariage. Personne n'a le droit de choisir ton futur époux. Même pas moi. Nous pouvons te donner des conseils mais pas t'imposer un choix. Si tu ne veux pas te marier, ne te marie pas.
- C'est à papa qu'il faut dire tout ça pour qu'il me lâche la grappe. Tu vas m'aider n'est-ce pas ?
- Évidemment. Je lui parlerai à son retour.
- Merci maman.
- De rien chérie. Mais toi et moi devons parler de tes études.
- Je sais. Papa m'avait dit que je n'étais pas obligée de les poursuivre puisque j'allais épouser une super star.
- C'est con ce genre de réflexion. Mais on garde la conversation pour plus tard.
- C'est compris maman. Je lui caresse le dos en la gratifiant d'un sourire de réconfort. En revenant à mon plat, je rencontre le regard de Collins. Il tapote sur son portable et l'instant d'après je reçois un message.
- « Tout va bien ? »
- Oui. Les choses de son père.
- « Ok. Je t'aime, tu sais. » Et me revoilà avec ce sourire niais.
- Je t'aime aussi. Je relève la tête et cette fois c'est le regard amusé de Lémuel que je rencontre. Il chuchote quelque chose à son frère qui lui donne un coup de coude. Nous sourions tous les trois. Les autres ne s'aperçoivent pas de ce qui se passe. Le réalisateur informe qu'il est temps de passer à la dernière scène du clip avant de mettre fin au tournage. Je reçois un appel de mon boss qui m'oblige à me retirer loin de tous. A peine je raccroche que je sens un baiser dans mon cou et des mains me tenir la taille. Sans voir la personne derrière moi, mes lèvres s'étirent dans un sourire.
- Mes mains me démangeaient de te tenir depuis ce matin, me souffle Collins au creux de l'oreille.
- Les gens vont nous voir.
- Ce serait donc une bonne occasion de leur annoncer pour nous.
- En dehors de ton frère, qui le sait ? Je lui demande et lui faisant face.
- Omar, mon meilleur ami. D'ailleurs, parlant de lui, j'ai l'impression qu'il se passe quelque chose avec Priscille.
- Omar et Priscille ?
- Umhum !!! Il y a quelques jours, je les ai surpris à deux doigts de s'embrasser.
-Vraiment ?
- Oui. Je crois qu'ils se plaisent même s'ils font encore genre. C'est génial que Priscille s'intéresse à quelqu'un d'autre. Ça lui fera moins de choc quand elle apprendra pour nous.
- Effectivement. Mais attendons d'y voir un peu plus clair dans cette histoire avec Omar. On devrait maintenant y retourner avant que les autres ne s'aperçoivent de notre absence.
- Ok. Mais pas avant ça. Je souris en voyant ses lèvres se rapprocher. J'en mourrais d'envie depuis que je l'ai vu ce matin. Après ce doux baiser, nous retournons près des autres. Je remarque effectivement, durant le reste du tournage, les échanges de regards furtifs entre Priscille et Omar. Ce n'est nullement à cause de Collins et moi que ça m'enchante qu'elle s'intéresse à un autre homme. Je veux juste qu'elle vive sa vie normalement sans être contrainte de quoi que ce soit par qui ce soit. J'espère que Jérôme la laissera vivre comme la jeune fille qu'elle est. Je n'arrête pas de penser que s'il insiste autant avec ce mariage, c'est qu'il a quelque chose à en tirer. Il doit avoir plus à y gagner. Je garderai un œil sur cette histoire. Il n'est pas question que ma fille soit son mouton de sacrifice.
Ce soir je passe une superbe soirée mère-fille. Assises devant une émission télé, nous dégustons notre dîner. Nous discutons de tout et n'importe quoi. L'absence de Jérôme nous a rapprochées. Cet homme est une véritable plaie. Il m'a éloignée de ma fille une première fois. Je ne le permettrai pas une seconde fois. J'ai voulu porter plainte contre lui pour séquestration, mais ça aurait encore plus dégradé ma relation avec Priscille. Elle a toujours rêvé avoir un père, alors l'en priver maintenant serait une sorte de trahison. Mon but présentement, c'est de recréer ce lien qui nous liait jadis. Je veux redevenir la meilleure amie de ma fille.
- Demain je passe toute la journée avec des copines et nous terminerons par une soirée pyjama.
- C'est super. Ça te permettra de t'amuser un peu après tout le boulot que tu as fait pour la réussite du clip. Tu étais magnifique.
- Ça fait la millième fois que tu me le dis, maman, sourit-elle.
- Mais c'est parce que c'est la stricte vérité. J'ai hâte que le clip sorte enfin.
- Moi aussi. C'était une expérience géniale. Tu crois que je peux la mettre dans mon CV ?
