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Il y a un Alpha nu dans mon lit
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Chapitre 5 05

J'ai déjà fait l'expérience de plusieurs road trips, de longs trajets en voiture sur les routes interminables du pays. Dès le permis en poche, l'été de mes 17 ans, j'avais filé dans ma Chevrolet d'occasion avec deux ou trois amis d'Orlando et nous avions tracé la route pendant un mois.

Au détriment de mes révisions pour l'entrée de l'école de mes rêves. Mais c'est une autre histoire, du genre qu'on n'aime pas évoquer. Hum.

Cela dit, c'est bien la première fois que je prends le large avec deux loups-garous dont un bébé, et une employée de ma grand-mère.

« Cette bête roulante est décidément bien pratique... constate Tobias en effleurant le siège de ses doigts.

- Pas les griffes, hein ! Je viens de refaire les sièges ! je proteste.

- C'est vraiment important ? » demande-t-il.

Je lève les yeux au ciel, mes ongles au vernis écaillé tapotant le volant recouvert de faux cuir. Sur le moment, m'enfuir du domaine Burnwood avec Hécate, Tobias, Nina et Amos m'avait semblé être l'idée du siècle. À présent, mon enthousiasme est retombé comme un soufflé.

S'enfuir n'a pas déjà été une chose facile : il a fallu attendre que ma grand-mère soit couchée, aidée par un somnifère glissé dans une tisane relaxante préparée par Hécate. Il a fallu que je surmonte la culpabilité d'avoir drogué ma grand-mère et les grognements d'Hécate, qui détestait être responsable du profond sommeil dans lequel est tombé sa patronne potentielle, sous prétexte que son salaire allait y passer. Bah, vu que ses loups se sont tous fait la malle aux quatre coins des États-Unis, elle peut bien prendre le temps de dormir une douzaine d'heures ? Je me répète ça en boucle pour éviter de trop m'en vouloir. Ma grand-mère ne semblait déjà pas me porter dans son cœur et cette ultime bêtise va achever de la faire me détester, mais il y a trop en jeu pour me poser ce genre de question.

Une fois Grand-Mère endormie, nous avons bondi dans ma Chevrolet qu'elle gardait enfermée dans son garage. Là encore, nouveau problème : les deux loups, qui en vivant dans les Rocheuses semblent avoir perdu toute notion de modernité humaine, ont voulu sortir de la voiture dès que le moteur a vrombi, comme des chiens sur la route du vétérinaire. Il a fallu trois bons quarts d'heure pour les convaincre que « Non, il n'y a pas de monstre sous le capot » et que la voiture serait tout de même plus rapide pour se rendre vers l'Est que quatre pattes, quoi qu'ils en disent.

Et ça, c'était sans compter la curiosité insatiable des loups dans la voiture, alors que nous ne savons même pas précisément où nous allons. Si Tobias reste toujours aussi stoïque, Nina bout de désir de connaissances, mais refuse de parler directement aux humaines que nous sommes, Hécate et moi. Résultat, elle s'adresse à Tobias pour toutes ses questions ; questions que bien évidemment, il se sent obligé de poser à moi.

Et je dois bien admettre que je ne suis pas loin du cra...

« Je ne comprends pas ! couine Nina en serrant le petit Amos. D'où sort la musique ? D'où elle vient ? Je ne vois pas d'instruments ! »

Oh mon dieu, je vais craquer, je songe en resserrant mes doigts sur le volant, tandis que Tobias tourne la tête vers moi.

« La musique vient des enceintes. Elles sont connectées à mon téléphone. » je marmonne rageusement.

Dans le rétroviseur, je constate une fois de plus qu'Hécate ne m'est d'aucune aide face à l'interrogatoire que je subis. Elle a le nez plongé dans son téléphone, et alterne parfois avec un plan de la région, sans un mot. Je fronce les sourcils, tentant de me concentrer sur la route. Tobias renifle l'air, en quête de loups en fuite, et je me demande comment il arrive à sentir la moindre odeur depuis ma Chevrolet.

« Un téléphone ? poursuit Nina. C'est ce boîtier que les humains trimballent tous, Tobias ? »

Sans attendre une réponse, elle s'empare de mon portable sur le tableau de bord et je manque de faire une embardée avec le volant. Non mais pour qui elle se prend, celle-là ?

« Nina... soupire Tobias.

- Comment ça marche ? C'est qu'un boîtier, je ne vois pas pourquoi vous êtes tous aussi accros à cet engin ! » fait-elle avec la curiosité d'une enfant.

Le regard d'Amos se fixe sur l'écran alors que Nina, en le tripotant, appuie accidentellement sur l'unique bouton de l'appareil, faisant apparaître l'écran de verrouillage. Mon cœur se serre quand je vois l'image se refléter légèrement dans les grands yeux de la louve, qui lève un sourcil, interloquée.

« Tiens ? L'humaine est dans le boîtier. Avec un autre humain dedans. Comment...

