Que suis-je censée répondre ? Que je n'ai pas eu le choix ? Les gens parlent dans les entreprises, des ragots il y en a toujours et c'est ainsi mais moi ? Moi je ne peux rien dire. La règle trois est pourtant simple : pas de commérage à son sujet. Je ne peux donc pas parler de lui. Il me fait tellement peur que je n'ai même pas envie de prendre le risque et que cela lui revienne aux oreilles. Si c'est le cas, je suis une femme morte.
Moi : Si ça peut te rassurer, je ne suis pas intéressée.
Que puis-je réponde d'autre ? Et même si j'en avais eu l'opportunité, je n'ai aucune répartie, qu'est-ce-que j'aurais bien voulu l'envoyer bouler mais rien ne m'est venue à l'esprit à ce moment précis. Et puis, je n'ai pas vraiment envie de me faire des ennemis ici. J'ai besoin de ce travail.
Priscillia : Peu importe, évite de t'afficher avec lui comme une greluche et reste à ta place, tu n'es qu'une simple secrétaire ok !
Sur ces dernières paroles ravissantes, elle me tourne le dos et s'en va. C'est quoi ça ? On est d'accord c'est bien de la jalousie maintenant j'en suis persuadée. Et le coup de la flûte à champagne renversée, c'était aussi un prétexte pour lui parler. C'est une drôle de façon de se rapprocher d'un homme si elle souhaite le conquérir. Quoi qu'il en soit, maintenant je suis en retard. J'ai plutôt intérêt à me grouiller. Pour une fois qu'il n'est pas trop désagréable, j'essaye de faire en sorte que la journée se passe bien.
Une fois arrivée au cinquième étage, je me précipite dans son bureau pour ne plus perdre une minute et je toque à sa porte. Il m'invite à rentrer et je referme directement la porte derrière moi. Il me fixe comme à son habitude, ses yeux se posent sur la nouvelle robe bleue et il écarquille instantanément ses yeux tout ronds. Il se mord discrètement la lèvre inférieure avant de se ressaisir immédiatement et de se montrer impassible.
Monsieur Conti : C'est pas trop tôt ! dit-il fâché.
Pardon ? Est-il sérieux ?
Monsieur Conti : Il me semble vous avoir précisé que mon dossier était urgent non ?
Moi : Oui Monsieur, excusez-moi pour le retard.
Je suis stupéfaite par ce changement d'attitude. Un coup il souffle chaud et la minute d'après, il souffle froid. Et puis, je ne peux même par argumenter pour me défendre. J'imagine sa tête si je lui dis que sa super collaboratrice, une chère Priscillia, m'a poussée contre la cage d'ascenseur et m'a fait une crise de jalousie. Qu'est-ce-qu'il penserait de moi à ce moment là ? C'est surréaliste.
Monsieur Conti : Le dossier en question est sur le bureau. Il y a des annotations et des consignes à respecter afin de le finaliser. J'en ai besoin pour ce soir et maintenant foutez le camp de mon bureau !
Je me dirige sans plus attendre vers la sortie et pars m'installer à mon bureau. C'est quoi son problème ? A un moment, on pourrait croire que le personnage est agréable et la minute d'après, on se retrouve en face d'un véritable connard. Je suis furieuse de cette façon qu'il a de me parler sans aucun respect ! Si je n'avais pas autant besoin d'argent, je me serais barrée sur le champ ! Quoi qu'il en soit, il faut que je m'attaque à ce foutu dossier. Je regarde l'heure, il est midi. J'ai cinq heures pour le boucler.
A seize heure, je suis rattrapée par la réalité. Mon ventre gargouille et je n'ai rien mangé à midi. Je pose ma main sur mon ventre comme pour faire taire mon estomac. Je n'ai plus beaucoup de temps et je dois terminer rapidement le dossier si je veux pouvoir rentrer chez moi pas trop tard.
C'est bon j'ai fini ! Je scrute l'heure et il est exactement vingt heure trente. Déjà !? si je me dépêche, je peux encore attraper le dernier train de vingt et une heure pour rentrer dans ma campagne. Je me lève rapidement afin d'apporter le dossier dans le bureau du PDG et soudain, je suis prise de vertiges. La pièce se met à tourner, j'essaye comme je peux de me rattraper au dossier de ma chaise mais tout est blanc, je me sens mal et là plus rien !
J'essaye de revenir à moi mais impossible. Je pense être là mais je ne vois rien. J'entends une voix me parler mais je n'arrive pas à répondre. Je suis clairement entre deux mondes. Je sens des mains me porter afin de me déplacer, une glisse sous ma nuque et l'autre sous mes jambes. Ma tête repose sur une épaule, surement celle d'un homme. Il me semble entendre un grognement à ce même moment. On me dépose sur un canapé. Non ! Pas un canapé ! Le seul endroit qui peut posséder un canapé à cet étage ne peut être que le bureau de Monsieur Conti. Tout le monde le sait, seul les PDG ont ce privilège.