- Bien-sûr !!! Nous éclatons de rire. Je glisse ma main sur ses cheveux en la regardant avec amour.
- Comme tu m'as manqué, mon amour.
- Toi aussi, maman. Malgré que j'étais en colère contre toi.
- Pourquoi cette colère ? La sonnerie de mon portable l'interrompt. C'est Collins.
- Excuse-moi, chérie, dis-je à Priscille avant de répondre. Allô !
- « Tu es toujours avec Priscille ? »
- Oui. Alors, toi ?
- « Je voulais juste entendre ta voix avant de passer sur le plateau télé. Tu suis l'émission ? »
- Oui.
- « Ok. A plus. Je t'aime. »
- Bye. Quand je raccroche, je gratifie Priscille d'un sourire pour ne pas qu'elle lise l'émotion qui s'est dessinée sur mon visage.
- C'était ton amoureux ? me demande-t-elle tout de go.
- Pardon ?
- Le regard que tu avais pendant la communication est suffisant pour savoir que tu discutais avec un homme qui ne te laisse pas indifférente.
- Eh ben dis-donc, je ne te savais pas experte en amour.
- Je lis beaucoup donc j'apprends. Alors ? Tu vois quelqu'un ?
- On peut dire ça. Mais je préfère ne pas en parler pour le moment. Au même moment, Collins est annoncé sur le plateau télé de l'une des émissions les plus suivies par les Français. Il devait s'y rendre pour faire la promotion de son nouvel album et annoncer ses tournées. J'essaie de toutes mes forces de ne rien laisser paraître de mes émotions.
-Il est beau hein Collins ?
- Hum ? Euh oui. Je réponds de façon détachée, enfin je l'espère.
- C'est vraiment dommage qu'il ne soit pas amoureux de moi. Ça aurait été génial d'être sa femme.
- Même s'il était amoureux de toi et que toi tu ne l'étais pas, ça n'aurait pas marché. L'amour, c'est dans les deux sens, sinon ça devient un supplice.
- Quelle femme n'est pas amoureuse de Collins ? Elles tombent toutes à ses pieds comme des mouches. Même toi, j'en suis sûre. Pendant le tournage, tu ne faisais que le regarder.
- Je vous regardais tous. Surtout toi.
- Tu vas trouver ça chelou, mais un moment, pendant que tu discutais avec lui, je n'ai pas pu m'empêcher de vous trouver assortis, tous les deux. Mais je sais qu'il n'est pas ton type d'homme, en plus d'être plus jeune que toi.
- Tu l'as dit, dis-je avec une boule dans la gorge. Ce n'est pas de cette façon que j'avais prévu entamer cette discussion alors je ne sais trop quoi lui répondre.
- Celui avec qui tu sors, c'est celui pour qui tu as demandé le divorce à papa ? me demande-t-elle cette fois avec tristesse dans la voix.
- Quoi ? Comment ça ?
- Papa m'a dit que tu lui avais demandé le divorce pour être avec ton amant.
- Mais je n'ai jamais eu d'amant. C'est archi faux.
- Dans ce cas pourquoi tu m'as laissé partir loin avec lui ?
- Je ne t'ai pas laissée partir avec lui. Ton père t'a enlevée à moi de force. Il t'a kidnappée.
- Ce n'était pas un kidnapping. C'était sa façon à lui de te faire entendre raison, de te pousser à revenir sur ta décision mais tu n'as rien fait. Ton amant était plus important que moi apparemment.
- Non ne dis pas ça ma chérie. Personne dans ce monde n'est plus important que toi. Tu es toute ma vie. Si notre famille a été brisée, c'est de la faute à ton père.
- Arrête de vouloir le tenir pour responsable. Il m'a montré les preuves de ton infidélité.
- Mais...
- Si c'est pour cet homme que tu as tout gâché, sache que je ne l'accepterai jamais comme membre de ma famille.
- Je croyais que tu me connaissais mieux que ça.
- Bah je me suis trompée. Je croyais te connaître jusqu'à ce que tu détruises notre famille. Je m'attends, depuis, à tout de ta part. Si tu m'as laissée partir loin de toi, tu serais donc capable de me faire du mal à moi-même directement. J'avais cette boule douloureuse sur le cœur, j'attendais juste une occasion pour déverser ma rage et t'entendre parler avec ce je ne sais qui m'a énervée. Quant à lui, il devrait avoir honte d'avoir brisé une famille. Je crois que je vais monter me coucher. Elle me laisse là, complètement abasourdie. Qu'est-ce qui vient de se passer ? A quel moment nous sommes passées d'une ambiance joviale à ça ? Et puis c'est quoi ces conneries que Jérôme a racontées sur moi ? Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit et toute cette journée, je l'ai passée morose. Jérôme a carrément fait un lavage de cerveau à Priscille me concernant. Pour elle, je suis la mauvaise de l'histoire.
