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Ils m'ont sous-estimé, j'ai pris ma revanche
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Chapitre 3 Chapitre 3

Chapitre 3 : Le lendemain

Lucas – 7h15, penthouse

Le silence était assourdissant.

Lucas Moreau se réveilla en sursaut, la main tendue vers le côté gauche du lit – vide. Les draps étaient froids. Pas une empreinte, pas un creux. Comme si personne n'avait jamais dormi là.

Comme si Camille n'avait jamais existé.

Il se frotta les yeux, se leiva d'un geste brusque. La veille, après qu'elle était partie, il était resté figé de longues minutes devant la mallette ouverte. Puis il avait bu. Trop. Une bouteille de whisky écossais, vide désormais, gisait sur la table basse.

Son téléphone vibra. Un message d'Ophélie : « Alors ? Elle a signé ? Viens ce soir, je te prépare un dîner... »

Il ne répondit pas.

Il se leva, traversa le penthouse à pas lourds. Tout était trop propre, trop rangé. La cuisine – il n'y avait jamais mis les pieds. C'était elle qui cuisinait. Elle qui disposait les fleurs fraîches sur la table. Elle qui ... Non. Ne pas y penser.

Dans la salle de bain, il ouvrit l'armoire à pharmacie. Moitié vide. Ses crèmes, ses médicaments, son parfum discret – tout avait disparu. Quand a-t-elle fait ses valises ? Il ne l'avait même pas entendue.

Il attrapa son portable, composa le numéro de son avocat.

« Maître Lefèvre. Le divorce est signé. Je veux que tout soit finalisé dans la semaine. »

« Bien, Monsieur Moreau. Et... Madame Moreau n'a pas demandé de contrepartie supplémentaire ? »

Lucas marqua une pause. Non. Elle n'avait rien demandé. Pas un euro de plus que ce qu'il avait proposé. Pourquoi ?

« Non. Qu'elle parte. Je ne veux plus jamais entendre parler d'elle. »

Il raccrocha. Mais ses doigts tremblaient.

Camille – 8h30, hôtel particulier Delacroix

Elle n'avait pas fermé l'œil de la nuit.

Assise en tailleur sur le tapis persan de sa chambre d'enfant, elle avait compulsé des dossiers, des photos, des souvenirs. Son ordinateur portable était resté allumé, affichant en continu les flux financiers du groupe Moreau.

Alexandre entra sans frapper, une tasse de café fumant à la main.

« Tu es encore sur ce truc ? »

Elle leva les yeux. Des cernes profonds, mais un regard éveillé, presque féroce.

« J'ai trouvé quelque chose. »

Il posa la tasse sur le bureau. « Quoi ? »

« Lucas est à découvert. Il a emprunté à la banque Delacroix il y a six mois – sans savoir que c'était notre banque évidemment. » Un sourire mince. « Mon argent. Il a construit son dernier projet avec mon argent. »

Alexandre siffla doucement. « La banque Delacroix, c'est toi. Papa t'avait laissé les clés avant de mourir. Tu n'as jamais voulu les utiliser. »

« Parce que je voulais être aimée pour moi-même. » Elle serra la tasse, sentit la chaleur contre ses paumes. « Quelle blague. »

« Et maintenant ? »

Camille but une longue gorgée. Le café était brûlant, amer. Parfait.

« Maintenant, je vais lui rappeler qu'il me doit de l'argent. Beaucoup d'argent. Et je vais lui offrir un petit délai de grâce. »

« Un délai ? »

« Oui. » Elle reposa la tasse. « Le temps qu'il comprenne qui je suis. Et qu'il commence à avoir peur. »

Lucas – 10h00, siège du groupe Moreau

La réunion du conseil d'administration était houleuse.

« Lucas, vos chiffres sont en baisse pour le troisième trimestre consécutif. » Le vice-président, un homme âgé nommé Verdier, tapotait la table avec son doigt. « L'investissement dans la crypto vous a coûté cher. Très cher. »

« Je le sais. » Lucas resta impassible. « J'ai un plan. Une nouvelle start-up dans la santé connectée. Les investisseurs sont prêts. »

Verdier ricana. « Les investisseurs ? Vous voulez parler de la banque Delacroix ? Parce qu'ils ont refusé de prolonger votre ligne de crédit, ce matin même. »

Lucas sentit son estomac se nouer. « Quoi ? »

« Refusé. Sans explication. » Verdier lui tendit un fax. « Lisez vous-même. »

Les mots dansèrent devant ses yeux : « La banque Delacroix regrette de ne pas pouvoir donner suite à votre demande de renouvellement de prêt... » Signé : Camille Delacroix, directrice financière.

Le souffle lui manqua.

« Camille ? » murmura-t-il.

Verdier haussa un sourcil. « Vous connaissez la nouvelle directrice ? Une jeune femme discrète, paraît-il. Juste nommée par la famille Delacroix. »

Lucas se leva si brusquement que sa chaise bascula. Les autres administrateurs échangèrent des regards perplexes. Il sortit de la salle sans un mot, le fax froissé dans sa main.

