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Juste une nuitée
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Chapitre 5 La confiance

non, non ne pleure pas je ne le supporterai pas, s'il te plaît. Arrêtons ce jeu débile même et mange, bientôt on va continuer notre bouquin.

- non je pense que ça me fera du bien. Je n'ai jamais parlé de ça à qui que ce soit, même pas à Boury, car je ne veux pas qu'on me plaint. Je me suis toujours battu dans la vie, mais elle n'a pas été rose pour moi. Tout le monde pense que mon père est mort, même moi c'est ce qu'on m'a dit jusqu'à ce qu'on m'informe de l'identité de mon père qui était vivant. Ma naissance a disloqué ma famille, a détruit ma famille. Ma venue au monde n'était pas souhaitée. Je vivais avec ma grand mère, ma génitrice m'a abandonnée à l'âge de 3 mois disant qu'elle ne pouvait pas me garder. Je suis née hors mariage, mon père est mon grand-père, le père de ma mère.

- soubhnallah. Je suis désolé.

- ne le sois pas. Il est mort maintenant que la terre lui soit légère et qu'Allah puisse le pardonner de ses péchés.

- amiine. Ton amie n'est pas au courant tu dis?

- oui, parce qu'on s'est connues à l'université et je le voulais ainsi. Je t'en parle pas par volonté, c'est venu comme ça, tout seul, et comme une radio qui ne peut plus s'éteindre je suis là à te raconter une histoire qui ne te concerne point.

- si cela peut te libérer, t'alléger du fardeau que tu portes, mes oreilles sont là pour écouter. Certes on ne se connait pas, mais le fait que tu m'en parles et que je sois le premier et le seul avec qui tu l'aies dit, confirme encore cet émoi que j'ai ressenti depuis que j'ai posé mes yeux sur toi. Le hasard n'existe pas, il se pourrait que c'est comme ça qu'on va nouer notre relation et qu'importe la forme qu'elle va prendre. Sache que je me contenterai de t'écouter pour ton bien.

- Merci. Il se pourrait aussi que la thèse ou la théorie selon laquelle Mariama Ba disait que la confidence noie la douleur soit vraie.

- le fait qu'on se connait pas renforce aussi ta confiance. Les gens maintenant se confessent plus à l'aise sur les réseaux sociaux parce en anonymat seulement parce qu'on ne les connait pas. Ces internautes bien que réels sont virtuels, et ceci leur donne une impression qu'il" n'existent pas" donc, leur récit devient plus fluide. Considère moi comme un ami virtuel.

- tu es un bon analyste !

- c'est un compliment ?

- non une diatribe !

Ils arborent ensemble un rire apaisant, mais contagieux.

- aller , vas-y, vide ton sac, vide le grenier qui ne comporte que des sacs caduc. Balaie ton cerveau, efface ta conscience de tout ce qui le rend malheureux et qui t'empêche de progresser.

- est-ce la meilleure solution ? Devrons nous tout effacer de mauvais pour en laisser que les bons?

- le débat est ouvert!

- on se délecte du bonheur, on sait le poids du bonheur, on hume le parfum du bonheur tout simplement parce qu'à côté il y'a le malheur. Sans le malheur connaitrions-nous les lueurs du bonheur ? Pour vraiment connaître la valeur d'une chose, compare la d'abord à son contraire, tu verras de quel poids elle pèse !

- de nous deux qui est l'analyste ?

Ils en poufférent de rire ! Le regard d'Eva s'arrêta au sien, Manlang, lui, la regarda dans le blanc des yeux accompagné d'un" vas-y je t'écoute, continue" pour l'inciter à continuer son récit. Un petit brin de doute assailli son esprit en lui imposant de se poser la question du pourquoi cet homme voulait en insistant en plus pour qu'elle continue une si histoire ténébreuse ? Voulait-il seulement l'aider comme il a dit tantôt ou serait-il seulement curieux ? Et d'un brin de compréhension, Eva chassa cette idée aussitôt qu'elle était venue et décida de continuer son fameux récit.

- Je l'ai appris à mes dépens, j'ai appris que je n'étais pas ce que je pensais être, lorsque je me disputais avec la fille d'une tante, la sœur de ma mère. Je l'avais battu jusqu'à lui faire mordre la poussière en s'asseyant sur son ventre et toujours en train de la gifler, de la griffer avec mes ongles. Elle s'en était sortie avec des balafres vilaines et c'est ce même jour que ma tante m'a lancé la bombe. Paraît-il, la famille avait fait un pacte sur ce secret, personne n'avait le droit de le révéler et tout le monde était d'accord car c'était l'honneur de la famille qui était en jeu. De ce fait, ils s'étaient mis d'accord que mon père était décédé avant même que je naisse. Paraît-il encore, ils ont même organisé des obsèques de mon soi-disant père pour que les voisins et autres n'y voient que du feu. C'était un secret de polichinelle familiale. C'est immonde cette histoire, mais ça ne m'a pas empêché de me battre et d'avoir mon baccalauréat cette même année. Il fallait que je parte à l'université loin de cette famille. Ma mère, elle ne revient à la maison familiale que chaque Tabaski. Elle vit en Allemagne avec son mari camerounais. On se connait pas vraiment, à chaque fois qu'on se rencontre, elle me balaye du regard, elle ne s'assoie pas avec moi, elle préfère commissionner mes cousines qu'à moi, elle leur couvre de cadeau sous mes yeux et ceux de ma grand-mère qui n'a cessé de lui faire entendre raison. Elle m'a toujours poussé à aller la saluer, lui demander si elle n'avait besoin de rien, mais à chaque fois, ma génitrice me lançait un regard incendiaire jusqu'à ce que je frissonne et pars me cacher en versant de chaudes larmes. Elle ne m'aime pas et moi non plus.

