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Cruauté Maternelle, Vengeance Paternelle
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Chapitre 3

Le néant. Un abîme de silence et de froid. Je flottais dans une obscurité sans fond, une absence totale de sensation. La douleur avait disparu, la rage s'était tue. Il ne restait que le vide. C'était peut-être ça, la fin. Une sorte de paix terrible et indésirable.

Puis une pensée a émergé, faible lueur dans les ténèbres. L'injustice. Une injustice si profonde, si absolue, qu'elle a ravivé une étincelle de conscience en moi. Je ne pouvais pas partir comme ça. Pas avant elle.

Un souvenir a refait surface, une conversation d'il y a des années. Sophie et moi, plus jeunes, planifiant l'avenir. Elle avait insisté pour que nous prenions une assurance spéciale, une sorte de service de conciergerie de luxe avec une assistance médicale d'urgence partout dans le monde. "On ne sait jamais, avec ton métier d'artiste et mes galeries," avait-elle dit. J'avais trouvé ça excessif, mais j'avais cédé. La carte était dans mon portefeuille, oubliée depuis des lustres.

Avec un effort surhumain, j'ai réussi à bouger un bras. J'ai sorti mon portefeuille de ma poche arrière. Mes doigts étaient gourds et collants de sang séché. J'ai trouvé la carte en plastique noir. Un numéro d'urgence international.

J'ai repris le téléphone de l'assistant, que j'avais laissé tomber. Miraculeusement, il était encore là. J'ai composé le numéro.

Ça a sonné une fois. Deux fois.

"Conciergerie Leroy, bonjour."

Leroy. Le nom de Marc. Mon sang s'est glacé.

"Je... j'appelle pour une urgence médicale," ai-je balbutié.

"Un instant, Monsieur. Je vous passe le responsable du compte."

Une musique d'attente insipide a commencé à jouer. Puis une voix s'est fait entendre. Une voix que je connaissais trop bien.

"Marc Leroy à l'appareil. En quoi puis-je vous aider ?"

Le souffle m'a manqué.

"Marc... C'est Pierre."

"Pierre ! Quelle surprise ! Tu tombes bien, figure-toi. Sophie vient de me raconter une petite histoire à dormir debout sur toi et Léa. Vraiment, tu ne changeras jamais."

Sa voix était légère, amusée.

"Marc, écoute-moi. Léa... elle ne respire plus. Il y a eu une fuite de gaz. Tu dois envoyer de l'aide."

"Une fuite de gaz ? Oh, la la. Toujours dans l'exagération. Sophie a transféré le compte de l'assurance à mon nom il y a quelques mois. Elle a estimé que j'étais plus à même de gérer les 'vraies' urgences. Comme tu vois, elle a eu raison."

Il a fait une pause, savourant son effet.

"D'ailleurs, il faut que je te laisse. On est sur le point d'embarquer pour les Maldives. Un petit voyage improvisé pour déstresser la pauvre Chloé. Sophie lui a raconté une histoire pour l'endormir, elle est adorable quand elle dort. On t'enverra une carte postale."

Le clic du téléphone qui raccroche a été le son le plus violent que j'aie jamais entendu. Il m'a volé mon dernier espoir. Il m'a humilié une dernière fois.

Le désespoir pur, absolu, m'a envahi. Mais avec lui, une étrange clarté. S'il n'y avait plus d'espoir, il n'y avait plus de peur. Il ne restait que l'action.

J'ai rampé jusqu'à mon propre téléphone, tombé près de la porte. L'écran était fissuré, mais il s'est allumé. Une barre de réseau. Une seule. Juste assez.

J'ai composé le 17. Police-Secours.

"Police, j'écoute."

"Il y a... une morte," ai-je réussi à articuler. "Et un homme blessé. Atelier 12, zone industrielle Est. Dépêchez-vous."

J'ai laissé tomber le téléphone. L'effort m'avait vidé. Ma tête tournait. Je me suis traîné jusqu'à Léa. J'ai posé ma tête sur sa poitrine silencieuse.

"Tiens bon, mon ange," ai-je murmuré, même si je savais qu'il était trop tard. "Papa est là. Je ne te laisserai pas."

Le temps a perdu son sens. J'ai sombré dans une semi-conscience, le visage de Léa se superposant à des bribes de souvenirs. Puis, j'ai entendu des bruits sourds. Des coups sur la porte métallique.

"Police ! Ouvrez !"

Ils étaient là. Ils étaient vraiment là.

"La porte est verrouillée ! Il y a un code !"

Le code. Je me suis redressé avec une énergie que je ne me connaissais pas.

"Le code..." ai-je crié, ma voix rauque. "Essayez son anniversaire ! Le vingt-cinq, zéro-cinq..."

Rien. Le silence. Puis de nouveaux coups, plus forts.

"Ça ne marche pas !"

Bien sûr que ça ne marchait pas. Sophie avait dû le changer. Elle avait pensé à tout.

Avec mes dernières forces, j'ai repris le téléphone de l'assistant et j'ai rappelé Sophie. Elle a décroché, l'agacement perceptible dans sa voix.

"Encore toi ? Qu'est-ce que tu veux ? L'argent pour le billet d'avion ?"

"Le code, Sophie. La police est là. Ils ne peuvent pas entrer. Donne-moi le nouveau code."

"La police ? Tu te moques de moi ? C'est encore un de tes stratagèmes pour me faire céder. Oublie ça, Pierre. La punition n'est pas terminée."

Une autre voix s'est fait entendre près de moi. Un policier avait réussi à passer son bras par une petite lucarne brisée et me parlait.

"Monsieur ! Dites à votre femme que c'est une urgence vitale ! Il y a une suspicion de fuite de gaz et une personne inconsciente !"

J'ai mis le téléphone en haut-parleur.

"Madame," a dit le policier d'une voix forte et claire. "C'est la Police Nationale. Nous devons entrer immédiatement. La vie de votre fille est en danger. Donnez-nous le code."

Il y a eu un court silence à l'autre bout du fil. Puis j'ai entendu la voix de Sophie, mêlée au bruit d'un aéroport.

"Ma fille est une excellente comédienne, Monsieur l'agent. Et mon ex-mari est un manipulateur. Ne tombez pas dans leur panneau. J'ai un avion à prendre."

Et elle a raccroché.

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