- C'est une photo, je la coupe avant tout autre questionnement, pressée de passer à autre chose. C'est une manière de capturer l'image et de l'afficher où tu veux. Comme ça, tu peux prendre des images de ce que tu aimes bien... »

Hécate a relevé la tête, intéressée. Tobias croise les bras, et comble de malchance, la musique diffusée par les enceintes s'arrête, établissant un silence pesant. Décidément, je dois être abonnée à ces malaises persistants dans notre petit groupe.

« Ah ! Regarde, Tobias, eux aussi, ils ont des partenaires ! » constate Nina naïvement en tendant le portable sous le nez de mon protecteur.

Manquait plus que ça !

« Ce n'est pas mon partenaire ! je m'exclame en pressant mon pied sur l'accélérateur comme pour fuir cet interrogatoire.

- N'importe quoi ! Il te tient par les hanches, et si je me souviens bien, les humains montrent leur affection comme ça, persifle la Bêta en abandonnant temporairement son refus de me parler directement.

- Ce n'est plus mon partenaire. C'est une preuve que je me suis foirée sur toute la ligne. Nuance. » je précise en me renfrognant.

Nina lance un regard perplexe à Amos, qui le lui rend. Comment un gamin d'une année à peine arrive à avoir un regard aussi intelligent ? Hécate, qui semble toujours mieux comprendre les loups, mieux que je ne les comprendrais jamais, intervient :

« Les loups trouvent un partenaire pour la vie. Chez les humains, c'est plus compliqué. Ils peuvent changer en cours de route.

- Alors pourquoi tu gardes une... une photo de celui-qui-n'est-plus-ton-partenaire ? » demande Nina.

Je me renfonce encore plus dans mon siège, décidée à garder le silence. Je sens le regard perçant de Tobias braqué sur moi. C'est quoi, son problème ? Si je n'ai pas envie de parler de lui, je ne parle pas de lui. C'est tout.

« Rupture difficile ? fait Hécate qui n'a jamais entendu parler de mon ancien partenaire.

- C'est pas tes affaires ! j'aboie, avec l'impression de plus en plus mordante d'être coincée dans ces interrogatoires à répétition.

- Ok, donc une rupture difficile, en déduit Hécate.

- Si tu veux, je peux aller le tuer. »

Je retourne la tête violemment. C'est Tobias qui a dit ça. Il me jette un regard en coin, sérieux comme un pape. J'avais oublié qu'il était à mon service, celui-là. Hm...

« L'idée est intéressante, je souris faiblement tandis qu'Hécate se frappe le visage de la main. Mais je ne tiens pas à devenir une criminelle.

- Comme tu veux. » réplique-t-il en haussant les épaules.

Il est bien maussade, d'un coup, le Tobias ! Pourquoi cette mauvaise humeur subite ? Nina l'observe d'un air inquiet. Hécate frappe dans ses mains. L'aînée du groupe affiche un sourire serein, presque lunaire.

« Allez, assez parlé d'Ethel ! Et si vous nous parliez un peu de vous ? »

Les deux loups en état de parler détournent la tête, se murant dans le silence. Seul Amos tourne la tête vers Hécate, d'un air intéressé, avec ses manières presque canines. Je l'imagine agiter de petites oreilles de loup au-dessus de sa tête. Si ce gamin est le seul loup qui n'est pas méfiant vis-à-vis de nous, le voyage promet d'être long... Hécate rit doucement. Elle est bien placée pour demander aux loups de s'ouvrir à elle, alors que même moi ne sais rien de sa personne, je songe en fixant la route, ma Chevrolet avalant fièrement les kilomètres.

« J'aimerais surtout que vous nous parliez de votre transformation... Vous êtes redevenus humains... Mais quand avez-vous perdu votre faculté à prendre cette forme ? Quand êtes-vous devenus définitivement des loups ? »

Ses yeux brillent comme deux bijoux, ce qui ne m'étonne pas vraiment. Hécate, depuis le peu de temps que je la connais, semble vraiment intéressée par les loups, et encore plus par les loups-garous. Cela dit, je ne découvre qu'à présent toute l'ampleur de cet intérêt. Je décide de forcer un peu la main à nos deux compères.

« Tobias. Je serais ravie si tu répondais à la question d'Hécate... je suggère, appuyant sur l'existence de notre lien pour le forcer à l'ouvrir.

- C'était il y a quinze ans. J'avais huit ans et Nina sept. Nous vivions éloignés des humains. » avoue Tobias dans un grognement.

Oh. Voilà qui explique leur mauvaise connaissance de la modernité humaine ; ils étaient si jeunes que l'existence des voitures et des bijoux technologiques comme les téléphones portables leur échappe.

« Et pourquoi cela ? insiste Hécate.

- À cause des chasseurs. » murmure Nina.

