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Le Pacte Du Diable
img img Le Pacte Du Diable img Chapitre 4 Chapitre 4 L'arène du Don
4 Chapitres
Chapitre 6 Chapitre 6 Le Tapis Rouge du Diable img
Chapitre 7 Chapitre 7 La tentation de la fuite img
Chapitre 8 Chapitre 8 L'après-capture img
Chapitre 9 Chapitre 9 La réunion humiliante img
Chapitre 10 Chapitre 10 La façade de l'obéissance img
Chapitre 11 Chapitre 11 Le ruban noir img
Chapitre 12 Chapitre 12 L'écoute et la proximité img
Chapitre 13 Chapitre 13 Bienvenue en enfer img
Chapitre 14 Chapitre 14 Le baiser de la corde img
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Chapitre 4 Chapitre 4 L'arène du Don

Rose

Le sommeil fut une plaisanterie. Chaque fois que je fermais les yeux, je revoyais le visage glacé de Théo Santoro. L'aube filtrait à travers les rideaux de soie, révélant la cage dorée dans laquelle j'étais enfermée.

J'avais faim, mon estomac protestant contre ma grève de la faim, mais je n'y prêtai aucune attention. Mon seul objectif était l'affrontement qui s'annonçait.

Je me dirigeai vers le sac de la veille. La robe fournie était une simple mousseline de soie, noire, qui tombait jusqu'à mes genoux. En l'enfilant, je sentis le tissu glisser sur ma peau, un rappel de son contrôle. Je ne la portais pas par soumission, mais par stratégie. Je devais paraître calme, posée, avant de lui arracher la tête. J'attachai mes cheveux en une queue de cheval stricte, dégageant mon visage. Je voulais qu'il voie chaque nuance de mon défi. Une touche de mascara. Une tenue de combat.

Dans le miroir, je ne voyais plus la Rose « sans histoire ». Je voyais l'héritière involontaire d'une vieille dette, qui allait se battre pour sa mère et pour sa liberté.

Maria, toujours aussi silencieuse et spectrale, arriva à l'heure précise. Son regard ne trahissait rien, mais son silence m'en disait long : ici, Théo était la seule loi.

Elle me guida à travers les étages, montant un escalier en verre et métal qui donnait le vertige. Nous arrivâmes enfin devant une porte monumentale en bois sombre. Un garde l'ouvrit sans frapper.

J'entrai dans ce qui ne pouvait être que son bureau. La pièce était immense, tout un mur n'était qu'une immense baie vitrée donnant sur Palerme, qui s'étalait sous nos pieds. J'étais à des kilomètres au-dessus du monde que je connaissais. L'espace même était conçu pour écraser. Un unique bureau d'acajou, grand comme une voiture, dominait la pièce, derrière lequel trônait un fauteuil en cuir noir.

Théo était déjà là, assis. Il ne me regarda pas immédiatement. Il était penché sur un document, son expression concentrée, la mâchoire serrée. Il portait un costume sombre, impeccablement taillé, qui ne faisait qu'accentuer la puissance de ses épaules.

Le silence s'étira, lourd. Il me faisait attendre, debout, comme une écolière punie. C'était la première manœuvre de son jeu de pouvoir. Je refusai de rompre le contact visuel, fixant le sommet de sa tête jusqu'à ce qu'il lève enfin les yeux.

Ses pupilles sombres me balayèrent, de ma coiffure stricte à la pointe de mes pieds, et une lueur - amusée, analytique - passa sur ses traits. Je cherchai le moindre signe de la gifle, mais sa peau était parfaite. Seule une tension autour de sa bouche trahissait peut-être sa mémoire de l'incident.

- Assieds-toi, dit-il enfin, d'une voix calme, sans le moindre haussement de ton. C'était un ordre déguisé en politesse.

Je m'assis sur la chaise rembourrée, sans m'avachir.

- Merci. Maintenant, où est ma mère ?

Il sourit, un mouvement subtil et dangereux.

- Directe. J'apprécie. Mais l'on ne commence pas une négociation par des questions, Bambina. On commence par des conditions.

Le mot me fit grincer des dents. Bambina. Une ironie mordante, un rappel de mon statut d'enfant ou de poupée.

- Il n'y a pas de négociation. Elle a volé de l'argent. Je suis prête à travailler pour rembourser. Mais vous ne m'avez pas capturée pour de l'argent. Vous m'avez capturée parce que vous voulez me punir pour votre orgueil blessé.

