Je me retourne pour partir en direction de la porte qui mène aux escaliers mais je suis immédiatement stoppée dans mon élan. Sa main m'agrippe à nouveau le poignet mais cette fois-ci de manière plus douce.
Monsieur Conti : Je vous en prie, venez avec moi.
Je vous en prie ? Je ne comprends plus rien. Il m'annonce des règles à respecter qu'il n'est même pas capable de tenir lui-même ? Et de toute façon, je n'ai pas envie de grimper dans l'ascenseur avec lui. Une fois mais pas deux, non merci !
Moi : Je...
Sans même avoir le temps de répondre, il m'entraîne dans l'ascenseur avec lui. Pourquoi ? Je n'ai pourtant rien fait de travers ! Et voila, nous y sommes. La journée avait pourtant commencé sans encombre. Il appuie sur le bouton du premier et les portes se ferment. Je commence à trembler. A quelle sauce va – t'il me manger ? L'ascenseur se met à descendre, j'appréhende. J'essaye de ne rien laisser paraître mais mon corps tout entier tremble et je n'arrive pas à le contrôler. Il se retourne vers moi pour me regarder mais je ne tourne pas la tête dans sa direction. J'évite tout contact.
Monsieur Conti : Tout va bien ? Vous tremblez ?
Moi : Oui, oui tout va bien. Merci.
Je fuis toute discussion et garde la tête droite. Courage Amalya me dis-je intérieurement.
Monsieur Conti : Tout va bien se passer, ne vous inquiétez pas dit-il en se voulant rassurant.
M'inquiéter ? Est-il sérieux ? Où est l'homme effrayant d'hier ? Je confirme, il ne peut qu'être bipolaire, je ne vois pas d'autres explications. Le bip retenti pour me libérer. Je me recule pour le laisser sortir en premier mais j'heurte sa main qui se pose sur le bas de mon dos délicatement pour m'inviter à sortir en même temps que lui.
Les portes s'ouvrent sur un grand espace d'accueil où plusieurs personnes sont réunies. Tous les regards se tournent sur nous à ce ce moment là. N'attendaient-ils que nous pour commencer ? Je suis embarrassée avec toutes ces paires de yeux en notre direction. Je vois bien que certaines filles me fusillent du regard. Je déglutis assez difficilement et un petit son sort de ma bouche en même temps. A peine audible mais je remarque que la personne qui se tient à côté de moi l'a entendu. Sa main qui est toujours dans le bas de mon dos glisse jusqu'à ma taille ce qui me fait sursauter légèrement afin que nos deux corps se rapprochent encore un peu plus. Essaye t'il par ce geste de me rassurer ? Je suis troublée par tant de contact. Il est mon patron et je trouve cela déconcertant. J'entends un chuchotement discret "je suis là" mais je dois sûrement avoir rêvé. Je n'arrive pas à me détendre, impossible. Les gens se mettent à murmurer discrètement. Sont-ils pour certains en train de parler de nous ?
Nous avançons dans l'arène. Il retire sa main de mon dos et instantanément, je me sens libérée. Ouf. Les gens sont tellement élégants que je me félicite pour mon choix vestimentaire de ce matin. Quelle chance, j'ai bien failli faire tâche dans le décor. Monsieur Conti salue certaines personnes sur son passage, il me présente également et se dirige en direction d'une scène. J'attends à mon tour sur le bas côté. Il fait une présentation rapide du défilé, remercie tout le monde d'être venu et blablabla. Sa voix est divine, il n'a pas besoin de parler fort pour que les personnes présentent boivent ses paroles. Il termine son discours de présentation et invite les gens à s'installer afin que le défilé commence sans plus attendre.