Ses grands yeux se teintent de panique, tandis que mon esprit se remplit de questions. Quoi ? Il existait des chasseurs de loups-garous ?

« Des gens connaissaient votre existence ? Jusqu'à hier, je croyais que les loups-garous n'étaient que des créatures mythologiques... je m'inquiète.

- Ils ne la connaissaient que trop bien. On les appelait les hommes d'argent, parce qu'ils étaient littéralement recouverts de cette matière, des pieds à la tête. » se souvient Tobias, amer.

Avant qu'ils ne se retrouvent au chômage technique quand les mystérieux métamorphes qu'ils adoraient chasser ont disparu, devenant des loups basiques, je pense.

« Tu crois qu'ils pourraient revenir ? je demande à Hécate, lui lançant un regard par le rétroviseur.

- Bonne question. » dit-elle mystérieusement, avec son fichu air de tout savoir à l'avance, haussant ses épaules à la peau foncée.

Je pousse un soupir. Elle est bizarre, avec ses questions. L'habitacle de la voiture plonge dans le silence une nouvelle fois. Le moteur zonzonne tranquillement, quand tout à coup, un bip strident retentit. Un voyant rouge inconnu apparaît sur le tableau de bord. Oh non...

Alors que nous bifurquons sur une route cabossée comme jamais, ma Chevrolet sursaute sur un nid-de-poule et commence à cracher le moteur qui lui sert de poumon, perdant graduellement de la vitesse.

« Qu'est-ce qui se passe ? panique Nina. Tu as énervé le monstre du moteur ?

- Je... Je maîtrise la situation ! » je balbutie.

Pas du tout. Je fais dévier la voiture pour éviter qu'elle ne bloque la route, la garant sur l'herbe juste au moment où la Chevrolet s'arrête pour de bon. Loups-garous, questions gênantes, et maintenant une panne d'origine inconnue... Ce road trip est bien le plus raté de ma vie, et il n'a pas commencé depuis quatre heures !

« Tu maîtrises la situation, hein ? fait ironiquement Hécate.

- Par-fai-te-ment ! » je scande, agacée.

Est-ce qu'il est utile de préciser que je manie la mécanique aussi bien que la physique quantique ? Autant dire pas du tout. Bref. Poussant un soupir affreusement long, je sors de la voiture, et ouvre le capot, me retrouvant face à la masse imposante du moteur. J'essaye de ne pas songer à tous ces films d'horreur, ceux où la voiture tombe en panne quand un loup-garou rôde dans la forêt. Nous ne sommes pas sortis des Rocheuses, et nous n'avons pas croisé de loups jusque-là. Je n'ai pas envie de faire ma première rencontre avec un loup-garou sauvage ici, pas du tout...

Je frôle la crise cardiaque quand quelque chose effleure mon dos. Ok, je pensais peut-être un peu trop aux stéréotypes des films d'horreur. Peut-être.

Je me retourne lentement et pousse un soupir de soulagement quand je réalise que ce n'est que Tobias.

« Qu'est-ce que tu fais là ?

- Je voulais réitérer ma proposition. Tu ne veux pas que j'aille punir cet humain ?

- Non ! je m'écrie précipitamment, surprise qu'il soit encore bloqué sur lui. Enfin... non. Vraiment, c'est bon. Tu auras d'autres moyens de me rendre service.

- Pourtant, ta fréquence cardiaque m'indique que son existence te fait encore quelque chose. Comment est-ce qu'il s'appelait ? » constate-t-il en me toisant de ses profonds yeux bleus.

Et voilà qu'il s'improvise cardiologue... Ok, ma rupture a été difficile. Mais je ne veux pas... Je ne peux pas...

« Thomas, j'avoue avec réticence.

- Très bien. Je m'en souviendrai. Dans tous les cas, tu ne peux pas rester seule en dehors de la voiture. Je dois te protéger.

- Ce n'est qu'un moteur, et je doute que mon ex-partenaire jaillisse de derrière un buisson... je ris nerveusement, mes doigts tripotant ma bague en argent.

- Et moi je sens des odeurs qui me sont familières, non loin de cette route. C'est mauvais signe. Ne t'éloigne pas. »

Je tente de ne pas céder à la panique. Très bien. Trouver l'origine de cette panne avant que je ne finisse en steak haché dans la gueule d'un loup ennemi. Excellent. Je me penche sur le moteur encore crachant pour essayer de résoudre mon problème, mais mon instinct de survie m'empêche de me concentrer.

Je me retourne vers Tobias pour lui demander d'utiliser sa super-ouïe pour essayer de comprendre d'où vient le souci, quand mon regard s'arrête sur deux yeux jaunes, dans un fourré. Tobias, sans un mot, les fixe. Je réalise qu'il n'y a pas qu'une paire d'yeux. Il y en a toute une nuée, une bonne vingtaine.

Ce n'est pas un seul loup que Tobias a senti, comme dans les films d'horreur.

C'est une Meute entière.

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