- tu vis toujours avec ta grand-mère ?

- Non . Elle est décédée.

- vous habitiez dans une maison familiale ? Ta grand-mère et toi ?

- oui, celle qu'elle a habité toujours, j'aurais voulu l'y extirpé mais les vieux n'aiment pas qu'on les d'éloge de là où ils ont subi tant de supplices, péri, souri, vu naître et grandir des êtres. Ils veulent toujours rester là où tout a commencé, et on leur comprend. Nous vivions elle et moi dans un appartement.

- et ses autres enfants ?

- d'après les disputes que j'ai assisté dans cette famille, on accuse grand mère d'être complice à son époux. Ses enfants disent qu'elle le savait depuis le début et c'est d'ailleurs même le pourquoi ma génitrice ne lui parle jamais. Mais, elle m'a juré qu'elle ne savait pas, donc, je l'ai cru.

- et habiter cette demeure où tout a commencé sachant que beaucoup de chose y est passé ne te fait rien, cela ne te fait-il pas penser des fois.....

- si, bien sûr. La coupa-t-elle. Ça me fait penser que je suis une bâtarde, que mon grand-père est mon père et qu'il abusait de ma mère dans cette demeure. Ça me fait penser que je ne serai jamais épargné des regards des membres de ma famille. Certains auront le malheur de m'approcher, d'autrs s'indigneront de cette poisse que je porte, d'autres encore me trouveront sale, répugnante, incestueuse. Mais, qu'ai-je fait ?

- rien. Tu n'as rien fait ma belle, absolument rien.

- tu me regardes de la même façon Manlang !

- non loin de là !

- tu as pitié de moi, comment tu me vois maintenant ? Dis-moi est ce vraiment la même manière que tout à l'heure lorsque je descendais du véhicule ?

- rien à changer ma belle. Jamais je ne poserai ce regard sur toi. J'aime et j'adore écouter ton histoire parce que tu m'as dit être la seule à qui tu l'aies racontée. Je me vois juste comme un privilégié et je ne veux guère par un mot que je placerai ni même à un regard te faire douter que je n'étais pas la personne idéale à qui tu devais en parler en premier. Tu as rencontré mille et une personnes avant moi, alors cette chance là, jamais je ne la gâcherai par des mots ou regards de travers.

- je ne sais pas quoi dire.

- passons à autre chose alors. À part lire , qu'est ce que tu fais comme profession ?

- lire! Sniffa-t-elle légèrement avec le cœur battant.

- parce que c'en est une?

- je blague! Je suis écrivaine par passion. Je travaille dans une maison d'édition, en même temps je suis chroniqueuse dans une boîte pour combler mes heures perdues.

- Hum! je comprends maintenant d'où tu tires cette énorme qualité de déchiffrer certains codes littéraires. Et puis-je un jour avoir un autographe ?

- absolument, avec plaisir!

- tu as un nom de plume ou tu as gardé ton nom sublime ?

- je m'appelle Awa, mais puisque Eva a prit le dessus grâce à ma maîtresse de CP madame Eva Michelle Diagne, j'ai décidé de l'adopter en même temps que celui qui se trouve à l'état civil.

- ce qui nous donnera le nom de , Eva Awa Faye ou Awa Eva Faye ?

- Eva Awa Faye! Tu es un génie, bravo !

- et tes œuvres, où est-ce que je pourrais m'en procurer ?

- chez Plume d'or !

- ah bon! c'est ta maison d'édition ?

- tu la connais ?

- oui, j'en ai entendu parler. Paraît-il elle produise que les femmes, est-ce vrai ?

- j'espère que tu ne souffres pas de la maladie du machisme ?

- non , j'aime quand les femmes, les dames prennent les reines et que tout leur réussi. Elles en sont capables.

- on est certes très faibles ici au Sénégal et surtout dans le milieu politique où on nous ramène souvent à jouer une partition seulement folklorique, mais nous avons les moyens de bouger et faire bouger les choses.

- Je n'en doute pas. Tu es en tout cas très brave. J'ai un ami qui est aussi écrivain mais il manque de moyens pour se faire produire. Il a tellement de talent!

