« C'est parfait, » a-t-elle murmuré, sa voix déjà celle de Marie. « C'est encore mieux. Il me trouve lui-même. C'est le destin. Papa, ouvre la porte. Maman, pleure. Camille, reste en retrait et aie l'air inquiète. »
Elle donnait des ordres avec une autorité nouvelle. Mes parents, complètement perdus, ont obéi sans discuter. Ma mère s'est frotté les yeux pour les faire rougir. Mon père, le visage blême, s'est dirigé vers la porte.
Il a ouvert.
Antoine Moreau se tenait sur le seuil. Il était encore plus impressionnant en personne que sur les photos. Grand, impeccablement vêtu d'un costume sombre, il dégageait une aura de pouvoir et de danger qui emplissait tout le couloir. Il n'était pas seul. Deux gardes du corps massifs se tenaient silencieusement derrière lui.
Ses yeux gris, froids comme l'acier, ont balayé la pièce, passant sur mes parents, sur moi, avant de se poser sur Chloé.
Un silence pesant s'est installé.
C'est mon père qui l'a brisé, sa voix tremblante trahissant sa nervosité.
« Monsieur Moreau... Quelle surprise... Nous... nous venions juste de la retrouver. »
Chloé a alors joué sa carte maîtresse. Elle a fait un pas en avant, titubant légèrement, une main sur son front.
« Antoine... ? » a-t-elle murmuré d'une voix faible, pleine d'une incertitude déchirante. « C'est bien toi... ? Je... je ne me souviens pas très bien... »
Ma mère a fondu en larmes, des sanglots bruyants et théâtraux. « Oh, ma pauvre enfant ! Retrouvée ! Dieu merci ! »
C'était une performance grotesque, mais dans la tension du moment, elle pouvait presque paraître crédible.
Antoine Moreau n'a pas bougé. Il n'a pas souri. Il n'a pas couru vers elle pour la prendre dans ses bras comme ils l'avaient espéré. Il a continué de la fixer, son regard intense et indéchiffrable.
« Marie, » a-t-il dit, sa voix grave et calme résonnant dans la pièce. « Tu es là. »
Puis, il s'est tourné vers moi. Ses yeux se sont posés sur ma joue, là où la marque rouge de la gifle de mon père était encore visible. Son regard s'est durci imperceptiblement pendant une fraction de seconde, avant de revenir à Chloé.
« Tu ne te souviens de rien ? » a-t-il demandé.
« Non... » a sangloté Chloé. « C'est flou... J'ai mal à la tête... Ces gens... ils disent qu'ils m'ont trouvée... »
Antoine a hoché lentement la tête. Il semblait accepter l'histoire. Mes parents ont échangé un regard de soulagement.
« Je vois, » a dit Antoine. Il a fait un signe discret à l'un de ses gardes du corps. « J'ai aussi retrouvé quelque chose. »
Le garde du corps est sorti et est revenu quelques secondes plus tard, traînant un grand sac mortuaire en plastique noir. Il l'a déposé sur le sol de mon salon, au milieu de mon tapis persan.
Le son mat et lourd du sac heurtant le sol a fait taire les sanglots de ma mère.
Un silence de mort est tombé sur la pièce. Personne ne comprenait.
Avec un calme terrifiant, Antoine Moreau s'est agenouillé. Il a attrapé la fermeture éclair du sac.
« Non ! » a crié mon père, comprenant soudain.
Mais c'était trop tard. Antoine a ouvert le sac d'un geste rapide et précis.
À l'intérieur, recroquevillé, se trouvait le corps d'une femme. Ses cheveux bruns étaient emmêlés, son visage était cireux et sans vie. Malgré la pâleur de la mort, le visage était indubitable.
C'était le visage que je venais de recréer.
C'était le visage de Marie Moreau. La vraie Marie Moreau.
Ma mère a poussé un hurlement d'horreur pure. Mon père a reculé, trébuchant contre un meuble, le visage livide.
Chloé était figée, son visage de Marie maintenant un masque de terreur absolue. Le mensonge, si soigneusement construit, venait de voler en éclats de la manière la plus brutale et la plus macabre qui soit.
Antoine Moreau s'est relevé, époussetant nonchalamment son pantalon. Il a de nouveau posé son regard d'acier sur Chloé.
« Alors, » a-t-il dit, sa voix toujours aussi calme, mais portant maintenant une menace glaciale qui paralysait tout le monde. « Si ma femme est ici, dans ce sac... »
Il a fait une pause, laissant le poids de ses paroles s'installer.
« Qui diable es-tu ? »