Mon cœur s'est serré. Il venait de prouver ce que je savais déjà : sa priorité n'était plus moi. Elle ne l'avait jamais été, pas vraiment, pas depuis longtemps. Il avait couru à son chevet, alors qu'il me laissait seule, noyée dans son parfum volé.
C'en était trop. Je ne pouvais plus supporter cette mascarade. Cette vie de mensonges. Cette humiliation silencieuse. Je me suis sentie vide, mais une force nouvelle a commencé à bouillonner en moi. Une force froide, dure.
J'ai sorti mon vieux téléphone, celui que j'avais gardé rangé au fond d'un tiroir. Le numéro de mon père. Je ne l'avais pas appelé depuis cinq ans. J'ai hésité un instant, puis j'ai appuyé sur "appeler".
La voix de mon père, Adalbert Claude, a retenti. "Éléna ? C'est vraiment toi ?" Il y avait de la surprise, de l'incrédulité, puis une joie immense.
"Papa," j'ai dit, ma voix tremblante. "J'ai besoin de toi."
Un silence. Puis, un sanglot étouffé de l'autre côté. "Ma fille... Tu es revenue."
"Et j'ai ton petit-fils, Papa."
Un cri de joie. Un rire mêlé de larmes. "Un petit-fils ? Mon Dieu, Éléna ! Pourquoi ne m'as-tu rien dit ? Je veux le voir ! Je veux vous voir tous les deux !" L'amour inconditionnel. La sécurité. Tout ce que j'avais cru trouver en Liam, et que j'avais abandonné.
Mon petit Célien dormait dans son lit, un léger sourire sur ses lèvres. "Papa... il va venir pour mon anniversaire, n'est-ce pas ?" Il avait murmuré ça avant de s'endormir, une lueur d'espoir dans ses yeux d'enfant.
Je me suis agenouillée près de son lit. J'ai caressé ses cheveux doux. Mes larmes ont coulé silencieusement sur son front. Mon petit garçon. Il ne méritait pas ça. Il ne méritait pas un père qui l'oubliait pour une autre femme.
Je devais attendre. Attendre encore un peu. Pour Célien. Pour qu'il puisse dire adieu à ce père absent, à cette chimère.
J'espérais que Liam, pour une fois, serait assez homme pour partir sans regret. Mais je savais que c'était un vœu pieux. Il ne pensait qu'à lui, à son ambition.
La colère montait en moi. Une colère sourde, profonde. Chaque jour passé ici après ce soir était une insulte.
Sa trahison était un poids sur ma poitrine. Il avait piétiné mon cœur, mon amour, ma dignité.
Il n'y avait plus de place pour l'amour. Seulement de la résignation, et le désir ardent de protéger mon fils.
Je me suis souvenue de ses promesses. Elles étaient comme du sable entre mes doigts. Inconsistantes. Illusoires.
Mon avenir sans lui était un tableau blanc. Vide d'amour, mais rempli de possibilités.
Mon cœur était une coquille vide. L'amour que j'avais ressenti pour lui s'était évaporé, ne laissant qu'un goût amer.
Je me suis levée, mon regard fixant la porte par laquelle il était parti. L'écho de ses pas s'était estompé.
Son image, autrefois si belle, s'était distordue. Elle était devenue laide, repoussante.
Sa présence, autrefois réconfortante, me causait maintenant des frissons. Un malaise physique.
J'avais confiance en lui. Une confiance aveugle. Elle avait explosé en mille morceaux, comme un miroir brisé.
Le désespoir m'a envahie. Un désespoir froid, sans larmes. Il m'a laissée là, impuissante.
Il n'y avait plus d'espoir. Juste la certitude d'une fin.
Mon cœur s'était refermé. Il ne battrait plus jamais de la même façon pour lui.
Mon regard s'est durci. Plus de pitié. Seulement la détermination.
Son nom brûlait sur mes lèvres. Une cicatrice.