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Reine après le divorce
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Reine après le divorce

Auteur: Dehec
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Chapitre 1 .

Trois années de discipline. Trois années à me plier en quatre pour rentrer dans un moule qui n'avait jamais été taillé pour moi. Et au bout du compte, ce que je trouve sur la table, ce n'est pas un cadeau, ce n'est pas une fleur, ce n'est même pas un mot : ce sont des documents officiels, prêts à être signés.

Les feuilles étaient parfaitement alignées. Trop propres. Trop nettes. Comme lui.

Le nom de Samuel était déjà au bas de la dernière page. L'encre n'avait même pas eu le temps de sécher. Il les avait signés ce matin. Peut-être juste après être passé devant la petite carte ridicule que j'avais laissée sur son bureau, celle que j'avais fabriquée à la main comme une enfant qui croit encore aux miracles.

Je l'avais ensuite posée sur le plan de travail, bien en évidence. Elle y était toujours. Fermée. Intacte. Trois ans de mariage enfermés dans un bout de papier qu'il n'avait même pas pris la peine d'ouvrir.

Le café que j'avais préparé était froid. Je me suis demandé pourquoi ce détail me frappait autant. Peut-être parce que quand tout s'effondre, l'esprit s'accroche à n'importe quoi.

- Tu signes ici. Et là. Et tu mets tes initiales sur les passages marqués.

Sa voix était neutre. Sans colère. Sans tristesse. La même qu'il utilisait pour parler à ses clients.

Mes doigts tremblaient tellement que j'ai eu du mal à prendre le stylo.

- Aujourd'hui ? Vraiment aujourd'hui ?

Il a soupiré, comme si j'étais une contrainte de plus sur son emploi du temps.

- Plus on attend, plus c'est compliqué.

La lumière du matin entrait par la baie vitrée et se reflétait sur la bague à mon doigt. Un diamant trop gros, trop voyant, choisi par sa mère. « Ce n'est pas ton genre, mais c'est ce qu'on attend de toi », m'avait-elle expliqué un jour.

Rien de tout ça n'avait jamais été à moi.

- Dis-moi au moins une chose... Il y a quelqu'un d'autre ?

Il a remis correctement sa cravate - celle que je lui avais offerte - avant de répondre :

- Oui.

Un mot. Un seul. Et trois ans de ma vie ont perdu toute consistance.

- Depuis quand ?

Il n'a pas levé les yeux.

- Deux mois.

Deux mois. Deux mois de réunions tardives. Deux mois de silences. Deux mois sans baisers, sans regards, sans rien.

- Tu comptais me le dire un jour ? Ou juste attendre que tout soit prêt ?

- Je voulais éviter de te blesser.

J'ai ri. Un son sec, étranglé.

- Quelle délicatesse.

Ma main a heurté la tasse. Elle s'est écrasée par terre. Le café s'est répandu sur le sol que j'avais récuré la semaine précédente pour la venue de sa mère.

Il s'est précipité pour prendre de l'essuie-tout.

- Laisse, je vais nettoyer...

- Non. Ne fais pas semblant.

Je me suis accroupie pour ramasser les morceaux. C'est là qu'une photo a glissé d'entre les papiers et s'est retrouvée dans la flaque sombre.

Je n'ai même pas eu besoin de réfléchir.

Je connaissais ce visage. Ce sourire. Cette façon de pencher légèrement la tête.

- Roxane...

Le nom m'a brûlé la langue.

Il n'a rien dit. Il n'en avait pas besoin.

Tout s'est remis en place d'un coup : ma sœur qui m'aidait à choisir ma robe, ma sœur qui trinquait à notre bonheur, ma sœur qui appelait pour savoir si tout allait bien, si Samuel était content, si je faisais ce qu'il fallait.

La fille parfaite. Celle que mes parents avaient choisie.

- Elle n'est jamais vraiment partie, n'est-ce pas ?

Il a baissé la tête.

- Elle attendait. Elle jouait son rôle. Et moi, j'étais le décor.

- Ce n'est pas aussi simple...

- Si. Ça l'est.

Mes doigts se sont refermés sur un éclat de porcelaine.

- Avant moi. Combien de temps ?

- Quatre ans.

Quatre ans. Exactement les mêmes quatre années où elle m'avait poussée vers lui.

- Tout était calculé.

- Clara, tu exagères. Elle tient à toi.

J'ai senti quelque chose céder en moi.

- Comme quand elle a détruit mes relations ? Comme quand elle a expliqué à nos parents que je n'étais « pas assez stable » pour continuer mes études ?

Le sang coulait sur ma main sans que je m'en rende compte.

Il a voulu s'approcher. J'ai reculé.

- Ne me touche pas.

J'ai enroulé un torchon autour de ma paume.

- Elle est où ? En train d'attendre son tour ?

- Elle voulait venir, mais j'ai pensé que...

- Que ce serait plus propre ?

J'ai pris le stylo. Celui qu'il m'avait offert. Celui qu'elle avait choisi.

Et j'ai signé. Tout. Lentement. Calme. Sans trembler.

- J'ai fini de jouer.

J'ai pris mon sac. Les papiers. La photo.

- Fini d'être celle qui arrange tout. Celle qui comprend tout. Celle qui se tait.

- Où tu vas ?

- Là où vous ne pourrez plus me toucher.

Mon téléphone a vibré. Son nom est apparu à l'écran.

Je n'ai pas répondu.

Derrière moi, il parlait déjà de comptes, de maison, de partage.

- Garde tout.

Je me suis retournée une dernière fois.

- Je ne veux rien de ce qui vient de vous.

- Clara...

- Adieu.

Je suis sortie. J'ai laissé du sang sur la poignée.

Dans le rétroviseur, j'ai vu quelqu'un que je ne reconnaissais pas : maquillage coulé, robe tachée, cheveux défaits.

Je n'étais plus la femme qu'ils avaient fabriquée.

Et pour la première fois depuis longtemps, c'était exactement ce que je voulais.

Clara

La maison dormait. Pas le genre de silence paisible, non. Un silence trop propre, trop sage, comme une salle d'attente vide. Je suis entrée par l'arrière, en refermant sans bruit. L'odeur familière m'a frappée au visage : produits ménagers au citron mêlés à un parfum floral trop sucré. J'ai eu l'impression de pénétrer dans un décor, pas chez moi.

Dans la cuisine, seule la lumière blafarde du frigo découpait les ombres. J'ai monté les marches en évitant mécaniquement celle qui grinçait. Mon cœur battait si fort que j'avais l'impression que les murs pouvaient l'entendre.

Devant la porte de ma vieille chambre, j'ai hésité. Elle était restée comme avant. À peine entrouverte. Comme si personne n'avait jamais vraiment accepté que je parte.

À l'intérieur, rien n'avait bougé. Les murs trop clairs, les meubles trop blancs, les étagères alignées avec mes trophées... toujours les mêmes : deuxièmes places, troisièmes places. Chez Roxane, juste en face, les premières places brillaient comme des médailles de guerre.

Je me suis vue dans le miroir. Celui devant lequel j'avais appris à sourire pour les photos, celui où j'avais répété mon maquillage de mariée pendant qu'elle me regardait par-dessus mon épaule. Aujourd'hui, je ne ressemblais plus à rien : traces noires sous les yeux, cheveux en bataille, robe froissée. Ma mère aurait fait une syncope.

            
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