Des lustres en cristal dégoulinaient de lumière du plafond.
Des pyramides de champagne scintillaient comme de l'or liquide.
L'élite du Milieu se mêlait aux juges de la haute cour et aux politiciens, un mélange parfait de crime et de légalité.
Hugo m'a agrippé le coude, ses doigts agissant comme un étau, me guidant à travers la foule.
Estelle était déjà là, tenant sa cour près de la scène principale.
Elle était en blanc.
Bien sûr.
« Et voici l'artiste derrière la restauration de la chapelle », a tonné l'annonceur dans les haut-parleurs.
J'ai levé les yeux.
Mon travail.
Les fresques que j'avais passées six mois à restaurer minutieusement, redonnant vie aux pigments délavés.
Des images en haute définition de celles-ci défilaient sur l'écran géant derrière le podium.
« Veuillez accueillir, Estelle Dubois ! »
Un tonnerre d'applaudissements.
Je me suis figée.
Estelle a monté les escaliers, saluant avec une grâce étudiée.
« Merci », a-t-elle gloussé dans le micro, feignant l'humilité. « C'était un travail fait avec amour. »
J'ai senti le sang quitter mon visage jusqu'à ce que je sois glacée.
Elle n'avait pas touché un pinceau.
Elle ne connaissait pas la différence entre la tempera et l'huile, entre un glacis et un frottis.
J'ai regardé Hugo.
Il applaudissait.
« Tu lui as donné mon travail », ai-je dit.
Ma voix était basse, mais elle portait le poids d'un bâtiment qui s'effondre.
« Elle a besoin de la bonne presse, Kenza », a dit Hugo sans même baisser les yeux vers moi. « Tu n'es personne. Personne ne se soucie que tu aies restauré un plafond. Mais une Princesse de la Mafia qui fait du bénévolat ? Ça, c'est un titre. »
Quelque chose a cédé.
Ce n'était pas un bruit fort.
C'était le son du dernier fil me liant à la raison qui se rompait enfin.
J'ai fouillé dans ma pochette.
J'ai sorti le morceau de papier plié que je portais sur moi depuis le jour où il m'avait demandée en mariage.
L'acte de mariage.
Il m'avait dit que nous nous étions mariés en secret, une cérémonie privée avant la grande cérémonie publique.
Je suis montée sur scène.
Les applaudissements se sont tus, se transformant en murmures confus alors que je m'approchais du micro.
Estelle avait l'air agacée, son sourire parfait vacillant.
« Qu'est-ce que tu fais ? » a-t-elle sifflé.
Je l'ai ignorée.
J'ai brandi le papier.
« Ceci », ai-je dit dans le micro, ma voix résonnant dans la salle caverneuse, « est l'acte de mariage qu'Hugo Delmas m'a donné il y a deux ans. »
Des halètements ont parcouru la foule.
Hugo a commencé à se diriger vers la scène, son expression passant de la confusion à la panique.
« C'est un faux », ai-je dit, ma voix ferme. « Tout comme son honneur. »
J'ai déchiré le papier en deux.
Puis en quatre.
J'ai jeté les confettis de mensonges au visage d'Estelle.
« Je ne suis pas ta *Belle-sœur* », ai-je déclaré, regardant droit vers Hugo alors que le papier pleuvait. « Et je ne suis pas ta propriété. »
Le silence s'est fait dans la salle.
Les chefs des Cinq Familles regardaient.
Le visage d'Hugo a pris une teinte de rouge que je n'avais jamais vue.
Il s'est jeté sur la scène.
Il ne se souciait plus des caméras.
Il m'a attrapé le bras, ses doigts s'enfonçant sans pitié dans mon bleu existant.
« Pauvre conne », a-t-il grondé.
Il m'a traînée hors de la scène.
Il m'a fait traverser la cuisine, devant le personnel stupéfait.
Il m'a poussée par la sortie de service et m'a jetée dans sa voiture.
« À la maison », a-t-il aboyé au chauffeur.
Il a verrouillé les portes.
« Tu voulais un spectacle ? » a-t-il demandé en détachant sa ceinture alors que la voiture démarrait en trombe. « Je vais t'en donner un. Tu ne quitteras plus jamais le penthouse. Je vais clouer des planches aux fenêtres. Tu vas pourrir là-dedans jusqu'à ce que tu apprennes ta place. »
Je n'ai pas pleuré.
J'ai regardé par la fenêtre les lumières de la ville qui défilaient, se transformant en traînées d'or et de rouge.
J'ai vu une voiture noire nous suivre.
Gaël.
Il regardait.
Il attendait.
Les trois mois n'avaient pas encore commencé.
Mais le compte à rebours était lancé.