Il lâcha un rire tout en pressant sa paume contre la sienne. Paume contre paume, l'effet que cela lui faisait était magique. Il lui massait de temps en temps les doigts, la regarda puis essaya de dissimuler un émoi. Mais à chaque fois, la bénéficiaire avait les yeux rivés au sol. Elle était neutre. Ses émotions étaient neutres.
- j'ai l'impression qu'on se connait depuis Mathusalem.
- ah bon!
- ça fait un moment que je n'ai pas ressenti ça.
- que ressens-tu?
- une émotion vive qui enveloppe mon cortex cérébral, favorisant ainsi mon coeur. Je ne suis pas ce genre de type, du moins je ne l'étais pas jusqu'à ce soir.
- développe s'il te plaît.
- je n'ai jamais abordé une femme une nuit, l'inviter la même nuit chez moi, ayant beaucoup de projet pour elle dont j'aimerais réaliser sans exception cette même nuit. Je ne voyais en fait cela que dans les romances. Un être frappé par un coup de foudre, mais qui dure comme quelqu'un qui tombe amoureux.
Il s'arrête amenant Eva à l'imiter. Ils se firent face laissant l'émotion les gagner. Ils restèrent une minute de silence pour ancrer ce souvenir à jamais dans leurs mémoires.
Il lui prit les deux mains qu'il embrassa sans gêne devant même des gens qui passaient leur chemin.
- s'il te plaît on nous voit.
- je ne peux pas me retenir. Désolé pour ça aussi.
- Quoi....
Avant même qu'elle ne termine, il la tira vers lui puis déposa un baiser chaste sur ses lèvres.
- que vont penser les gens ? Arrête voyons. Dit-elle en essayant de faire revenir son esprit car totalement dépassée par ce qui vient de se passer.
- désolé Eva, désolé.
- alors continuons le chemin.
- on est arrivés ! C'est ici chez moi. Dit-il en lui montrant la maison dont ils firent face.
- est-ce une maison familiale ? Demanda-t-elle vu l'immense bâtisse qui était devant elle.
- non, mon appartement se trouve au dernier étage.
Brusquement, Eva eu envie de retourner à la fête. Seule dans un appartement avec un inconnu? La pudeur ne l'acceptait pas.
- qu'y a-t-il ? Dit-il en remarquant la mine défigurée et froissée de son hôte.
- est ce une bonne idée de monter? Pourrions-nous nous dire au revoir et nous revoir à bientôt ?
- quelle redondance tu viens de faire là ? Dit-il en pouffant de rire.
- mon pléonasme n'a rien de marrant. On ne se connait pas et donc la prudence voudrait que je m'arrête là au lieu de continuer.
- tu te sens menacée ?
- je ne veux pas qu'on soit en terrain neutre, je connais chez toi, tu as fait connaissance avec mon amie, ce qui reste peut se faire petit à petit à l'avenir.
- avoue seulement que tu as peur ma belle.
Elle déglutit difficilement avant de répondre.
- oui j'ai peur, c'est ça même, j'ai peur.
- je ne te ferai rien Eva que tu ne souhaites pas. Je te le jure.
- Manlang...
- s'il te plaît ne gâche pas l'ambiance! Ou bien, tu sais ce qu'on va faire? On va monter et on continuera notre lecture puis on essaiera de se connaître davantage.
- promets-moi que tu ne vas pas essayer de m'embrasser encore.
- si tu le souhaites.
- que tu seras gentleman quand je te repousse.
- je le serai.
- que tu me feras un bon café.
- café ? À cette heure?
- on ne pose pas de question.
- aucun problème.
- je te suis donc.
En entrant dans la maison, Eva et Manlang croisèrent une vieille dame qui les stoppa net avant de les asséner des mots crus apr surprise.
- wa yéne danguéne done fonaneté? Si mbedd mi nii sans kersa yéna bone DEUG DEUG té gnak roussoukay. ( Mais vous là attendez, vous vous embrassiez dans la rue comme ça sans gêne ?)
- non maman ce n'est pas ce que tu crois, je lui enlevais quelque chose sur ses lèvres. Parla manlang.
- ya meune féne. ( Tu mens !) Je vous ai vu de mes propres yeux. Comment ça tu lui enlevais quelque chose sur les lèvres, en plus c'est avec la bouche que cela se fasse? Hey je vais piétiner vos mamans deh, charognards !
- astaghfiroulah maman. Dit Eva en cachant sa bouche avec la paume de sa main droite.
- pardonnez-nous maman, ça ne se fera plus jamais. Renchérit Manlang.
- et vous allez continuer vos saletés dans la chambre, c'est ça ?
