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Rejetée par l'Alpha, aimée par le Lycan
img img Rejetée par l'Alpha, aimée par le Lycan img Chapitre 3 La Cérémonie du Lien
3 Chapitres
Chapitre 6 Alix img
Chapitre 7 Apprendre à se battre img
Chapitre 8 Un An img
Chapitre 9 Les Rumeurs img
Chapitre 10 La Transformation img
Chapitre 11 Les Veilleurs d'Étoiles img
Chapitre 12 Le Messager img
Chapitre 13 Chapitre 13 : L'Attente img
Chapitre 14 L'Arrivée img
Chapitre 15 La Reconnaissance img
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Chapitre 3 La Cérémonie du Lien

Le rassemblement annuel des Crocs d'Argent battait son plein.

La clairière derrière le manoir était illuminée de guirlandes électriques et de lanternes suspendues aux branches. Des tables de buffet chargées de viandes froides et de bouteilles de vin étaient disposées en arc de cercle. La meute était élégante, joyeuse, bruissante de conversations et de rires.

Au centre de l'attention, comme toujours, se tenait Doran. Le fils de l'Alpha. Vingt ans, une carrure de guerrier, des yeux gris acier et ce sourire arrogant qu'il arborait comme une couronne. À son bras, Lina, une louve de sang pur à la chevelure blonde et aux lèvres trop rouges. La rumeur disait qu'ils étaient déjà promis l'un à l'autre. Qu'il ne manquait plus que la bénédiction de Séléné.

Lyra les observait de loin.

Elle se tenait à la lisière de la clairière, adossée à un vieux chêne, un gobelet d'eau tiède à la main. Elle ne voulait pas être vue. Elle ne voulait pas espérer. Mais elle était venue quand même, parce que Sève lui avait dit, la veille, en posant une robe noire toute simple sur son matelas :

"Tu as le droit d'y être, toi aussi. Même s'ils te regardent comme une étrangère. Même si tu ne danses pas. Vas-y. Pour toi."

Alors elle était là. Invisible. Silencieuse. Comme toujours.

Et puis, quelque chose changea.

Doran était en train de rire, la tête penchée vers Lina qui lui murmurait quelque chose à l'oreille. Soudain, il se figea. Ses narines se dilatèrent. Sa tête se tourna lentement, comme attirée par un fil invisible.

Lyra le vit. Elle vit ses yeux devenir vitreux, presque absents. Elle vit Lina poser une main sur son bras, l'air inquiet.

"Doran ? Qu'est-ce qu'il y a ?"

Il ne répondit pas. Il se mit en marche.

La foule s'écarta sur son passage. Les murmures enflèrent, se transformèrent en une rumeur excitée. Il a senti quelqu'un. Le futur Alpha a trouvé sa compagne. Qui est-ce ? Qui a-t-il senti ?

Lyra ne comprenait pas. Pas encore.

Et puis, elle la sentit.

Une odeur. Pas une odeur banale. Une odeur qui la traversa tout entière, qui fit battre son cœur plus vite, qui réveilla quelque chose d'enfoui au plus profond d'elle-même. Bois de cèdre et terre mouillée après l'orage. L'odeur d'un compagnon destiné.

Non.

Son sang se glaça. Ses doigts se crispèrent sur le gobelet en plastique.

Pas moi. Séléné, je t'en supplie. Pas moi.

Mais l'odeur se rapprochait. Et la foule avec elle.

Doran fendit les derniers rangs, écarta une branche basse du vieux chêne, et s'arrêta net.

Il la vit.

Lyra, recroquevillée contre le tronc, les yeux écarquillés, le souffle court, tremblante comme une bête traquée.

Leurs regards se croisèrent. L'odeur explosa entre eux - vanille et sauge brûlée d'un côté, cèdre et terre mouillée de l'autre. La reconnaissance fut immédiate, viscérale, incontestable.

Un murmure horrifié parcourut l'assemblée.

"La fille de la sorcière... C'est ELLE ?"

Le visage de Doran se décomposa. Surprise. Incompréhension. Puis, lentement, un masque de dégoût profond.