Il quitte la scène et se dirige vers moi. A ce moment précis, je me rends compte que je suis totalement envoûtée par sa prestance, sa voix. Je me tiens là, en bas de l'estrade sur le bas côté, comme ensorcelée. Je me ressaisis rapidement pour ne rien faire paraître, son regard profond sur le mien n'aide en rien. Il se met à sourire discrètement comme satisfait. Surprise, je regarde le sol pour éviter de rougir et me reconcentrer. Une fois à mes côtés, il s'arrête net devant moi m'invitant à le regarder de nouveau. Sans avoir le choix, je me redresse pour le regarder mais mon regard s'arrête sur son sourire, comment le décrire ? Ses dents sont si soigneusement rangés, blanches. Le genre de sourire si parfait qu'on ne peut que l'admirer. Je me ressaisi aussitôt. Je le regarde à nouveau dans les yeux et comme à son habitude, il me fixe. Il faut que j'ai le courage un jour de lui dire que c'est perturbent. Pour le moment, je fais le choix de rester discrète, ça fait seulement 2 jours que je travaille ici...
Monsieur Conti : Suis-moi, ça va commencer.
Sans rien dire, je suis son ordre et nous nous installons.
Un homme s'avance sur l'estrade pour conclure le défilé et nous remercier pour nos applaudissements. Je m'interroge sur l'identité de celui-ci mais Monsieur Conti, comme s'il avait lu dans mes pensées, me chuchote à l'oreille que c'est le styliste d'Orora, Vivien. C'est un homme très élégant avec beaucoup de classe, cheveux blonds foncés mi-long attachés par un élastique pour dégager les cheveux de son visage. Une barbe, ni trop courte, ni trop longue qui lui va à merveille. Il ressemble légèrement à un viking. Vraiment un très bel homme, pensé-je. Ses yeux bleus clairs scrutent les spectateurs, ravie que ses créations plaisent, il sourit et il a bien raison, son travail est incroyable.
Son regard s'arrête à ma hauteur, il regarde discrètement ma robe rouge puis s'arrête à mon visage une seconde. Son regard est interrogateur, curieux, c'est vrai que je suis nouvelle et je peux comprendre son expression. Il fait une dernière révérence dans ma direction toujours en me regardant dans les yeux et remercie son public une dernière fois avant de s'éclipser.
Les gens commencent à rediscuter entre-eux, s'éparpiller dans la pièce, certains se dirigent vers les petits fours prévus à cette occasion, d'autres portent simplement un verre de champagne pour célébrer l'occasion.
Monsieur Conti : Souhaitez-vous une coupe ?
Moi : Euh oui, volontiers. Merci.
Il part en direction du comptoir seul, me laissant au milieu de la foule. Quelques secondes après, une main vient tapoter mon épaule pour me forcer à me retourner. Il s'agit du fameux viking, le styliste d'Orora, Monsieur Vivien.
Monsieur Vivien : Bonjour belle créature dit-il en s'inclinant devant moi avec élégance.
Moi : Bonjour Monsieur Vivien, c'est bien cela ?
Monsieur Vivien : Exactement. Juste Vivien. A qui ai-je l'honneur ? Etes-vous mannequin ?
Moi : Non répondis-je en rigolant. (Moi mannequin ? ça se saurait !) Je suis la nouvelle assistante de Monsieur Conti.
Vivien : Enchanté ! Votre robe est magnifique.
Moi : Euh, merci dis-je en rougissant.
C'est la deuxième fois aujourd'hui qu'on me fait un compliment sur ma tenue. Et venant d'un styliste, j'avoue que c'est très plaisant ! Et puis tout à un coup, je sens une main chaude se poser à nouveau sur mon dos, ce sentiment je le connais, ça ne peut être que lui. Mon corps se fige à ce contact, comme si de l'électricité traversait tout mon corps. C'est agréable et désagréable en même temps. Il se penche à mon oreille pour me chuchoter doucement « votre verre Mademoiselle ». Ce geste n'est pas anodin, pourquoi fait-il cela ? Devant son personnel et sans aucune discrétion. Je suis son assistante quand même ! Je remarque que Vivien recule d'un pas. Je saisi le verre en le remerciant puis il retire sa main au même moment. Même si le geste a été discret, il l'a quand même fait... Je vais être l'objet de tous les ragots maintenant. Comme si travailler avec lui n'était pas assez difficile.
Monsieur Conti : Vivien !
Vivien : Alejandro !
Alejandro ? Original pensé-je. Ils doivent être proches pour s'appeler par leurs prénoms ?
Monsieur Conti : Je te félicite pour ton défilé ! Je vois que tu as fait la connaissance de ma nouvelle assistante dit-il d'une voix sévère.