- écoute maman, gnotay. Fous-nous la paix.
- Manlang ! S'inquiéta Eva.
- Eva cette dame commence à dépasser les limites. Écoute moi bien, ce que nous avons fait tout à l'heure et ce que nous allons faire après nous concerne, occupe-toi de tes oignons. Seytané nga mère!
- anhan! Yama gueune seytameuyteu!C'est comme ça que tu me réponds ? Aller dire à vos mères d'aller piétiner vos grand-mères, et que vos grands-mères piétinent leurs mères et que ces dernières en fassent de même jusqu'à ce que votre lignée de charognards et de chiens soit réduite en cendres et que vous deux disparaissiez de cette planète.
- mais.... Mais.... Tu es lucide toi ?
- non. Leur répond une voix derrière. Pardonnez-la, c'est ma mère, elle n'a pas toute sa tête, désolé. Elle s'est échappée et depuis un quart d'heure on la cherche, nous habitons juste derrière cet immeuble. Pardonnez-la je vous en supplie.
- ce n'est rien. Ça m'aurait surpris qu'une personne normale puisse tenir ces paroles salaces et injurieuses. Asséna Manlang
- désolé encore.
- ce n'est pas grave monsieur, amène ta maman, ajouta Eva un peu rassurée.
- doule yaw. Merde!
- maman arrête s'il te plaît.
-merde vous tous. En plus tu es qui ? Va piétiner ta maman toi aussi. Attention je ne suis pas ta mère et je ne te connais pas! Astaghfiroulah je te connais, c'est toi qui m'amène chaque nuit....
- on y va maman, la coupa-t-il.
- laisse-moi, je ne te connais pas. Ne me touche pas.
- maman, allons-y. Je vais t'acheter de la viande.
- ah bon ! Chez baye djily ?
- très bien. On y va , où j'y vais sans toi.
- attends-moi.
Le jeune homme à la trentaine, prit la dame des mains en la forçant légèrement pour qu'elle laisse le chemin à ce couple. Obtempérant avec difficulté, la vieille dame finit par rejoindre le jeune homme.
Quelques minutes plus tard, les deux tourtereaux se retrouvèrent dans l'appartement. Très sobre, ça reflétait le goût du demeurant et le style qu'il avait par rapport à la déco. Montre murale de couleur rouge était accroché dans le salon, des miroirs décoratifs de couleur noir en face de la montre, une télé 43 pouces, une table basse et des fauteuils de couleur beige étaient tout ce qui se trouvait dans le salon.
- jaime les choses simples, commenta-t-il comme pour répondre à son hôte qui pensait en bas.
- c'est très joli ton salon. Où se trouve la bibliothèque ?
- dans la chambre.
- la chambre ?
- c'est une très petite bibliothèque. Viens c'est celle d'en face.
Ils entrèrent dans la chambre. Surprise, Eva émit sans le vouloir un whaouu assez fort accompagné d'un sourire béat. Jamais elle n'avait vu une chambre aussi spacieuse. C'était 3 fois sa chambre qui pourtant n'était pas petite.
- j'adore ta chambre, en plus c'est lumineuse.
- j'ai toujours aimé la couleur blanche.
- jusqu'à mettre ta chambre tout en blanc ?
En fait, toute la chambre était blanche, les meubles la peinture, les moquettes tout était de cette couleur qui symbolise la paix. Contrairement au salon, il n'y avait aucun décor mural, seule la chambre à coucher avait son droit d'habiter dans cette immense chambre.
Sans gêne, elle s'affala sur le lit. Les yeux rivés au balcon elle pouffa un ouff de soulagement et de béatitude. Puis, elle se souvient qu'il n'y avait pas l'ombre d'une bibliothèque. Elle se leva d'un bon face au propriétaire.
- et la bibliothèque ?
Sans un mot, il la devança de trois pas vers la baie vitrée coulissante, la glissa pour se retrouver dans un petit balcon, là où gisait la petite bibliothèque.
Le suivant, Eva découvrit la surprise. Autant la chambre était blanche, autant la bibliothèque se différenciait d'elle avec sa couleur rouge sang, pire tous les livres qui y habitaient secrètement partageaient la même couleur.
Eva commença à confirmer ses doutes, soit c'est Manlang le djinn, soit c'est RAS l'auteur du livre. Mais dans tous les cas, elle était cuite. Elle va être mangée par le djinn. Soubhaanallah.
- rien de tout ce que tu penses n'est vrai.
- quoi? Répondit-t-elle apeurée.
- je ne suis pas Manlang.
- putain il lit dans les pensées, je suis foutue articula-t-elle intérieurement. Mais tu peux être RAS.
