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Rejetée par l'Alpha, aimée par le Lycan
img img Rejetée par l'Alpha, aimée par le Lycan img Chapitre 4 La Meute de l'Aube
4 Chapitres
Chapitre 6 Alix img
Chapitre 7 Apprendre à se battre img
Chapitre 8 Un An img
Chapitre 9 Les Rumeurs img
Chapitre 10 La Transformation img
Chapitre 11 Les Veilleurs d'Étoiles img
Chapitre 12 Le Messager img
Chapitre 13 Chapitre 13 : L'Attente img
Chapitre 14 L'Arrivée img
Chapitre 15 La Reconnaissance img
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Chapitre 4 La Meute de l'Aube

L'aube se levait à peine sur la frontière est quand Kael sentit quelque chose d'étrange.

Il patrouillait seul, comme tous les matins, longeant la limite invisible qui séparait le territoire de la Meute de l'Aube des Terres Sauvages. Ses sens étaient en alerte, mais la forêt était calme. Trop calme, peut-être.

Et puis, il perçut un vide.

Pas une odeur menaçante. Pas une odeur familière. Une absence d'odeur. Comme si quelqu'un avait effacé une partie de l'air autour de lui. Intrigué, il s'écarta du sentier et s'enfonça entre les arbres.

C'est là qu'il la trouva.

Une jeune femme était effondrée au pied d'un vieux chêne, les jambes repliées, les bras serrés autour d'elle-même comme pour se protéger d'un ennemi invisible. Ses vêtements étaient sales, déchirés par endroits. Ses baskets trouées laissaient voir des pieds en sang, couverts d'ampoules et de coupures infectées. Son visage était pâle, émacié, les pommettes trop saillantes. Ses longs cheveux bruns aux reflets cuivrés étaient emmêlés, collés par la sueur et la poussière.

Elle ne bougeait pas.

Kael s'accroupit, posa deux doigts sur son cou. Un pouls. Faible, mais présent. Il attrapa son talkie-walkie.

"Kael à infirmerie. J'ai une jeune femme inconsciente à la frontière est. État critique. Déshydratation sévère, plaies aux pieds, possible malnutrition. Je la ramène. Préparez un lit."

Il marqua une pause, renifla l'air une nouvelle fois.

"Et prévenez l'Alpha. Elle n'a pas d'odeur. Rien. Comme un fantôme."

---

Lyra émergea du néant par fragments.

Des voix. Des lumières blanches, agressives derrière ses paupières closes. Une douleur sourde dans tout le corps. Et cette sensation étrange de ne plus sentir le sol sous ses pieds, mais quelque chose de mou. Un matelas. Des draps.

Je suis morte ?

Une main tiède se posa sur son front. Une voix de femme, calme et posée, prononça des mots qu'elle ne comprit pas complètement.

"Déshydratation sévère. Plaies infectées aux pieds. Elle n'a pas mangé depuis des jours. Préparez une perfusion, et nettoyez-moi ces blessures avant que l'infection ne s'aggrave."

Lyra voulut ouvrir les yeux, mais ses paupières étaient trop lourdes. Elle voulut parler, mais sa gorge était un désert de sable.

Elle sombra de nouveau.

---

Quand elle rouvrit les yeux, la lumière était plus douce. Une fenêtre laissait entrer le soleil de l'après-midi, filtré par un voilage blanc. Elle était dans un lit propre, vêtue d'une blouse d'hôpital légère. Ses pieds étaient bandés. Une perfusion était plantée dans son bras gauche.

Elle paniqua.

Son cœur s'emballa. Sa main libre se jeta sur son poignet droit, cherchant frénétiquement-

Le bracelet. Le bracelet de cuir tressé de sa mère était toujours là. La pierre de lune était glacée contre sa peau.

Elle respira. Un peu.