Alors que c'est tout le contraire. En plus de m'avoir éloigné de ma fille, il lui a bourré le crâne de bêtises, et je sais que quoi que je dise, elle ne me croira pas. En tout cas pas simplement. Je n'aurais pas dû être molle avec cet homme lorsque nous étions mariés. J'ai toujours tremblé devant lui. Il savait où appuyer pour me faire fléchir. J'avais une grosse peur de lui. Il suffisait qu'il hausse le ton pour que je me recroqueville sur moi-même. Je n'ai jamais su l'affronter comme il se doit. Raison pour laquelle il m'a toujours manipulée et fait de moi ce qu'il voulait. Si j'avais été une tigresse, une femme qui ne se laissait pas faire, je pense qu'il aurait eu peur de me faire du mal à ce point. Non, ce que je n'aurais pas dû faire, c'est l'épouser, ou même accepter toutes ses mauvaises attitudes.
Nous les femmes devons arrêter de tout accepter venant des hommes parce que plus on le fait, plus ils nous ramènent des conneries à accepter et à la fin nous sortons perdantes et brisées. C'est mon cas. Je suis rentré du boulot triste au point où je n'ai même pas eu l'envie de dîner. La seule question que je me pose c'est, comment faire pour regagner la confiance de ma fille ? Je finis par avoir des céphalées. Je suis tellement plongée dans mes réflexions que je ne me rends pas compte du moment où le sommeil m'emporte. Je bouge en sentant quelque chose d'humide sur mes lèvres. Mais je n'ouvre pas les yeux. J'ai encore sommeil. Je ressens de nouveau cette chose humide sur les lèvres qui cette fois m'oblige à me réveiller. Je croise à la seconde, deux iris très noirs et quand je baisse les yeux, ce sont de belles lèvres roses, étirées par un sourire, que je vois.
- Désolé de t'avoir dérangée, me susurre Collins de sa voix douce. De ma main, je rapproche sa tête et je l'embrasse. Cet homme est devenu mon antidépresseur. Il répond fiévreusement à mon baiser.
- Tu m'as manqué, lui dis-je tout près des lèvres.
- Toi aussi.
- Tu étais beau hier.
- Merci. Désolé, je n'ai pas pu venir. Des imprévus me sont tombés sur la tête.
- Pas grave. Le travail avant tout.
- Pas avant toi, ma douce mélodie. Ce petit surnom m'arrache un sourire. Une belle odeur me titille les narines.
- Tu as apporté à manger ?
- Oui. J'ai tourné depuis ce matin et j'ai pas pu me mettre quelque chose sous la dent. Tu m'accompagnes ? Je ne savais pas de quoi tu aurais envie alors j'ai pris tout ce que tu aimes et ton dessert préféré.
- Ouuuhhh... quel romantique tu fais !!! C'est mon dîner ou le tien ?
- J'aime tout ce que tu aimes. Allez, viens ! Il me prend par la main et me conduit à la table à manger. Je l'aide à disposer les différents mets.
- J'ai écouté ton message vocal sur WhatsApp, me dit-il en se léchant le pouce. Tu as pu parler à Priscille ?
- Non, répondé-je dans un soupir en m'asseyant. Elle n'a pris aucun de mes appels.
- Ça lui passera. Je me demande comment tu as fait pour vivre avec Jérôme toutes ces années. Moi à chaque fois que je suis en sa présence, j'ai envie de lui foutre mon poing dans sa face de merde. C'est une belle enflure.
- Je sais. Disons que j'étais aveuglée par mes sentiments. Mais surtout que j'ai été beaucoup faible face à lui. J'ai été conne.
- Tu étais juste amoureuse. Quand on l'est, on fait des choses qui n'ont aucun sens. Moi j'ai renoncé à une soirée entre potes rien que pour venir te voir. Tout le monde sait que JAMAIS je ne rate une soirée entre mecs. Son sourire est contagieux.
- C'est trop chou. Il éclate de rire.
- Pourquoi tu n'as pas porté plainte contre lui quand il est réapparu avec Priscille ? As-tu encore un peu de sentiment pour lui ?
- Faut être suicidaire pour continuer à aimer un tel homme après avoir subi tant d'humiliations. Pour dire vrai, je ne sais pas pour quel motif je l'aurais fait.
- Séquestration par exemple.
- Sauf qu'il n'a pas réellement séquestré Priscille. Elle l'a suivi de son plein gré et rien ne prouve que c'est lui qui l'a empêché de rentrer en contact avec moi. Avec les bêtises qu'il lui a dites sur moi, ça ne m'étonnerait pas qu'elle ait coupé les ponts volontairement.
