- Peut-être que tu la couves un peu trop, me taquine-t-il. Laisse-la dormir un peu à la belle étoile.
- Toi, tu voudrais que ton fils dorme à la belle étoile ? lui demandai-je.
- Il m'arrive parfois d'avoir envie de le foutre dehors, peste-t-il.
- Tellement il fait bien son travail.
Il me lance un regard mauvais avant de sortir de l'ascenseur, et je lui rends un sourire. Je le raccompagne jusqu'à la sortie et retourne à mon bureau, où la paperasse s'accumule depuis une semaine. Bientôt, ce contrat sera conclu, et nous passerons à la vitesse supérieure.
Nous n'aurons qu'à nous en réjouir.
Adeola OLAMI.
Assise dans le bureau de mon père, un espace où je n'avais pénétré que de rares fois ; trois pour être exacte ; je me sens étrangère.
La première fois, c'était avec maman, et ce souvenir reste gravé dans ma mémoire comme un songe lointain. La deuxième fois, c'était lorsqu'il avait exigé que je commence à travailler. Et la troisième, c'est aujourd'hui.
Mon pied ne cesse de bouger, trahissant mon agitation. Cette semaine, j'ai pris soin d'entrer trois fois à la maison pour le saluer chaque matin avant de partir, tout ça pour éviter la maîtresse de maison.
L'angoisse me ronge, et je gratte nerveusement un bout de la table avec mes ongles. Je n'en peux plus de cette attente interminable.
Enfin, après ce qui semble être une éternité, la porte s'ouvre. Il entre, prend place dans son fauteuil face à moi, et me dévisage en silence. Je finis par murmurer un bonjour auquel il répond par un simple « Comment te portes-tu ? ». Puis, le silence retombe. Cette fois, c'est lui qui le brise.
- Quel âge as-tu, actuellement ? me demande-t-il.
Cela ne me surprendrait pas qu'il ne le sache pas vraiment, mais je doute qu'il l'ignore complètement.
- J'aurai 24 ans en octobre.
- Et depuis combien de temps travailles-tu dans l'entreprise ?
- Depuis quatre ans.
Depuis que j'ai un peu progressé à l'université qu'il a choisie pour moi, pensai-je.
- Et comment te sens-tu au sein de l'équipe marketing ?
- Bien, répondis-je, avant de comprendre qu'il attendait plus. C'est parfois stressant, mais la plupart du temps, on s'en sort très bien.
- Tu aimerais continuer à y travailler ?
- Oui...
- C'est bien. Tu es au courant de la fusion, n'est-ce pas ?
- Oui, madame Zozo m'en a parlé.
- Très bien. J'aimerais t'envoyer en Afrique du Sud. Tu devrais te familiariser avec le vrai monde des affaires. Il est temps que tu fasses tes preuves.
- D'accord, répondis-je.
Je savais que je n'avais pas mon mot à dire, alors autant ne pas essayer. Je devrais juste apprendre ce qu'il veut que j'apprenne, faire ce qu'il veut que je fasse. Même si l'idée de quitter Ife me brise le cœur.
Je m'apprêtais à parler quand la porte s'ouvrit brusquement, me faisant sursauter. Ma belle-mère entra, un sourire brillant ornant ses lèvres, aussi éclatant que les pierres incrustées sur sa robe. Elle s'approcha de mon père et posa sa main sur son épaule.
- Je ne vous ai pas interrompus, j'espère ? demanda-t-elle à mon père.
- Non, on avait presque fini. Bola, tu voulais dire quelque chose ?
Je secouai la tête vivement sous leurs regards inquisiteurs.
- Je peux y retourner. Madame Zozo m'a laissé une pile de travail.
- D'accord, tu peux y aller... Je veux te voir à la maison tous les jours, me rappela-t-il, car ce matin, je n'avais pas dormi chez moi.
Je me hâtais de sortir, sachant que ma belle-mère détestait ma présence dans la même pièce qu'elle.
Je voulais prendre l'ascenseur, mais il était déjà en train de descendre.
Je prends donc les escaliers.
C'est plus long, mais c'est mieux ainsi.