Dans le couloir, il composa le numéro de Camille. La ligne sonna, sonna, sonna. Puis un message : « Vous êtes bien sur la messagerie de Camille. Je ne suis pas disponible. Dans l'attente, prenez soin de vous. »

Prenez soin de vous. La phrase habituelle, polie, vide. Il rappela. Encore. Encore.

Rien.

Il envoya un texto : « Camille, qu'est-ce que ça signifie ? On doit parler. »

La réponse arriva trois minutes plus tard, laconique, glaciale :

« Nous n'avons rien à nous dire. Tu as signé le divorce. Tu es libre. Moi aussi. »

Il resta figé, le téléphone collé à l'oreille, le cœur battant à tout rompre.

Libre. Mais pourquoi se sentait-il soudain prisonnier ?

Camille – même moment, hôtel particulier

Elle regardait l'écran de son ordinateur, le message envoyé. Sa main tremblait légèrement – de rage ou de tristesse, elle ne savait plus.

Alexandre était resté près d'elle, silencieux.

« Tu as bien fait, » dit-il enfin.

« Je sais. » Elle ferma l'ordinateur. « Mais ça ne fait pas mal moins. »

Il posa une main sur son épaule. « Le chagrin, ça passe. La vengeance, ça se savoure. »

Camille esquissa un sourire amer. « Papa disait toujours que la vengeance était un plat qui se mange froid. »

« Alors, » Alexandre haussa un sourcil amusé, « on le garde au frigo, le temps qu'il soit parfait ? »

Elle se leva, alla à la fenêtre. Dans le jardin, les premières feuilles d'automne commençaient à tomber. L'air sentait le changement.

« Non. Je vais le lui servir tiède. Juste assez chaud pour qu'il brûle, mais pas assez pour qu'il meure. »

« Pourquoi ? »

« Parce que sa mort, ce serait trop facile. Je veux qu'il souffre. Longtemps. »

Alexandre hocha la tête, grave. « Alors prépare-toi. La guerre commence. »

Camille attrapa son épée d'escrime – un fleuret à la lame fine, rangé dans un coin de sa chambre depuis des années. Elle en caressa la poignée.

« Qu'elle commence. »

Lucas – 13h00, déjeuner avorté

Il avait annulé tous ses rendez-vous. Ophélie l'appelait en boucle – il avait fini par éteindre son portable. Assis dans sa voiture, garé n'importe où au bord de la Seine, il fixait l'eau grise.

Camille Delacroix.

Il répéta le nom, comme pour l'apprivoiser. Delacroix. Une des plus vieilles familles de France. Industrie, banque, technologie. Un empire. Et elle... elle était l'héritière ?

Pourquoi n'a-t-elle rien dit ?

Il se souvint de leur première nuit, quand il lui avait demandé : « Tes parents ? » Elle avait baissé les yeux, murmuré : « Mon père est décédé. Ma mère est partie quand j'étais petite. Je suis seule. » Il n'avait pas creusé. Il s'en fichait.

Imbécile.

Il frappa le volant du poing. La douleur le calma un peu. Il devait la revoir, lui parler. Pas pour se faire pardonner – jamais – mais pour comprendre. Pourquoi se venger ? Il lui avait donné tout ce qu'elle voulait, non ? Une vie confortable, un nom, un statut.

Tout sauf l'amour.

Le mot lui resta en travers de la gorge.

Il redémarra la voiture. Direction : l'hôtel particulier Delacroix. Il avait googlé l'adresse. Quelques kilomètres. Il serait là dans vingt minutes.

Elle ne peut pas me refuser une explication.

Camille – 13h20, salle d'escrime

Elle n'avait pas touché un fleuret depuis quatre ans. Mais le geste lui revint comme une évidence. L'équilibre, la respiration, l'attaque, la parade. Bernard, l'ancien majordome, était aussi un maître d'armes à la retraite. Il l'observait, sourire en coin.

« Vous avez perdu en rapidité, Mademoiselle, mais pas en précision. »

Elle porta une estocade dans le plastron de l'adversaire imaginaire.

« C'est ce qui compte. »

Alexandre apparut sur le seuil, téléphone en main. « Devine qui vient d'arriver devant la grille ? »

Camille baissa son fleuret. « Lucas. »

« Lui-même. Il demande à te parler. »

Elle retira son masque, essuya la sueur sur son front. Son regard était dur.

« Dis-lu que je suis absente. »

« Il ne croira pas. »

« Alors dis-lu que je ne veux pas le voir. Et que s'il insiste, j'appelle la police. » Elle reposa le fleuret sur la table. « Il a signé le divorce. Plus rien ne le lie à moi. »

Alexandre passa la consigne au gardien, puis raccrocha. « Il est reparti. Mais il avait l'air... différent. »

« Différent comment ? »

« Perdu. »

Camille resta silencieuse un long moment. Perdu. C'était bien peu de chose comparé à ce qu'elle avait ressenti, toutes ces nuits seule dans leur grand lit vide.

« Qu'il le reste, » finit-elle par dire.

Elle reprit son fleuret et attaqua de plus belle.

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