- non plus.
- je vois que tu as le don de lire dans les pensées ?
- j'ai juste deviné. Relaxe ma belle, sabari. Tiens, lui tendit-il le fameux livre de RAS. On va continuer notre lecture comme promis mais avant, je vais te faire ton café.
Le monde est dangereux de nos jours, les gens sont écervelés, capable d'énormes ignominies dont l'humanité est douteuse. Tout le monde est égoïste de nos jours, certains sont capables de tuer rien que pour étancher leur soif. Manlang est et reste un inconnu, et toi tu veux boire son café ? Cela pourrait être empoisonné, c'est risqué, donc, il vaut mieux laisser cette idée de boire du café. Lui dicta sa voix intérieure.
- ah c'est bon je n'en ai plus envie.
- tu es sûre ?
- certaine.
- d'accord comme tu veux mais au moins tu va boire autre chose, grignoter quelques trucs
- merci mais c'est bon je n'en ai pas envie. Continuons la lecture.
Manlang lui lança un regard dépité, il comprenait sa réaction mais delà à imaginer le pire ?
- désolée Manlang, mais je ne sais pas pourquoi je t'ai suivi, ça ne fait pas partie de mes habitudes. Je ne prends jamais ce genre de risque.
- encore tu as des doutes. Ma belle , rassure-toi je ne te ferai rien que tu ne veuilles pas. Promis.
- merci.
- alors si tu ne souhaites pas que je te prépare quelque chose, la cuisine est au bout du couloir. Vas-y et fais-toi plaisir. Le frigo est rempli.
Gagnée par la honte, Eva baissa comme toujours ses yeux.
- j'adore cette manie chez toi.
- pardon. Demanda-t-elle en levant subtilement ses yeux vers son interlocuteur.
- je sens que ta pudicité n'a d'égale que l'éducation qu'on t'a donnée. Ça saute aux yeux que tu es une personne merveilleuse, qui tient à sa dignité, son honneur. Alors, je ne saurai cela en amont et vouloir tout détruire parce que Madame la peureuse me plaît.
- je suis vraiment désolée !
- je te comprends, aller vas-y fais-toi plaisir. Je vais t'attendre au salon, et on continuera notre lecture.
- d'accord, je te rejoins.
Oufff! Fut la seule chose qu'Eva ait faite pour se soulager après le départ de Manlang. Seule dans cette étrange chambre, Eva contempla encore son esthétique. Elle n'en revenait pas qu'un homme puisse avoir ce goût blanchâtre, car il doit impérativement être propre. En plus, reluquer cette chambre lui donne l'image qu'on y passe l'aspirateur chaque seconde.
Trêve de soliloque , elle se faufile dans la cuisine. Là encore, son émoi fut quintuplé. Une cuisine toute rose, vous l'avez déjà vu? Casseroles, cuillères, pots, bref tous les ustensiles étaient de cette couleur. C'est fou comme déco ! Soit Manlang a des problèmes avec les couleurs, soit il n'habite pas seul.
En ouvrant le frigo side by side, comme promis, elle trouva tant de choses à grignoter ou préparer vite fait. Elle scruta de plus près, sortit un grand rectangle en aluminium et y trouva des pains chinois et des nems. Bingo se disait elle. Elle prend des fruits tels le kiwi ,la goyave, pomme puis des jus: bissap et gingembre. Elle réchauffa les nems et pains chinois, s'est permise de frire des pommes de terre, sauter deux poignées d'oignons et ça y est ils avaient de quoi grignoter, car elle avait très faim.
Finit de tout préparer en un quart d'heure, Eva retrouva enfin son bel inconnu dans le salon, qui était en train de regarder un match de football.
- enfin, elle n'a pas disparu. Je vais t'aider, attend que je dresse une nappe à même le sol, en attendant tu peux poser les plats sur la table. Dit-il en s'éloignant pour recueillir la nappe.
Quelques minutes après, le duo était assis en face, riant, piaillant,coassant autour d'une discussion agréable.
- vraiment tu as fait ça, non tu es dingue. Gloussa-t-elle en riant de plus belle.
- que faire, il m'avait demandé mon aide alors c'est tout ce que je pouvais faire.
- c'est méchant !
- et toi, quelle est la chose la plus drôle que tu aies faite.
Elle marqua une pause, posa son verre de jus de bissap, regarda avec appui Manlang et une mine un peu défaite.
- hey tu es triste là, qu'est ce que tu as?
- je viens de me rendre compte que ma vie n'avait rien de drôle. Je n'ai jamais été heureuse, je ne faisais que semblant. Confessa-t-elle en laissant sortir une larme.