Ils s'approchent. L'un salue son père tandis que l'autre vient vers moi. Il se courbe pour une salutation traditionnelle, et je lui rends la pareille. Le second imite son frère avec une certaine application. Ils sont bien élevés.
Le premier, Ryan Xola, est l'héritier ; le second, Lyan Ndyebo. J'envie presque mon confrère d'avoir une relève aussi impressionnante. Sans bavardages inutiles, nous nous mettons au travail.
À la fin de la journée, les dernières modifications sont apportées. Il ne me manque plus que la signature finale. Nous aurions pu le faire discrètement aujourd'hui, mais c'est un grand événement, et il mérite une fête qui aura lieu dans une semaine si tout se passe bien.
Le lendemain, je suis assis face à mes investisseurs. Beaucoup d'entre eux se demandent pourquoi la fusion m'a été accordée, et certains commencent à se résilier.
Leur inquiétude porte sur la longévité de cette fusion. Combien de temps durera-t-elle ? Un an, cinq ans ? Leur crainte est fondée. Une telle fusion nécessite une confirmation solide. Les raisons principales d'Amané me sont encore floues, mais chacun y a quelque chose à gagner.
Je parviens à les calmer, leur demandant du temps pour prouver la sincérité des LONGUTI.
Dans mon bureau, Amané attendait avec une inquiétude palpable.
- Il y a un problème, m'informa-t-il d'une voix grave.
- J'en ai un aussi, lui répondis-je, la frustration se lisant sur mon visage.
Il se passa la main sur le front, accablé. Nous étions deux hommes d'affaires expérimentés, confrontés à une même angoisse : le doute croissant de nos investisseurs. Ils exigeaient des garanties que notre amitié de longue date, malgré sa solidité, ne suffisait plus à rassurer.
Nous nous tenions debout devant la baie vitrée de mon bureau, scrutant la ville en contrebas, épuisés par la recherche de solutions. Nous étions à court d'idées, le poids de l'incertitude nous écrasant.
Un coup retentit sur la porte. Je donnai l'autorisation d'entrer, et Bola se glissa dans la pièce. Elle avait été malade toute la semaine, un rhume persistant, m'avait-elle dit.
Je lui avais demandé de venir me voir dès qu'elle se sentirait mieux pour discuter des récentes modifications, car elle devait me remplacer à Johannesburg. L'idée semblait lui plaire, malgré son état.
- Bonjour papa, bonjour tonton, nous salua-t-elle poliment.
- Comment vas-tu, ma petite Bola ? J'ai entendu dire que tu étais malade, s'enquiert Amané, un éclat d'affection dans ses yeux.
Elle hoche la tête, encore fatiguée, avant de répondre :
- Oui, mais je vais mieux maintenant, dit-elle à Amané, qui lui témoigne une bienveillance particulière.
- Tu es sûre ? Je sais que ton père tient à ce que tu travailles, mais il est important de te reposer aussi, insiste-t-il.
- Non, je vais bien, rester à la maison toute la journée était épuisant, rétorque-t-elle.
- Brave fille, ajoute-t-il avec un sourire chaleureux. Et n'oublie pas de bien manger pour reprendre des forces, d'accord ?
- Oui, tonton, répond-elle en se tournant vers moi.
Je lui tends le contrat ainsi que quelques documents supplémentaires.
- Étudie ça, je t'expliquerai tout ce soir à la maison, lui dis-je.
Elle acquiesce et se retire, nous laissant seuls avec nos préoccupations.
-C'est une brave fille, soupire mon ami. Si ma propre fille pouvait être aussi douce ne serait-ce que deux jours, je serais un père comblé.
- Tes enfants te compliquent la vie, remarque-je avec une pointe d'ironie.
-Ferme-la, Ousmane. Quand Bola sera en Afrique du Sud, je compte tellement la choyer qu'elle en oubliera même son pays.
-Laisse ma fille tranquille, rétorquai-je.
- Jamais ! Si j'avais un fils à marier, je te jure que ta Bola porterait déjà mon nom...
- Stop ! lui criai-je. Tu viens de dire quoi ?
- Quoi ? Que j'allais marier ta fille ? répond-il, réalisant ce qu'il vient de dire.