La porte s'ouvrit. Une femme entra. Taille moyenne, silhouette ronde et rassurante, cheveux bruns striés de gris attachés en chignon lâche. Des yeux bleus, doux mais perçants, qui l'observaient avec une curiosité professionnelle. Une blouse blanche.

"Tu es réveillée", dit-elle simplement. Sa voix était calme, sans excès d'émotion. "Je m'appelle Elena. Je suis le médecin de la Meute de l'Aube. Tu as été trouvée à notre frontière il y a quelques heures. Tu es en sécurité."

Lyra ne répondit pas. Ses yeux verts, cernés de fatigue, restaient fixés sur Elena, aux aguets. Elle attendait. Les coups. Les insultes. L'ordre de partir.

Elena s'approcha, vérifia la perfusion, prit son pouls. Des gestes précis, professionnels. Rien de brusque. Rien de menaçant.

"Tu ne veux pas parler ? C'est ton droit. Mais tu dois boire, et tu dois manger." Elle posa un verre d'eau et un petit bol de bouillon clair sur la table de chevet. "Doucement. Gorgée par gorgée. Ton estomac n'a pas vu de nourriture solide depuis longtemps."

Lyra regarda le bol. Puis Elena. Puis le bol.

Sa main trembla en saisissant le verre d'eau. Elle but. L'eau coula dans sa gorge comme une bénédiction.

La porte s'ouvrit à nouveau. Un homme entra.

Il était grand, large d'épaules, la cinquantaine. Ses cheveux bruns étaient striés de gris, coupés courts. Une barbe de trois jours, soigneusement taillée, encadrait un visage marqué par des rides d'expression au coin des yeux. Ses yeux, gris-bleu, étaient calmes mais perçants. Il portait une simple chemise blanche et un pantalon sombre. Rien d'ostentatoire.

Mais Lyra sut immédiatement qui il était.

L'Alpha. L'autorité émanait de lui comme une chaleur tranquille. Pas de menace. Pas de domination écrasante. Juste une présence qui remplissait la pièce.

Il s'assit sur la chaise à côté du lit, à distance respectueuse, et croisa les mains sur ses genoux.

"Je m'appelle Gabriel. Je suis l'Alpha de la Meute de l'Aube."

Lyra baissa la tête, les épaules rentrées, le regard fixé sur ses mains. La posture de la soumise. Celle qu'elle avait apprise à force de coups.

Gabriel ne dit rien pendant un long moment. Il l'observait.

"Tu n'as pas d'odeur", dit-il enfin. Sa voix était grave, posée. "Mon patrouilleur m'a prévenu. Une femme sans odeur, c'est rare. Ça sent la magie. Littéralement."

Lyra déglutit. Sa gorge était encore douloureuse.

"Je... j'ai utilisé un sortilège", murmura-t-elle. "Pour masquer mon odeur. Pour qu'on ne me retrouve pas."

"Pourquoi devais-tu masquer ton odeur ?"

Elle ferma les yeux. Les mots sortirent d'un coup, comme une digue qui cède.

"Parce que je suis une hybride. Mon père était un loup. Ma mère était une Sorcière de la Lune. Ils sont morts quand j'avais treize ans. Ma meute a été détruite. J'ai été recueillie par les Crocs d'Argent. Ils... ils me détestaient. À cause de mon odeur. L'odeur de sorcière. Je n'étais rien. Moins que rien."

Elle marqua une pause, la voix brisée.

"Et puis à la Cérémonie du Lien, le fils de l'Alpha a senti mon odeur de compagne. Il m'a rejetée devant tout le clan. Il a dit que Séléné s'était trompée. Et la nuit même, il est venu dans mon mobile-home pour... pour me prendre quand même. Sans s'accoupler. Juste pour... profiter."

Un silence de mort tomba dans la pièce.

"Je l'ai repoussé. Avec ma magie. Et j'ai fui. J'ai marché trois jours. Trois nuits. Je ne savais pas où j'allais. Je voulais juste... disparaître."

Elle rouvrit les yeux. Ils étaient secs, mais pleins d'une douleur ancienne.

