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Rejetée par l'Alpha, aimée par le Lycan
img img Rejetée par l'Alpha, aimée par le Lycan img Chapitre 5 Le Grimoire de Mira
5 Chapitres
Chapitre 6 Alix img
Chapitre 7 Apprendre à se battre img
Chapitre 8 Un An img
Chapitre 9 Les Rumeurs img
Chapitre 10 La Transformation img
Chapitre 11 Les Veilleurs d'Étoiles img
Chapitre 12 Le Messager img
Chapitre 13 Chapitre 13 : L'Attente img
Chapitre 14 L'Arrivée img
Chapitre 15 La Reconnaissance img
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Chapitre 5 Le Grimoire de Mira

Lyra ouvrit les yeux.

Le plafond au-dessus d'elle était blanc, traversé d'une fine fissure qui courait du coin de la fenêtre jusqu'au centre de la pièce. Elle resta immobile un long moment, le temps de se souvenir où elle était.

La Meute de l'Aube. La Maison de Meute. Sa chambre.

Son premier matin sans peur.

Elle tourna la tête vers la fenêtre. Le soleil filtrait à travers le voilage, dessinant des motifs pâles sur le sol en bois. Aucun bruit menaçant. Aucune odeur hostile. Juste le silence doux d'un petit matin ordinaire.

Sa main chercha son poignet. Le bracelet de cuir tressé était là. La pierre de lune était glacée, comme toujours depuis la nuit de l'attaque. Elle ne chauffait plus. Mais Lyra avait cessé d'attendre qu'elle chauffe. Elle la portait comme on porte une cicatrice. Un souvenir de ce qui avait été, et de ce qui n'était plus.

Elle se leva.

---

La cuisine commune était presque vide à cette heure. Quelques membres de la meute prenaient leur petit-déjeuner, attablés devant des bols de café ou de thé. Les conversations étaient basses, paisibles.

Quand Lyra entra, quelques regards se tournèrent vers elle. Curieux, mais pas hostiles. Elle soutint ces regards une seconde de plus qu'elle ne l'aurait fait la veille, puis baissa les yeux et se dirigea vers le buffet.

Une jeune femme, à une table près de la fenêtre, lui sourit. Un sourire simple, sans arrière-pensée.

Lyra ne sourit pas en retour. Mais elle ne détourna pas les yeux non plus.

Elle prit un bol, se servit du pain et du miel, et s'assit seule dans un coin. Le pain était frais. Le miel était doux. Elle mangea lentement, en écoutant le bruit des conversations autour d'elle.

Personne ne parlait d'elle. Personne ne murmurait "la sorcière" ou "l'hybride" dans son dos.

Ou peut-être que si, mais elle ne les entendait pas. Et pour la première fois depuis des années, cela lui était égal.

---

L'infirmerie était un petit bâtiment de plain-pied, à mi-chemin entre la Maison de Meute et le manoir de l'Alpha. Des murs blancs, un toit de tuiles rouges, une porte toujours ouverte.

Elena l'attendait sur le seuil, une tasse de café à la main.

"Tu es à l'heure", dit-elle simplement. "C'est bien. Entre."

Lyra la suivit à l'intérieur. L'infirmerie était propre, fonctionnelle. Une salle principale avec trois lits, une armoire à pharmacie vitrée, un bureau encombré de dossiers, et une petite pièce attenante pour le matériel.

"Les loups guérissent vite", expliqua Elena en lui montrant les lieux. "La plupart du temps, ton travail consistera à désinfecter des égratignures, poser des pansements, surveiller des fièvres légères. Les vraies urgences sont rares. Les empoisonnements, les infections résistantes, les blessures profondes... c'est là que ça se complique."

Elle s'arrêta devant l'armoire vitrée, l'ouvrit, et en sortit un objet que Lyra n'attendait pas.

Un livre.

Vieux, épais, relié de cuir sombre. Les coins étaient usés, la couverture marquée par le temps. Une odeur de poussière et de plantes séchées s'en échappait.

"Qu'est-ce que c'est ?" murmura Lyra.

"Le grimoire de Mira." Elena le lui tendit. "L'ancêtre de Gabriel. La Sorcière de la Lune dont il t'a parlé. Elle l'a laissé à la meute avant de mourir. Personne n'a jamais pu l'utiliser. Nous ne sommes pas des sorciers."

Lyra prit le livre. Ses mains tremblaient.

"Je ne peux rien t'apprendre sur la magie", continua Elena. "Mais lui, si. Si tu veux comprendre ce que tu es, ce que tu peux faire... commence par là."

Lyra ouvrit le grimoire.

Les pages étaient jaunies, couvertes d'une écriture fine et serrée. Des symboles qu'elle ne connaissait pas. Des schémas de plantes. Des phases de lune. Et là, au milieu d'une page, un dessin qu'elle reconnut immédiatement.

Une constellation. La Lyre.

Sa gorge se serra.

"Ma mère... elle dessinait ça", murmura-t-elle. "Quand j'étais petite. Elle me disait que c'était mon étoile."

Elena ne dit rien. Elle posa juste une main sur son épaule, brièvement, puis retourna à son bureau.