- ah bon! Mets nous en rapport et s'il a déjà son manuscrit je ferai le nécessaire pour lui trouver un contrat quelque part, j'ai des collègues qui pourront me rendre ce service.

- ah ce sera super! Tu ne regretteras pas de l'avoir connu. Maintenant dis-moi l'histoire qui te tient vraiment à cœur !

- parmi mes histoires ou celles que j'ai parcourues ?

- parmi les tiennes ! D'ailleurs tu en as écrit combien ?

- 4. Et je m'apprête à sortir le cinquième dans 3 mois.

- puis-je avoir l'exclusivité de lire ton manuscrit ? Qui sait peut que je te serai utile et plus inspiré ! Dit-il avec une fausse arrogance dans le ton.

- oh que oui! J'adore tes analyses. Tu as un ordinateur ?

- oui. Ça y est au balcon.

- c'est là-bas ton havre de paix?

- oui, ça me procure un plaisir immense. C'est pour cela que j'y ai logé la bibliothèque.

- ça inspire !

- aller lève-toi ou je te soulève !

- pas la peine. Voilà je suis debout ! Fit-elle en se levant d'un bond.

-attend , comment tu comptes me montrer le manuscrit ?

- j'emporte toujours ma clé USB avec dictaphone avec moi. Ça y est dans ce petit sac, j'ai même avec moi un disque dur où je fourre tout.

- très belle idée !

- je ne peux pas à chaque fois emporter un ordinateur. Tu comprends ?

- effectivement !

Une fois dans le balcon, l'air frais leur envahi les poumons. C'était un véritable havre de paix. Une solitaire telle qu'elle, pouvait passer toute sa journée dans ce coin si paisible et confortable.

Il introduisit sa clé USB dans le port. Ouvrit le fichier titré : manuscrit, puis le document Et moi dans tout ça ? Des écrits noirs sur blanc naissent dans l'écran permettant à Manlang de lire et de commenter en même temps cette belle œuvre.

Après un bon temps de lecture, Manlang fit une pause et se dirigea enfin aux questions qui lui brûlaient les lèvres.

- ce titre, me tape sur les nerfs.

- pourquoi ?

- qui dans tout ça ?

- je te réponds par une question encore. Pourquoi ?

- l'auteure ou la narratrice ?

Eva prit une bonne bouffée d'air avant de l'expirer encore.

- tu es la seule personne à qui j'ai raconté mon histoire sans prendre de gants. Tu es là première personne aussi à qui j'ai montré ce manuscrit. Donc je comprends parfaitement ta question et allusions qui vont avec. Tu vas être encore, l'exclusif à qui je vais dire ceci et espère que cela ne sortira pas dans cette pièce.

-Tu as ma parole.

- effectivement, il s'agit de mon histoire. Ma propre histoire. Celle que j'ai vécu et que personne ne m'a raconté. Je ne l'ai montré jusqu'ici à personne parce que je n'avais besoin qu'on me retire aucun passage. Ce n'est ni une fiction qu'on peut arranger pour faire poursuivre une cohérence. Ça a déjà une cohérence. J'ai décidé dans ce livre de parler de l'inceste, des bévues qui se passent dans les familles, des horreurs et injustices qu'on décide qu'elles n'ont pas le poids ou pas importantes d'être dites. Le masla et le mougneul a touché son paroxysme. On brise des rêves, on piétine des dignités, on se moque de l'honneur, on carresse les monstres, on gâche des vies sans y montrer le minimum d'importance. Ça doit suffire ! On en a marre de porter des plaies incurables dans nos cœurs. On est que des humains. Certaines choses nous dépassent et creusent notre tombe. Ma naissance a gâché ma vie. Je n'ai rien demandé, je n'ai rien fait, alors pourquoi je suis la plus lésée ? Pourquoi on me stigmatise à ce point ? Aucun de mes parents ne me porte dans son cœur sinon nourrir une haine viscérale en mon encontre alors que je n'y suis que la seule et unique victime. Depuis que la toison de la pudeur a été détruite par ma propre famille, je ne vaux rien pour eux. Ils me détestent et le paradoxe, le toupet, le hic dans tout ça, c'est que la famille honore ma génitrice. Elle essaye disons de rattraper tout le mal qu'elle a subi, toute injuste qu'elle a subi. Aujourd'hui ma famille lave cet affront que ma mère a subi dans cette maison. Alors la question leur revient, cette question que j'ai posé leur revient : et moi dans tout ça ? J'espère vraiment, que ma famille la répondra objectivement.

- désolé ma belle. Je ne sais pas quoi dire. Tu as tant souffert alors tu mérites ovation et honneur de la part de ta famille, mais pas cette haine. Sache que tu as tout mon soutien. Je serai là quand tu seras prête à écouter la réponse de ta famille.

- merci.

- je t'en prie. Je te donne à boire?

- non merci, je me sens beaucoup mieux désormais.

- donc c'est avérée que la confidence noie la douleur.

- Oui. Ça devient une science alors.

- si tu le dis. Oublions cet épisode parlons d'autres choses.

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