Vivien : Exactement. Bienvenue chez Orora dit-il dans ma direction avant de faire un signe de tête à Monsieur Conti et disparaître.
Que vient-il de se passer ? C'était électrique ou je rêve ? La voix de Monsieur Conti est différente, plus sauvage quand il s'adresse à Vivien, essaye t-il de le mettre en garde ? Mais contre quoi ?
Monsieur Conti m'invite à le suivre mais je suis percutée par une femme et ma coupe de champagne se renverse sur ma robe.
La femme : Oups ! Désolée dit-elle en ricanant.
Vient-elle de le faire exprès ou c'est mon imagination ? J'ai envie de lui sauter au cou pour l'étrangler mais sur un lieu de travail, je crois que ce n'est pas la solution. Monsieur Conti intervient face à la situation gênante.
Monsieur Conti : Priscillia, vous ne pouvez pas faire attention dit-il en la grondant.
Priscillia : Désolée Monsieur Conti dit-elle toujours avec un sourire en coin avant de se retourner avec grâce et rouler des fesses.
Sérieux ? Elle est là à se dandiner pour attirer l'attention ! Je ne suis qu'un prétexte ou quoi ? Est-elle jalouse ? Mais je t'en prie sers-toi, si tu savais que derrière sa si jolie apparence, se cachait un homme aussi flippant, tu en voudrais encore ? Je remarque que Monsieur Conti est agacé par son comportement, insensible également, il lève les yeux au ciel puis s'adresse à moi :
Monsieur Conti : Suivez-moi, nous allons vous trouver une tenue de rechange.
Je ne vais pas dire non ! La robe est mouillée et collante, je ne ressemble à rien. Je lui emboite le pas et le suis jusqu'à une pièce remplie de vêtements. Une jeune fille apparaît à ce moment précis :
Jeune fille : Bonjour, comment puis-je vous aider ?
Monsieur Conti : Bonjour Noémie, peux-tu trouver une tenue de rechange pour mon assistante s'il te plait dit-il doucement mais cela sonne tout de même comme un ordre.
Connait-il tous les prénoms de ses employés ?
Noémie : Bien-sur ! Suis-moi dit-elle en ma direction.
Monsieur Conti : Noémie est apprentie styliste. Une dernière chose Amalya, quand tu auras-fini retrouve moi en haut, j'ai besoin de conclure un dossier rapidement.
Amalya ? ça sonne bizarre en entendant mon prénom sortir de sa bouche.
Moi : Très bien, je fais vite.
Noémie m'emmène dans une cabine et me propose une robe bleue bien trop classe à mon goût pour travailler mais je ne peux pas refuser, étant styliste en herbe, j'imagine qu'elle sait ce qu'elle fait. Je pars me changer. En sortant de la cabine, ses yeux s'agrandissent, un énorme sourire se dessine sur son visage et elle m'annonce :
Noémie : Parfait ! J'en étais sur que le bleu allait t'aller à merveille. Tu es super belle ! Et ses courbes, whaouhhhhh !
Moi : Merci c'est grâce à toi répondis-je en souriant. Merci beaucoup pour ton aide.
Noémie : Avec plaisir, tu peux revenir quand tu veux ! Laisse moi ta robe, je vais m'en occuper. Je sais comment parler à ce genre de tissu dit-elle en rigolant.
Moi : Oh ! C'est gentille. J'avoue que je l'aurais emmené au pressing de toute façon, un tel tissu délicat est compliqué à laver. Je n'ai pas de connaissance dans ce domaine.
Noémie : C'est mon métier ahah dit-elle avec une voie joviale. A bientôt Amalya !
Moi : A bientôt !
Je quitte la pièce aussitôt et me dirige vers l'ascenseur en essayant de me créer un chemin pour remonter au cinquième. Certaines personnes se retournent sur mon passage pour contempler cette magnifique robe. Je n'ai pas l'habitude d'être autant observé. Je trouve ça flatteur mais gênant à la fois. Je m'éloigne de la foule et une fois à la hauteur des ascenseurs, une personne me bouscule violement et je me rattrape tant bien que mal à la paroi de l'ascenseur pour éviter de tomber. En me retournant, je reconnais ce visage, c'est celui de Priscillia.