« Tu es juste jalouse ! Jalouse que je vais avoir tout ce que tu n'auras jamais ! »
Sa voix résonnait encore dans ma tête, un écho glacial.
J'ai été poignardée. Tailladée. Laissée pour morte par ma propre sœur.
J'ai attrapé mon téléphone sur la table de chevet. La date affichée à l'écran a fait battre mon cœur à tout rompre. C'était aujourd'hui. Le jour même. Le jour où tout avait commencé.
Je suis revenue. J'ai eu une seconde chance.
Au même moment, la sonnette a retenti, stridente et insistante. Je savais qui c'était.
Je me suis levée, mes jambes un peu tremblantes, et j'ai marché jusqu'à la porte. J'ai regardé dans le judas. Chloé était là, exactement comme dans mon souvenir, trépignant d'impatience, son visage rayonnant d'une excitation malsaine.
J'ai pris une profonde inspiration, chassant les dernières bribes de panique. Cette fois, les choses seraient différentes.
J'ai ouvert la porte.
« Camille ! Enfin ! J'ai une nouvelle incroyable ! »
Chloé est entrée en trombe, sans même attendre une invitation, jetant son sac de luxe sur mon canapé.
« Tu ne devineras jamais. C'est à propos d'Antoine Moreau. »
Elle a prononcé son nom comme s'il s'agissait d'un secret sacré, les yeux brillants de convoitise. Antoine Moreau, l'architecte et designer de génie, aussi célèbre pour sa fortune et son pouvoir que pour son caractère impitoyable.
Je suis restée silencieuse, la laissant savourer son moment.
« J'ai réussi, Camille. J'ai fait enlever sa femme, Marie. »
Elle l'a dit avec un naturel déconcertant, comme si elle parlait de faire les courses.
« Elle est hors-jeu. Maintenant, j'ai besoin de toi. Tu es la meilleure chirurgienne esthétique de la ville. Je veux que tu me transformes. Je veux que tu me donnes son visage. »
Je l'ai regardée, étudiant chaque trait de son visage avide. Dans ma vie précédente, j'avais été horrifiée. J'avais supplié, argumenté, essayé de la raisonner. J'avais parlé des risques, du danger que représentait Antoine Moreau. Je lui avais dit que c'était de la folie.
Et pour toute réponse, elle m'avait attaquée, m'accusant de jalousie.
Cette fois, je n'allais pas commettre la même erreur.
Je me suis forcée à afficher un air choqué, mais j'ai gardé ma voix stable.
« Chloé, c'est... c'est extrême. Antoine Moreau est un homme dangereux. On dit qu'il est possessif, imprévisible. Si jamais il découvre la supercherie... »
C'était le même avertissement que je lui avais donné la première fois. Une simple formalité.
Chloé a levé les yeux au ciel, exactement comme prévu.
« Oh, arrête avec tes airs de sainte-nitouche ! Dangereux ? C'est ce qui le rend excitant ! Il adore sa femme. Il fera n'importe quoi pour elle. Et bientôt, "elle", ce sera moi. Imagine la vie que j'aurai ! Les soirées, les bijoux, le respect... Et toi, tu seras la sœur de Madame Moreau. Tu devrais me remercier. »
Elle a fait un pas vers moi, son expression se durcissant.
« Ne me dis pas que tu es jalouse, Camille. Ne me dis pas que tu ne veux pas m'aider parce que tu ne supportes pas de me voir réussir. »
C'était là. L'accusation qui, dans ma vie passée, m'avait anéantie. Cette fois, elle n'a eu aucun effet.
J'ai baissé la tête, feignant l'hésitation. Je savais ce qui se passerait si je refusais. Le coupe-papier. La douleur. L'obscurité.
Puisque tu insistes tant pour courir à ta perte, ma chère sœur, qui suis-je pour t'en empêcher ? Mieux encore, je vais te pousser.
J'ai relevé la tête, un masque de résignation sur le visage.
« D'accord. Je vais le faire. »
Le visage de Chloé s'est illuminé d'un sourire triomphant. Elle n'avait aucun doute, aucune méfiance. Pour elle, j'étais juste sa sœur aînée, faible et facile à manipuler.
« Je savais que tu finirais par comprendre ! » s'est-elle exclamée en me prenant dans ses bras. Son étreinte était froide, vide de toute affection sincère. « Tu es la meilleure ! »
Je suis restée rigide dans ses bras, le souvenir de son attaque toujours présent dans mon esprit.
« Et qu'as-tu fait de Marie ? » ai-je demandé d'une voix neutre en me dégageant.
Chloé a haussé les épaules avec une indifférence glaçante.
« Oh, elle est dans un entrepôt quelque part. En sécurité. Pour le moment. Une fois que j'aurai pris sa place, on s'en débarrassera. Pas besoin de complications. »
Elle parlait de la vie d'une femme comme si elle parlait d'un vieux meuble. La cruauté de ma sœur et de ma famille n'avait plus de secret pour moi.
« Très bien, » ai-je dit, ma voix sonnant étrangement calme à mes propres oreilles. « Apporte-moi toutes les photos de Marie que tu as. Nous allons commencer à planifier l'opération. Plus tôt ce sera fait, mieux ce sera. »
Chloé jubilait. Elle pensait avoir gagné. Elle pensait que j'étais à ses pieds, prête à exécuter ses ordres.
Elle ne voyait pas le regard que je posais sur elle. Ce n'était plus celui d'une sœur inquiète. C'était celui d'une spectatrice qui attendait, avec une patience infinie, que le rideau tombe sur sa tragédie auto-infligée.
Ce soir-là, alors que Chloé dormait dans ma chambre d'amis, rêvant de sa future gloire, je suis restée assise dans le salon, dans le noir.
Je me suis souvenue de la fin. Après m'avoir poignardée, Chloé avait paniqué et appelé nos parents. Ils étaient arrivés, et au lieu de m'aider, ils avaient aidé Chloé à nettoyer et à monter un plan pour faire accuser un cambrioleur. J'étais inutile, une complication. Ma mort n'avait d'importance que si elle pouvait nuire à leurs précieux projets.
Cette fois, il n'y aurait pas de cambrioleur. Il n'y aurait que les conséquences de leurs propres actions.
Et j'allais m'assurer qu'elles soient spectaculaires.