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Juste 5ans , pour t'oublier
img img Juste 5ans , pour t'oublier img Chapitre 5 En coulisses
5 Chapitres
Chapitre 9 Tu te(e) marie img
Chapitre 10 Tu te marie img
Chapitre 11 Plus jamais img
Chapitre 12 Dans les profondeurs img
Chapitre 13 Tueur ou sauveur img
Chapitre 14 Pacte silencieux img
Chapitre 15 Le grand jour img
Chapitre 16 Un pas avant l'autre img
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Chapitre 5 En coulisses

Adeola.

Après avoir vidé le réservoir et fait au moins un tour de la moitié de cette immense ville, je me gare devant l'immeuble de mon amie. Je prends mon sac, cherchant mon téléphone qui est resté sur mon lit. Je n'en ai pas vraiment besoin. Je frappe deux fois à la porte et elle l'ouvre avant la troisième.

Habillée légèrement, d'une camisole et d'une mini-jupe, elle doit être en train de cuisiner, vu l'odeur qui se dégage jusqu'au palier.

- J'ai faim, dis-je en essayant de sourire.

Elle n'a pas besoin de me demander ce qui se passe pour en connaître les raisons. Elle m'ouvre les bras pour un énorme câlin que j'accepte volontiers.

- C'est mon spécial jollof, dit-elle en resserrant l'étreinte. J'espère que tu n'as rien contre Masterchef.

Je ris à ce petit surnom qu'on m'a donné à l'université après que certains camarades ont goûté à ma cuisine.

- Non, pas du tout, répondis-je en secouant la tête comme une enfant.

Elle rit légèrement avant de m'entraîner à l'intérieur, refermant la porte derrière nous. Elle me conduit à la cuisine où nous surveillons toutes les deux la cuisson du riz en regardant une série sénégalaise, Karma .

Au début, nous espérons apprendre quelques mots en Wolof, mais après à peine le premier épisode, nous abandonnons pour la traduction. L'intrigue devient plus intéressante.

Après avoir mangé à notre faim, incapables de faire la vaisselle, nous nous étendons sur le carrelage, son ordinateur devant nous, avec le dernier épisode palpitant de la série en cours. Elle pose sa tête sur mes fesses et je la laisse faire.

Être avec quelqu'un qui t'apprécie vraiment est réconfortant.

- Tu rentres chez toi ce soir ? demande-t-elle, s'attendant à ma réponse habituelle.

Pour mille raisons, je devais rentrer, mais pour mille autres, je n'en ai pas envie.

Personne ne se soucie de moi dans cette maison, même les domestiques m'ignorent. Alors, pourquoi jouer les filles sages ?

- Tu as un pantalon que je pourrais emprunter pour demain ?

- Hein ?

Elle se redresse brusquement, me fixant pour vérifier si j'ai fait une erreur. J'aimerais bien, mais ce soir, j'ai une petite envie de rébellion.

- Je te demande si tu as un pantalon que je pourrais emprunter ? répète-je.

- Je dois en avoir un, répond-elle, hésitante.

- Alors je reste. Je réchaufferai ton lit et te servirai de chauffeur demain.

Elle sourit, une lueur de malice dans les yeux.

- Si tu tiens tant à réchauffer des lits, je crois qu'il est temps que tu trouves un mec. À moins que tu ne fasses appel à mon talent pour en trouver.

Je la regarde blasée.

- Moi, je veux juste réchauffer le tien, dis-je en m'asseyant.

Elle grimace comme si elle allait s'évanouir et laisse sa tête tomber sur mon dos.

- J'abandonne. Au moins, j'aurai une baby-sitter gratuite et disponible en tout temps quand j'aurai des enfants.

- Je croyais que tu ne voulais plus d'enfants ? dis-je, étonnée.

Il y a à peine un mois, elle jurait ne plus vouloir d'enfants, de peur des vergetures et de perdre ses dents pour des enfants qui porteraient le nom d'un autre. Et avec une envie de vomir lorsqu'elle se rappelle de tous les projets qu'elle a pu avoir avec son ex à ce sujet.

- Merci du rappel, murmure-t-elle. C'est l'ovulation.

Nous éclatons de rire en même temps que son alarme pour ses médicaments se met à sonner. Elle se lève, tandis que je me concentre sur la série que j'ai laissée en pause.

Le rire s'évanouit alors qu'elle se dirige vers la table de chevet, attrape une petite boîte et en sort deux pilules qu'elle avale rapidement avec un verre d'eau. Je l'observe sans un mot, me demandant si un jour elle me parlera de ces médicaments qu'elle prend chaque soir sans faute.

Elle revient s'étendre à côté de moi, me souriant comme si de rien n'était. Peut-être que je devrais lui poser la question, mais ce n'est ni le moment ni l'endroit. Ici, entre ces murs, tout semble plus simple, plus léger. Ce refuge qu'elle m'offre, même pour une nuit, me permet de m'évader, de fuir cette maison où je n'ai jamais été la bienvenue.

- Dis-moi, si tu pouvais partir quelque part, n'importe où dans le monde, où irais-tu ? me demande-t-elle, brisant ma concentration sur l'intrigue.

Je réfléchis un instant. Cette question me prend au dépourvu, car je n'ai jamais vraiment envisagé de m'échapper pour de bon. Tout ce que je connais se trouve ici, dans cette ville. Mais l'idée de fuir... C'est tentant.

- Je ne sais pas, dis-je finalement. Peut-être un endroit tranquille, loin de tout ce que je connais. Un endroit où personne ne me connaît non plus.

Elle acquiesce doucement, le regard pensif.

- Moi, j'irais à Zanzibar. Ça a l'air magnifique là-bas. Imagine, des plages blanches, des couchers de soleil à couper le souffle...