- Je ne pense pas. Il l'a certainement empêché.
- Peut-être que oui. Au fait, je n'en ai pas vu l'importance. Tout ce qui m'importait, c'était qu'elle soit enfin près de moi. Porter plainte m'aurait fait perdre du temps. Temps que je pourrais passer avec ma fille. En plus, elle est majeure maintenant, je ne crains donc pas qu'il me l'enlève de nouveau. Si elle était encore mineure, oui je serais allée en justice pour avoir sa garde exclusive. Je pousse un long soupir et je repose la crevette que j'ai entre les doigts. - J'ai l'impression que, toute ma vie, je n'ai pris que de mauvaises décisions et fais de mauvais choix. J'ai 35 ans et je ne sais vraiment pas où j'en suis dans ma vie.
- Bah, moi je vois une magnifique femme intelligente et pleine d'ambition qui est un pilier important pour la boîte où elle bosse. Je vois une femme mûre, posée, qui atteindra de grands objectifs si seulement elle se lâche et a confiance en elle. Cesse de penser que ta vie est fichue tout simplement parce que tu as divorcé. Tu n'es ni la première ni la dernière. La vie continue après une déception. En plus, tu as maintenant toutes les raisons de reprendre confiance en toi.
- Ah bon ?
- Bien-sûr. Tu sors avec une super star. C'est pas donné à tout le monde.
- Oh le prétentieux !!! Il se lave les doigts et viens vers moi. Devinant qu'il veut me faire lever, je me lave aussi les doigts. Il me relève par la main et me colle à lui en position pour danser sur un slow. Il pose sa main sur la chute de mes reins.
- Je ne veux plus te voir malheureuse. Encore moins à cause de ce type. Je veux te voir sourire tout le temps. Tu as aussi droit au bonheur. Alors, promets-moi de ne jamais rien laisser te voler ta joie. Surtout lorsque ça a un rapport avec Jérôme. Promets-moi s'il te plaît !
- Je te le promets.
- Croix de bois, croix de fer ? dit-il en me montrant son auriculaire.
- Croix de bois, croix de fer. Je croise son petit doigt avec le mien. Il pose un baiser sur nos doigts et se saisit de mes lèvres dans un baiser enivrant. Le baiser se fait de plus en plus profond et sensuel. Collins me soulève mais je refuse de lâcher ses lèvres. Je continue de l'embrasser pendant qu'il marche vers ma chambre. Une fois arrivés, c'est sans perdre de temps que nous nous débarrassons mutuellement de nos vêtements.
- Avant de te rencontrer, je ne pensais plus vivre une histoire d'amour, avoué-je pendant qu'il parsème mon cou de baisers. Je ne croyais plus vraiment en l'amour.
- Laisse-moi donc t'aimer comme il se doit. Lâche-toi et profite de cette nouvelle chance. On parlera tous les deux à Priscille quand tu te sentiras prête.
- Ok. J'ai hâte de lui dire pour qu'on puisse être enfin libre de s'afficher et de s'aimer sans retenue.
- Moi aussi. Une chose entraînant une autre, nous nous retrouvons allongés sur le lit. Passer du temps dans ses bras me fait oublier ma peine. Rien que voir Collins me met la joie au cœur, alors être dans ses bras, c'est la totale. Après un long moment à faire passionnément l'amour, nous restons entrelacés dans le lit, moi à tracer des lignes sur son torse. Je l'écoute me raconter des anecdotes de sa vie de célébrité. J'en ris aux larmes.
- Elle t'a carrément sauté dessus ?
- Je ne te dis pas. Et elle voulait même que je couche avec elle cette même nuit.
- Et tu l'as fait ?
- Bien-sûr que non. Ce n'est pas trop mon kiff. En plus, j'étais trop épuisé pour faire quoi que ce soit.
- La vie de star n'est pas toujours facile, hein.
- C'est douloureux parfois.
Mais il y a de belles choses. Tiens, un autre jour, en plein concert, j'ai jeté ma petite serviette de scène dans la foule. Deux filles se sont mises à se battre là, devant moi. Chacune avait attrapé une extrémité de la serviette et aucune ne voulait la laisser à l'autre. Il a fallu la sécurité pour les séparer sinon le concert aurait été gâché. Fallait pas voir les perruques s'envoler ce jour-là. C'était choquant et hilarant à la fois. Je suis tellement morte de rire que je suis prise de toux. Collins, qui essayait de me calmer, finit par me rejoindre dans mon fou rire. « Maman je... Maman ? Collins ? » Nous nous figeons et tournons en même temps nos têtes vers la porte. Mon Dieu !!! Je suis dans la merde.