"Le sortilège va s'estomper. Mon odeur d'hybride va revenir. Et vous saurez que je dis la vérité. Alors dites-moi juste si je dois partir. Je partirai. Je ne veux pas vous attirer d'ennuis."

Gabriel ne répondit pas immédiatement. Il l'observa encore un long moment, ses yeux gris-bleu impénétrables.

Puis il se pencha légèrement en avant.

"Je vais te raconter une histoire. L'histoire de mon arrière-grand-mère. Elle s'appelait Mira. Elle était une Sorcière de la Lune, comme ta mère. Elle a été chassée de sa meute natale parce qu'elle refusait de cacher ce qu'elle était. Elle a erré pendant des semaines, seule, traquée, à bout de forces. Et puis elle est arrivée à la frontière de l'Aube. Mon arrière-grand-père, l'Alpha de l'époque, l'a trouvée. Il aurait pu la chasser. Il l'a soignée. Il l'a protégée. Et il l'a aimée."

Gabriel marqua une pause.

"Je suis le descendant d'une sorcière. Mon sang porte la trace de sa magie, même si je ne peux pas l'utiliser. Alors non, tu ne partiras pas. Tu resteras ici aussi longtemps que tu le voudras. Personne ne te battra. Personne ne te violera. Personne ne te rejettera pour ce que tu es. Tu as ma parole."

Lyra resta pétrifiée.

"Mais... vous ne savez même pas si je dis la vérité."

"Je le saurai bientôt. Quand ton odeur reviendra."

Il se leva.

"Repose-toi. Nous reparlerons."

Il sortit.

---

Quelques heures passèrent.

Lyra était allongée, les yeux fixés au plafond, quand elle sentit le sortilège s'effondrer complètement. Le voile qu'elle avait tissé avec de la terre et de la cendre se dissipa, et son odeur naturelle emplit la pièce.

Elena, qui vérifiait sa perfusion, s'arrêta net. Ses narines se dilatèrent légèrement.

"Ah", dit-elle simplement. "Voilà. Tu sens quelque chose maintenant."

Lyra se tendit. "Quoi ?"

"Un mélange. Loup et sorcière. Une hybride, donc." Elena reprit ses vérifications comme si de rien n'était. "Je me demandais ce que tu cachais sous ce sortilège. Maintenant je sais."

Lyra attendit la suite. Le dégoût. Le rejet. Les mots durs.

Rien ne vint.

Elena croisa son regard et haussa les épaules. "J'ai soigné des loups, des humains, un vampire une fois, et même une fée qui s'était cassé l'aile. Une hybride, c'est une première. Mais une patiente reste une patiente."

Lyra ne répondit pas. Elle savait que son odeur d'hybride était ce qui avait causé son rejet. Mais elle savait aussi que sous cette odeur d'espèce, il y avait autre chose. Une fragrance unique, que seul un compagnon destiné pouvait percevoir.

Doran l'avait sentie. Il ne lui avait jamais dit ce que c'était. Et elle n'avait jamais osé le demander.

Vanille ? Sauge ? Bois de cèdre ? Terre mouillée ?

Elle l'ignorait. Et franchement, elle ne voulait plus le savoir. Les compagnons destinés, les liens sacrés, les promesses de Séléné... tout cela n'était que mensonge et souffrance.

Elle ferma les yeux et chassa ces pensées.

---

Le soir même, Gabriel revint.

Il s'assit sur la même chaise, croisa les mains sur ses genoux, et renifla l'air.

"Hybride", dit-il. "Louve et sorcière. Comme tu me l'as dit."

Lyra hocha la tête, le regard baissé.

"Tu as dit la vérité."

Ce n'était pas une question, mais elle répondit quand même. "Oui."

Gabriel hocha lentement la tête. "Très bien. Tu restes. Repose-toi. Nous reparlerons quand tu seras plus forte."

Il se leva et se dirigea vers la porte.