"Toi ?" Sa voix claqua dans le silence. "La Déesse m'a destiné TOI ?"

L'Alpha Bram fendit la foule à son tour. Son regard passa de son fils à Lyra, toujours plaquée contre l'arbre. Son visage était impénétrable, taillé dans la même pierre froide que son manoir.

"Doran." Sa voix était grave, sans appel. "La Déesse ne se trompe pas. Cette femme est ta compagne destinée. Le lien a été senti. Il a été vu par toute la meute."

Un silence de mort tomba sur la clairière.

Doran éclata de rire. Un rire froid, théâtral, qui résonna entre les arbres. Il se tourna vers la foule, attrapa Lina par la taille et l'attira brutalement contre lui.

"Non. Je refuse. Je refuse d'être lié à cette... sang-mêlé." Il pointa Lyra du doigt, sans même la regarder. "Regardez-la. Elle vit dans une épave. Elle pue la magie. Elle n'est même pas digne de mon regard."

Il serra Lina plus fort.

"Voilà la femme que j'aurais voulu que Séléné me donne. Pas cette paria. Je rejette ce lien. Maintenant."

Les mots frappèrent Lyra comme des lames.

Le lien - ce lien à peine né, à peine goûté - se déchira dans sa poitrine. Une douleur atroce, fulgurante. Comme si on lui arrachait le cœur à mains nues.

Elle tomba à genoux. Ses mains se crispèrent sur sa poitrine. Elle ne cria pas. L'air ne passait plus. Ses poumons étaient vides. Son corps était en feu.

La foule se dispersa dans un bourdonnement gêné. Doran s'éloigna avec Lina, sans un regard en arrière. L'Alpha Bram resta un instant immobile, les yeux fixés sur elle, puis il dit d'une voix plate :

"Le lien est rompu. Rentrez chez vous."

Il tourna les talons.

Lyra resta seule, agenouillée dans la terre froide, la poitrine en charpie.

Elle ne sut pas comment elle rentra. Ses jambes la portèrent par habitude, par réflexe de survie. Le mobile-home lui apparut comme une carcasse rouillée au bout du chemin de terre. Elle poussa la porte, s'effondra sur son matelas, et fixa le plafond.

Elle ne pleura pas. Elle n'avait plus de larmes. Depuis longtemps.

La nuit était avancée quand la porte s'ouvrit.

Doran. Seul. L'alcool flottait autour de lui comme un parfum âcre. Il resta un instant sur le seuil, la silhouette découpée par la faible lumière de la lune. Puis il entra.

Il la regarda, allongée sur le matelas, vidée de toute force. Son regard n'avait plus de dégoût. Il avait quelque chose de plus sombre. De l'envie. Du désir malgré lui.

"Tu es ma compagne." Sa voix était pâteuse, mais ses mots étaient clairs. "Le lien est brisé, mais l'attirance... elle est toujours là. Tu la sens, n'est-ce pas ?"

Il s'approcha. Ses genoux heurtèrent le bord du matelas.

"Je ne m'accouplerai jamais avec toi. Ce privilège reviendra à Lina. Mais toi... toi, tu seras mon petit secret. Tu me donneras ce que je veux, quand je le voudrai. Et en échange..." Il sourit. Un sourire qui la glaça jusqu'aux os. "En échange, je te laisserai rester. Sinon, je te jure que tu finiras dans le marécage, et personne ne te cherchera."

Il posa une main sur elle.

Quelque chose en Lyra se brisa. Et autre chose se réveilla.

Sa louve. Faible, étouffée depuis des années par la souffrance et le rejet. Mais toujours vivante. Toujours là.

Lève-toi. Fuis. Ne le laisse pas faire.

Lyra sentit une force monter en elle. Pas sa magie. Sa louve. Une poussée sauvage, primitive, qui décupla ses muscles et fit trembler ses membres. Elle repoussa Doran avec une violence qui les surprit tous les deux. Il trébucha, heurta la cloison métallique, jura.

