"Papa va venir ! Papa va venir !" Célien sautait de joie, son petit visage rayonnant. Ses yeux brillants me transperçaient. Il ignorait tout des jeux de pouvoir, des trahisons. Il ne voyait que la promesse d'un père.
Nous sommes arrivés au domaine Villemaire. L'air était lourd. Les visages des invités étaient figés, les sourires forcés. Un grand banquet était dressé, mais l'ambiance était funèbre. Personne ne nous a accueillis. Personne ne nous a regardés. Sauf elle.
Liam se tenait là, au centre de l'assemblée. Sa main était posée sur la taille de Prunelle. Elle rayonnait, un sourire triomphant sur les lèvres. Son parfum de rose était plus fort que jamais, un défi.
Magdeleine a fait taire la foule d'un geste. Son regard, glacial, a balayé l'assemblée avant de s'arrêter sur moi. "Nous avons une grande nouvelle à annoncer." Elle a marqué une pause dramatique. "Prunelle Lafont attend un enfant ! L'héritier du domaine Villemaire-Lafont est en route !"
Un murmure d'excitation a parcouru la foule. Les visages se sont tournés vers Liam et Prunelle. Liam a souri, un sourire de pure joie, qu'il ne m'avait jamais montré. Il a regardé Prunelle avec une adoration que je n'avais pas vue dans ses yeux depuis des années.
Il a embrassé Prunelle avec passion, oubliant tout le reste. Oubliant son propre fils, qui se tenait juste là, les yeux écarquillés. Célien l'a regardé, sa petite main serrée dans la mienne. Ses joues, auparavant roses de joie, sont devenues d'un blanc cendre.
Mon cœur s'est glacé. Il ne voyait pas Célien. Il ne le voyait absolument pas. Comme si un voile invisible l'avait effacé de son esprit. Célien, son propre sang.
La colère a bouilli en moi. Une colère brûlante, si intense qu'elle me donnait des vertiges. Liam m'avait trahie. Mais il avait aussi trahi son fils.
Je comprenais maintenant. Magdeleine avait tout orchestré. Cette fête n'était pas pour Célien. C'était une mise en scène macabre. Une humiliation publique. Une exécution.
Les visages autour de nous étaient des masques. Des masques de dédain, d'indifférence. Personne ne semblait se soucier de l'enfant. Personne.
La douleur était si intense que mon corps tout entier tremblait. Une douleur si profonde qu'elle me coupait le souffle.
J'ai vu Prunelle me sourire. Un sourire narquois, victorieux. Elle avait gagné. Elle avait tout pris.
Je sentais ses yeux sur moi. Un regard de pitié moqueuse. Je ne pouvais plus le supporter.
Mon amour pour Liam était mort, froidement. Il n'y avait plus rien. Seulement les cendres d'un feu éteint.
Chaque mot qu'il avait prononcé était un mensonge, une trahison. Ses promesses, des bulles de savon.
Son regard, autrefois empli d'amour, était maintenant vide d'émotion pour moi.
Ma confiance était brisée. En miettes, impossible à réparer.
Le désespoir m'a envahie. Un désespoir total. Il m'a plongée dans un abîme silencieux.
Il n'y avait plus d'espoir. Le futur était sombre.
Mon cœur s'était refermé. Il était devenu un bloc de glace.
La rage montait. Une rage froide, dévorante. Elle me consumait de l'intérieur.
Son nom. Il était devenu un juron.