"Alpha Gabriel ?"

Il s'arrêta, se tourna légèrement.

"Merci", murmura Lyra.

Il ne répondit pas. Mais l'ombre d'un sourire passa sur ses lèvres. Puis il sortit.

---

Les jours qui suivirent furent flous.

Elena venait plusieurs fois par jour. Changeait ses pansements. Lui apportait des repas légers - bouillon, puis purée, puis pain mou et fruits cuits. Lyra mangeait sans rien dire, le regard toujours aux aguets. Elle ne souriait pas. Elle ne pleurait pas. Elle survivait, comme elle l'avait toujours fait.

Le quatrième jour, Elena s'assit sur le bord du lit.

"Tu ne veux toujours pas me dire ton nom ?"

Un long silence.

"Lyra", murmura-t-elle enfin. Sa voix était rauque, éraillée par le manque d'usage. "Je m'appelle Lyra."

Elena sourit. Un sourire simple, sans pitié, sans triomphe.

"Enchantée, Lyra. Maintenant, finis ta compote. Et dis-moi... est-ce que tu sais faire quelque chose de tes mains ?"

Lyra réfléchit. "Je sais... laver. Récurer. Me taire."

Elena émit un petit rire bref. "Ce n'est pas ce que je te demande. Tu as du sang de sorcière. Tu sais guérir ?"

Lyra hésita. "Ma mère m'a montré des choses. Des plantes. Des prières à la Lune. Mais je n'ai jamais vraiment..."

"Alors tu apprendras." Elena se leva. "J'ai besoin d'aide à l'infirmerie. Je vieillis, et les patients ne rajeunissent pas. Si tu veux, tu peux rester ici et te former. Tu ne seras pas payée, mais tu seras nourrie, logée, et protégée. Et tu seras utile."

Lyra sentit quelque chose bouger dans sa poitrine. Pas la douleur du lien brisé. Autre chose. Une chaleur minuscule.

"D'accord", murmura-t-elle.

---

Deux jours plus tard, Lyra quitta l'infirmerie.

Elena lui avait trouvé des vêtements propres - un jean simple, un t-shirt gris, des baskets usées mais intactes - et l'avait accompagnée jusqu'à la Maison de Meute. Un grand bâtiment de pierre et de bois, au cœur du territoire, où logeaient les célibataires, les jeunes et les membres sans famille.

Sa chambre était petite, mais propre. Un lit une place avec des draps blancs, une armoire en bois, une table de chevet, une fenêtre donnant sur la cour intérieure. Rien de luxueux. Mais rien de misérable non plus.

"Les salles de bain sont à l'étage", dit Elena. "La cuisine commune est au rez-de-chaussée. Tu peux manger quand tu veux, dans la limite du raisonnable. Et demain, si tu te sens assez forte, tu viendras à l'infirmerie. Je t'apprendrai les bases."

Lyra hocha la tête, incapable de parler.

Elena lui tapota l'épaule et sortit.

Lyra s'assit sur le lit. Le matelas était ferme, mais confortable. Elle fit courir ses doigts sur le bracelet de sa mère, à son poignet. La pierre de lune était toujours glacée. Elle ne chauffait plus depuis la nuit de l'attaque.

Elle regarda par la fenêtre. Dans la cour, des enfants jouaient. Une jeune femme riait avec un ami. Un couple se tenait la main sur un banc. La vie. Simple. Paisible.

Elle ne sourit pas. Elle n'était pas prête. Mais quelque chose, tout au fond de sa poitrine, se desserra. Infiniment peu. Juste assez pour qu'elle respire un peu mieux.

Je suis en sécurité, maman. Pour l'instant. Je suis en sécurité.

La nuit tomba sur la Meute de l'Aube. Lyra s'allongea dans son lit, les yeux fixés au plafond. Elle n'avait plus peur des bruits de pas dans le couloir. Elle n'attendait plus les coups.

Elle existait.

C'était assez.

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