Elle attrapa son sac à dos, celui que Sève lui avait donné un hiver pour porter son linge. Elle y jeta des vêtements, une bouteille d'eau, et le bracelet de pierre de lune de sa mère.

"Tu ne vas nulle part !" grogna Doran en se relevant.

Elle ne répondit pas. Elle sortit dans la nuit et courut.

La forêt l'avala.

Elle courut jusqu'à ce que ses poumons brûlent et que ses jambes menacent de céder. La lune était cachée par les nuages. Tant mieux. Elle ne voulait pas que Séléné la voie. Séléné l'avait abandonnée. Séléné lui avait donné Doran.

Elle s'arrêta, pliée en deux, les mains sur les genoux.

Et c'est là qu'elle comprit.

L'odeur. Son odeur. Elle flottait derrière elle comme un ruban invisible, une traînée de vanille et de sauge que n'importe quel loup pouvait suivre. Doran. Les éclaireurs. Kellan. Ils la retrouveraient avant même le lever du soleil.

Maman... qu'est-ce que je fais ?

La réponse ne vint pas du ciel. Elle vint d'un souvenir. Un après-midi pluvieux, il y a une éternité. L'atelier d'Elara à Lune Pourpre. Sa mère penchée sur un mortier, écrasant des herbes sombres.

"Un jour, ma Lyra, tu auras besoin de te cacher. Même des loups. Souviens-toi de ça : la terre cache, la cendre efface, et le silence protège."

Lyra tomba à genoux. Elle gratta le sol de ses doigts nus, recueillit une poignée de terre humide. À quelques mètres, les restes d'un vieux feu de camp abandonné - des randonneurs, peut-être. Elle y préleva de la cendre froide.

Elle mélangea le tout dans le creux de sa main, ajouta un peu de salive pour lier, et ferma les yeux.

Les mots lui vinrent sans qu'elle les comprenne. Une langue ancienne, gutturale, qui fit vibrer sa gorge et picoter ses doigts.

Quand elle rouvrit les yeux, elle ne sentait plus la vanille. Ni la sauge brûlée. Juste la terre. La mousse. La forêt.

L'odeur de rien.

Elle se releva. Elle n'avait pas effacé son odeur - elle l'avait masquée. Comme un voile posé sur sa peau. Cela ne durerait pas. Il lui faudrait recommencer chaque jour, avec ce qu'elle trouverait. Mais pour l'instant, elle était invisible.

Elle se remit en marche.

Trois jours. Trois nuits.

Elle marcha jusqu'à ce que ses pieds saignent dans ses baskets trouées. Elle but l'eau des ruisseaux. Elle mangea des baies amères et des racines crues. Elle se cacha dans des fourrés épais quand elle entendait des hurlements au loin. Elle trembla de froid, de peur, de faim. Elle ne dormit presque pas - des micro-siestes, recroquevillée contre des troncs d'arbres, l'oreille aux aguets.

Chaque matin, elle renouvela le sortilège. Avec de la boue. Des aiguilles de pin. De la cendre de son propre petit feu, quand elle osait en allumer un. Ses doigts étaient en sang. Ses lèvres gercées. La douleur du lien brisé était toujours là, sourde, logée dans sa poitrine comme un éclat de verre.

Elle ne savait plus où elle était. Elle ne savait plus depuis combien de temps elle marchait. Elle savait juste qu'elle devait s'éloigner. Très loin. Là où personne ne la retrouverait.

À l'aube du quatrième jour, elle aperçut une fumée.

Elle était adossée à un arbre, les jambes en coton, les paupières lourdes. Elle cligna des yeux. La fumée montait d'une vallée en contrebas. Des toits. Des bâtiments. Une meute.

Elle ne reconnut rien. Ni les odeurs, ni les couleurs, ni la forme des maisons.

Elle s'effondra à la lisière des arbres, à la frontière invisible du territoire.

Elle ne pria pas. Elle n'espérait plus rien. Depuis longtemps.

Juste une chose. Une seule.

Faites qu'ici, on ne me batte pas. C'est tout ce que je demande. Juste... qu'on ne me batte pas.

Et elle perdit connaissance.

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