Lyra resta immobile, le grimoire ouvert entre ses mains, les yeux fixés sur la constellation de la Lyre. L'odeur de poussière et de sauge lui rappelait l'atelier de sa mère. Les après-midi pluvieux. La voix douce qui lui racontait les étoiles.

Je vais apprendre, maman. Je te le promets.

---

La matinée passa vite.

Elena lui montra où ranger le matériel, comment stériliser les instruments, quels produits utiliser pour quelles blessures. Lyra écoutait, observait, notait mentalement. Elle ne parlait pas beaucoup, mais ses gestes étaient précis, attentifs.

En milieu de matinée, la porte s'ouvrit à la volée.

Un petit garçon entra en courant, le souffle court, les yeux brillants. Il devait avoir six ou sept ans, des cheveux bruns en bataille, un jean troué au genou. Du sang coulait légèrement sur sa jambe.

"Je suis tombé !" annonça-t-il fièrement, comme s'il s'agissait d'un exploit.

Elena leva les yeux de son bureau, sourit, et regarda Lyra.

"À toi de jouer."

Lyra se figea. "Moi ?"

"Toi. Assieds-toi, Théo. Lyra va s'occuper de toi."

Théo grimpa sur le lit d'examen sans se faire prier, balançant les jambes dans le vide. Lyra s'approcha, le cœur battant. Elle prit une compresse, du désinfectant, un pansement. Ses gestes étaient hésitants, mais elle se concentra sur la plaie.

Théo la regardait avec de grands yeux.

"Tu sens pas comme nous", dit-il soudain.

Lyra suspendit son geste.

"T'es une sorcière, hein ?"

Le silence tomba dans la pièce. Lyra sentit le regard d'Elena sur elle, mais elle ne se tourna pas. Elle regarda Théo. Ses yeux bruns, curieux, sans une once de malice. Juste un enfant qui posait une question.

"Oui", dit-elle doucement. "Je suis une sorcière. Et une louve aussi. Je suis les deux."

Théo hocha la tête, comme si c'était la réponse la plus naturelle du monde.

"C'est cool. Tu peux guérir mon genou avec ta magie ?"

Lyra faillit sourire. Un vrai sourire. Le premier depuis des mois.

"Pas aujourd'hui", répondit-elle. "Mais je peux mettre un pansement. Et si tu ne bouges pas trop, il guérira tout seul. Les loups guérissent vite, tu sais."

Théo leva les yeux au ciel. "Je sais. Mais la magie, c'est plus rapide."

"Peut-être. Mais la magie, ça s'apprend. Et moi, je suis encore en train d'apprendre."

Théo sembla réfléchir intensément, puis hocha la tête.

"D'accord. Mais quand tu sauras, tu me montreras ?"

Lyra sentit quelque chose se serrer dans sa poitrine. Pas la douleur du lien brisé. Quelque chose de plus doux. De plus chaud.

"Je te montrerai", murmura-t-elle.

Elle posa le pansement. Théo sauta du lit et repartit en courant, sans un regard en arrière.

Lyra resta immobile, les mains encore légèrement tremblantes.

C'est cool.

Personne ne lui avait jamais dit ça. Personne n'avait jamais regardé sa nature hybride avec autre chose que de la peur ou du dégoût. Et voilà qu'un enfant, un petit garçon au genou écorché, venait de lui offrir ce qu'aucun adulte n'avait jamais eu le courage de lui donner.

Une acceptation simple. Innocente. Totale.

"Tu vois ?" dit Elena derrière elle. "Ici, tu n'es pas une paria. Tu es juste... toi."

Lyra ne répondit pas. Mais ses yeux picotaient.

---

Le soir tombait quand Lyra rentra dans sa chambre.

Elle s'assit sur le lit, le grimoire de Mira posé sur ses genoux. La lumière de la lampe de chevet dessinait des ombres douces sur les murs. Dehors, la cour était silencieuse. La meute dormait.

Elle ouvrit le livre.

Les pages craquèrent légèrement. L'odeur de poussière et de sauge emplit la pièce. Lyra tourna les pages lentement, s'attardant sur les symboles qu'elle ne comprenait pas, sur les schémas de plantes qu'elle reconnaissait à peine.

Et puis elle tomba sur une page qui la fit s'arrêter.

Un dessin. Une femme, les bras levés vers la lune, entourée d'étoiles. Sous le dessin, une phrase écrite à la main, d'une encre pâlie par le temps.

"La magie n'est ni bonne ni mauvaise. Elle est ce que tu en fais. Choisis la lumière, et la lumière te choisira."

Lyra ferma les yeux. Elle pensa à sa mère. À son père. À Lune Pourpre en flammes. Aux années de souffrance chez les Crocs d'Argent. À Doran. À sa fuite.

Et puis elle pensa à Gabriel, qui l'avait accueillie sans poser de conditions. À Elena, qui lui avait offert ce livre. À Théo, qui avait dit "C'est cool".

Elle rouvrit les yeux.

Je vais apprendre, maman. Je vais comprendre qui je suis. Et peut-être... peut-être que je pourrai aider cette meute. Comme tu aidais la nôtre.

Elle ferma le grimoire, le serra contre elle, et souffla la lampe.

La nuit était douce. Et pour la première fois depuis des années, Lyra n'eut pas peur de ce que le lendemain lui réservait.

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