Je souris. Ife a toujours eu ce don de rendre la vie un peu plus belle avec ses rêves d'évasion.

- On pourrait partir ensemble, dit-elle avec enthousiasme. Rien que toi et moi, loin des responsabilités et des gens qui nous prennent pour acquises.

Je hoche la tête. Même si je sais que c'est une simple fantaisie, l'idée est réconfortante.

Pour la première fois, je suis arrivée en retard au boulot parce que nous avons passé notre temps à rire dès le matin. Ifé avait toujours quelque chose à dire pour nous faire rire, commentant les disputes de couple dans l'appartement voisin .

Un vrai rayon de soleil. Même au travail, nous continuons à en parler.

-. Je te jure que si on dort ensemble pendant un mois, on sera virées, murmurai-je à son oreille.

Elle rit légèrement.

-. Il ne nous restera plus qu'à vendre à l'étage, je t'imagine...

Elle recommence à rire.

Au cours de la semaine, je n'ai dormi qu'une seule fois à la maison. Je me demande pourquoi je rentrais avant. J'ai récupéré ma voiture et pris quelques tenues pour le travail. Personne ne semble avoir remarqué mon déménagement, ou peut-être que cela contribue au bonheur de ma belle-mère. Aussi loin que je sois, elle sera heureuse.

Occupée devant la machine à café détraquée de notre département, je soupire. Je viens de passer une nuit blanche avec Ifé, entre les épisodes intrigants de Criminal Minds.

Cette série et Ifé forment une entité.

Je monte les escaliers, en espérant trouver une machine en meilleur état. En me dirigeant vers la cuisine des gestionnaires, je découvre avec bonheur qu'elle est opérationnelle. J'y ajoute un peu de lait pour plus de douceur.

Je savoure ce moment lorsqu'une main se pose sur mes yeux. Je sursaute, lâchant ma tasse qui se brise sur le carrelage, éclaboussant le sol.

-. Doucement ! s'exclame le responsable derrière moi.

Je me retourne, furieuse, vers Kaleb, un gestionnaire qui a tendance à être trop collant.

-. Kaleb ! Je déteste les surprises.

- Désolé, dit-il d'une voix piteuse. Mon pantalon y est aussi passé, alors autant ne pas trop m'en vouloir.

Il me montre une partie de son pantalon mouillé, tandis que mes jambes dégoulinent. Heureusement, je porte une jupe .

-Et moi, j'ai les jambes trempées et le sol...

Il sourit et se baisse pour ramasser les morceaux de la tasse. Parfois collant, il sait aussi se faire pardonner. Je vais chercher une serpillière dans le placard. Les cuisines de chaque étage sont disposées de la même manière : un frigo, un micro-ondes, une cafetière, et parfois un mixeur. Il n'y manque qu'un four. Je finis de nettoyer en silence, malgré ses nombreuses questions. Je me lave les mains au robinet, son reflet dans le miroir montrant qu'il me fixe. Je soupire.

-Adeola, s'il te plaît...

-Kaleb, c'est bon, tu es pardonné.

Il sourit légèrement. Pourquoi toute une cérémonie pour une tasse cassée ?

-. Alors, ça te dit un resto ce soir ? propose-t-il.

Je penche la tête pour vérifier s'il est sérieux, et son sourire confirme qu'il l'est.

...en tête à tête ? ajoute-t-il.

-Non, répondis-je en me préparant à quitter la pièce commençant à me sentir mal à l'aise dans cet espace avec lui

-. Aller, Adé, insiste-t-il en me barrant la route. Juste un rendez-vous ? Si je ne te correspondais pas, je lâcherai l'affaire.

Mon malaise grandit de plus en plus au fond de moi . Je me hâte et le bouscule un peu au passage, assez vite pour qu'il ne me rattrape pas

Je lui fais un signe de main et me dirige vers l'ascenseur, qui s'ouvre sur mon père. Par réflexe, je tente de partir, mais il m'interpelle.

- Monte, m'ordonne-t-il calmement.

Je n'ai d'autre choix que d'obéir. Je monte et les portes se referment. À l'intérieur, un vieux monsieur que je n'avais pas remarqué me sourit gentiment.

-Bonjour monsieur, dis-je en guise de salutations.

-Tu le connais ? me demande mon père.

Je secoue brièvement la tête, me rappelant que je dois utiliser ma voix.

- Non, répondis-je.

- Si tu avais dormi à la maison ces derniers jours, tu l'aurais rencontré, dit-il avec sarcasme pour masquer sa colère. Où dors-tu ?

-Chez Ifé, répondis-je en baissant la tête.

-Dans ce quartier malfamé ? débite-t-il.

J'ai envie de lui dire que ce quartier est bien plus chaleureux que sa maison morbide, mais je me retiens plus par peur que par politesse.

- Ousmane, rigole le vieux monsieur d'une soixantaine d'années. Laisse-la, elle passe sa crise d'adolescence, ça lui passera. Alors, jolie demoiselle, tu dois être Bola, n'est-ce pas ?

Mon père soupire face aux paroles de l'autre monsieur. Ils doivent être bons amis, vu qu'il l'écoute . Je le remercie intérieurement avant de lui sourire.

- Oui, monsieur, je m'appelle Adeola Bolaye Olami.

- Moi, c'est Amané Longuti. Tu peux m'appeler tonton.

Je lui souris et serre poliment la main qu'il me tend.

- Ravie de faire votre connaissance, tonton, réponds-je en vérifiant l'étage où nous sommes arrivés. Je dois vous laisser. À plus tard, tonton. À plus tard, papa.

Je m'éclipse rapidement pour éviter les remarques désobligeantes de mon père et retourne à mon poste.

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