Des images me reviennent à l'esprit, un canapé bordeaux en velours, c'est bien ça et il se trouve dans son bureau. J'essaye de me lever mais impossible rien ne répond. Il me semble entendre une voix dire : « ramène toi vite, j'ai besoin de toi ! ». Puis rien. Puis un souffle chaud sur mon visage et une main qui déplace une mèche de mes cheveux. Une odeur musquée envahie mes narines, cette odeur particulière je la reconnais, c'est lui c'est sur. J'essaye d'ouvrir les yeux mais je n'arrive pas. Bon sang Amalya, fait un petit effort merde me dis-je intérieurement. C'est frustrant, je suis prisonnière de mon propre corps mais rien à faire pour le réveiller.
J'entends une porte s'ouvrir en trombe puis le bruit du claquement de fermeture immédiatement après. Une autre personne est rentrée dans la pièce. « Tu n'as pas osé faire ça ? Dis-moi que tu ne l'as pas mordu ! », « Ne sois pas débile ! ». Je plane à quinze mille c'est sur. Je ne comprends rien de leurs discussions, mordre quoi ?J'essaye de me concentrer sur la discussion mais c'est difficile, j'entends des mots, parfois rien. « Évanouie », « quoi pas de pause repas », « inconscient », « tyran », « persécution », «j'ai faim », « j'arrive plus à me retenir », « son odeur », « je ne vais pas tenir », «ressaisi-toi », «eau sucré ». J'ai beau essayer de capter la conversation, rien n'a de sens. J'abandonne. J'ai envie de dormir, je suis fatiguée.
Tout un coup, je sens un liquide couler dans ma bouche. Répugnée par cette sensation, j'essaye de tourner la tête. Une voix me demande d'arrêter de bouger. Je sens une main se poser sur mon front pour éviter cela. J'arrive à bouger ce n'est pas trop tôt pensais-je. J'essaye de me concentrer sur le breuvage qui coule sur ma bouche, de l'eau sucrée. C'est agréable, mon corps le réclame. J'immerge doucement et en ouvrant les yeux, je le reconnais. J'avais raison, c'était bien lui.
A genou au pied du canapé, ses yeux sont doux et tristes à la fois. Il me demande d'une voix calme si j'arrive à me relever. J'essaye avec difficulté et ses mains m'accompagnent dans cette tâche. Je frissonne au contact de celles-ci. Je me mets en position assise.Je suis honteuse et gênée. Pourquoi n'ai-je pas pensé à ramener une collation dans mon sac en cas d'imprévu ? J'aurai ainsi évité cette situation.
Moi : Merci, réussis-je à bredouiller.
Je peux lire dans son regard qu'il n'est pas content mais suis-je la seule responsable ? Je baisse les yeux, la honte me submerge, je ne sais plus où me mettre. J'ai beau essayé de paraître forte, je suis quand même sensible. Sa main se pose alors sur mon menton me forçant à relever la tête pour le regarder. Ses yeux fixent ma bouche pendant ce qui me parait être une éternité. Je finis par les mordiller, le stress m'envahit. Comment me libérer de cette situation ? Cette attitude le ramène à la réalité et il se ressaisi immédiatement. Il lâche mon menton et me regarde une dernière fois avant de se redresser et il se retourne.
Je le suis du regard et me rends compte que Vivien se tient assis de façon nonchalante derrière le bureau du Directeur. La fameuse deuxième voix que j'avais complètement oublié.
Monsieur Conti : Peux-tu la déposer chez elle s'il te plait ? demande-t-il à Vivien.
Il hoche la tête, se lève du siège et s'avance dans ma direction. Il fini par me tendre sa main que je saisie. A bout de force et épuisée, j'accepte son aide.
Vivien : Envoi moi son adresse par message.
Monsieur Conti hoche la tête à son tour en signe d'approbation, vient nous ouvrir la porte de son bureau et la referme directement après notre passage sans un mot.
Vivien attrape mon sac à main près de mon bureau instinctivement et nous nous dirigeons vers l'ascenseur qui nous emmène au parking sous terrain. Il m'ouvre la porte de sa voiture et m'aide à m'installer. Il s'installe par la suite à son tour, rentre l'adresse dans son GPS et nous voilà en route.
Le trajet s'est déroulé dans un silence complet jusqu'à mon appartement où il s'est garé, puis est venu m'ouvrir la porte. Je sors de celle-ci comme je peux et lui chuchote :
Moi : Merci beaucoup avec un léger sourire qui se veut désolé.
Vivien : Je t'en prie, repose-toi bien dit-il avec un sourire compatissant.
Je me dirige chez moi sans me retourner. Mes jambes sont faibles. Une fois à la maison, je me sers un grand verre de jus d'orange que j'avale d'une traite sans me rendre compte que j'étais complètement déshydratée. Trop fatiguée pour faire à manger, je choisie la facilité en me préparant un bol de céréales. Certes un choix pas très sain pour un repas mais j'avais une envie de sucre. En même temps avec le malaise hypoglycémique que je viens de faire, c'est plus une nécessité qu'un choix. Je jette mon bol terminé dans le lavabo, me douche rapidement et pars m'allonger dans les bras de Morphée.