[...]

Il prit le téléphone sur son bureau.

- Maria va te raccompagner. Dis-lui que tu as faim. » Il me lança un regard perçant. « Je n'aime pas que mes propriétés s'affaiblissent.

Je me levai, ma robe de soie froissée, mais mon âme intacte. Je ne pouvais rien faire d'autre que de serrer les dents et de sortir.

- Je ne suis pas votre propriété, » murmurai-je avant de franchir le seuil.

Il se contenta de me fixer, un mince sourire de victoire aux lèvres.

- On verra, Bambina. On verra.

[...]

Je sortis du bureau, la tête haute, mais les jambes tremblantes. J'avais tenu bon. Je lui avais tenu tête. Et, paradoxalement, je n'étais pas morte. Mon cœur battait la chamade, tambourinant une mélodie de panique et d'orgueil blessé.

Maria m'attendait dans le couloir, son visage impassible. Je la suivis machinalement, mais mon esprit était resté dans cette immense pièce de verre. J'essayais d'analyser chaque mot, chaque micro-expression de Théo. Il n'avait pas crié. Il n'avait pas menacé physiquement. Il avait usé d'une force plus subtile, plus insidieuse : le contrôle absolu. Il avait transformé ma gifle en un jeu, dont il était le seul maître.

Il m'avait appelée Bambina. Ce mot italien, si doux et si dégradant à la fois, résonnait dans ma tête. Il me réduisait à une poupée, à une enfant. Mais une chose était claire : il ne m'avait pas relâchée. Il m'avait gardée. Et le fait qu'il n'ait même pas mentionné l'argent me confirmait que j'étais l'enjeu, pas la caution.

De retour dans ma chambre, j'eus à peine la force d'atteindre le lit. Je m'écroulai, respirant difficilement. Je passai mes mains sur mon visage, comme pour effacer le parfum de Théo, le souvenir de sa proximité dans le bureau. Sa main... Sa main si près de mon cou, si légère, mais si lourde de menace. C'était la première fois qu'il m'avait approchée ainsi, et mon corps, traître, avait réagi. Mon cœur avait battu plus fort. Mon souffle s'était coupé. Non par désir, mais par la reconnaissance primitive du prédateur.

Je me redressai brusquement. J'étais en train de me laisser submerger, et c'était exactement ce qu'il voulait.

Je me dirigeai vers le plateau de la veille. La nourriture était partie, mais il restait une carafe d'eau fraîche. Je bus avidement. Il m'avait rappelé ma faim, mon besoin. J'avais peut-être gagné la bataille de la dignité, mais la bataille de la survie était une autre affaire. Je devais être lucide.

Je passai les heures suivantes à inspecter chaque recoin de ma "cage". J'essayais de soulever la lourde table de chevet pour voir si elle cachait quelque chose, je tapotais les murs. Les fenêtres étaient bel et bien scellées. L'air conditionné était silencieux. J'étais dans un bunker de luxe.

Vers la fin de l'après-midi, Maria revint, cette fois accompagnée d'une femme chargée de l'entretien, pour ranger la chambre et m'apporter une nouvelle robe pour le soir - preuve que je n'étais pas destinée à rester cloîtrée.

- Il y a des règles, » me dit Maria pour la première fois, d'une voix neutre. « Vous pouvez vous promener dans les jardins de l'aile Est. Pas plus loin. Si vous voyez un garde, vous ne l'approchez pas. Votre téléphone.

Elle me tendit un smartphone basique.

- Il a un seul numéro enregistré. Le sien. Vous ne l'utiliserez qu'en cas d'urgence absolue, ou s'il vous appelle.

Un seul numéro. Le Don contrôlait même mes communications. Je pris le téléphone sans un mot.

- Et votre mère ? » demandai-je, incapable de retenir la question.

- Elle travaille. Elle est en sécurité, » répondit Maria, tournant les talons. C'était tout ce que j'obtiendrais.

Je regardai le téléphone dans ma main. Un lien direct avec mon ravisseur. Mon cœur d'ennemie et ma raison de prisonnière se battaient.

Il m'avait donné l'illusion de la liberté (les jardins), le luxe (la robe), et le contact (le téléphone). Mais chaque cadeau était une chaîne. J'étais officiellement la propriété sous surveillance de Théo Santoro.

Mais s'il pensait que sa Bambina allait jouer docilement le rôle de la poupée... Il allait être très déçu.

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