Nos visages s'illuminent simultanément. Pourquoi n'avions-nous pas pensé à cela plus tôt ? Unir nos familles et nos entreprises, voilà une idée qui prend tout son sens.
- Tu as un fils à marier ? demandai-je immédiatement.
- Oui, répond-il avec son sourire malicieux mais l'hésitation se lisant sur son visage. Mais ce n'est pas le plus facile à convaincre.
Je souris, voyant en lui la solution à notre problème. Avoir ce fils comme beau-fils ne me déplaît pas du tout.
- Bola aura 24 ans cette année, elle est à l'âge idéal pour se marier.
- Ryan est déjà plus vieux, il a trente ans, mais il prendra soin d'elle. J'y veillerai personnellement, assure-t-il.
- Alors, nous voilà décidés, dis-je avec conviction en me dirigeant vers la bouteille sur la table basse.
Amané fait de même et nous nous servons un verre.
-À la nouvelle génération, Longuti -Olami , la fusion de l'Ouest et du Sud de l'Afrique.
Nous trinquons à cette annonce prometteuse.
- Je vais imprimer les faire-part ce soir, s'impatiente-t-il. Et la liste de la dot, je viendrai la récupérer demain.
Je trempe mes lèvres dans mon verre, l'idée m'enchante également.
- Tu sembles oublier l'essentiel, Amané, lui rappela-je pour calmer son enthousiasme.
Ses sourcils se haussent alors qu'il cherche à comprendre si je suis sérieux, avant de faire redescendre ses épaules.
- Sérieusement, Ousmane, mon instinct me dit qu'ils sont faits l'un pour l'autre.
- Toujours ton instinct, dit-il en posant son verre. Je n'enverrai pas ma fille n'importe où sans être absolument certain. C'est un mariage, pas un contrat.
- Allons-y, dit-il en me suivant.
Le trajet jusqu'à la demeure à l'extrémité de Lagos dure une heure, sans embouteillage. À peine arrivés, nous sommes accueillis par son assistante.
- Il est fiable ? me demande-t-il.
- Oui, pour moi, il l'est. Tu devras vérifier avec le tien avant d'établir une liste de dot, ajouta-je.
- Tu crois vraiment que la date de naissance de ta fille serait gravée sur le lit de mon fils ? rétorque-t-il.
Je hausse les épaules, nous retirons nos chaussures et entrons dans la salle de consultation où m'attend mon cousin, gardien des rites familiaux. Il nous accueille et fait des prières pour guider nos intentions et assurer leur succès.
Après avoir terminé, je lui expose notre inquiétude. Il nous écoute attentivement avant de consulter les signes devant nous.
Les cauris lancés, il nous sourit.
- Un roi pour sa couronne, annonce-t-il en anglais pour faciliter la tâche à mon ami. Vous pouvez disposer en paix.
- Que veut dire cela ? demandai-je, l'air perplexe.
- Il dit que tout est en ordre, me rassure Amané, déjà joyeux. Je veux la liste de la dot demain.
Je maugrée en songeant à son impatience.
- Es-tu sûr ? répétait-je à mon aîné.
- Ousmane, m'interpelle-t-il. Fils de Bakara Olami, ta fille se mariera. Va en paix.
Amané rit de mon air inquiet, mais il est juste. Il sort plusieurs billets de sa poche qu'il place dans le plateau d'offrandes.
- Je suis le père du futur mari, les festivités peuvent commencer.
Mon cousin le remercie et nous fait quelques prières supplémentaires avant notre départ.
Nous quittons sa demeure, Amané reçoit les résultats de la consultation par le biais de son frère : la compatibilité est confirmée.
La joie initiale laisse place à une inquiétude croissante : comment annoncer cette nouvelle à nos enfants respectifs ? Leur dire qu'ils vont se marier alors qu'ils ne se sont jamais rencontrés semble une tâche ardue. J'appréhende particulièrement la réaction de ma propre fille.
- Si nous leur annonçons ensemble, propose-je.
Amané, assis dans mon fauteuil, me lance un regard sceptique.
- Ils vont nous détester, me signale-t-il. Eux et leur nouvelle façon de penser.
- Nous devons être fermes, rétorquai-je.
Nous restons là, assis, à envisager toutes les réactions possibles. Être parents et hommes d'affaires n'est pas une mince affaire.