Sophie était là, bien sûr. Elle avait passé le week-end chez nous, jouant son rôle de fille adoptive reconnaissante. Quand je suis entrée dans le salon, elle était assise sur le canapé avec ma mère, en train de pleurer doucement.
« ...Je ne sais pas ce que j'ai fait de mal, Madame Dubois, » sanglotait-elle. « Jeanne est si froide avec moi depuis la rentrée. Elle m'a humiliée devant tout le monde... Elle a insisté pour aller dans un restaurant hors de prix juste pour me faire honte. »
Ma mère lui tapotait le dos avec compassion. « Ne t'inquiète pas, ma petite Sophie. Jeanne est parfois un peu impulsive. Je vais lui parler. »
En me voyant, le visage de ma mère s'est légèrement durci. « Jeanne, pourquoi as-tu été si méchante avec Sophie ? »
La rage a commencé à monter en moi, mais je l'ai maîtrisée. La confrontation directe ne fonctionnerait pas avec mes parents, aveuglés par la pitié. Je devais être plus stratégique.
J'ai ignoré Sophie et je me suis assise à côté de mon père.
« Maman, Papa, je ne l'ai pas humiliée. Elle a annoncé à tout le monde qu'elle nous invitait au restaurant pour fêter la rentrée. J'ai simplement pris son offre au mot. Quand elle n'a pas pu payer, j'ai réglé l'addition pour ne pas la mettre dans l'embarras. N'est-ce pas, Sophie ? »
Mon ton était calme, factuel. Sophie, prise au dépourvu par ma version des faits, n'a pu que hocher la tête faiblement, des larmes coulant toujours sur ses joues.
Mes parents se sont regardés, perplexes. L'histoire de Sophie ne tenait plus tout à fait la route.
Mon père, toujours pragmatique, a froncé les sourcils. « Sophie, pourquoi aurais-tu proposé d'inviter tout le monde si tu n'en avais pas les moyens ? Nous te donnons une allocation généreuse. »
Sophie a paniqué. « Je... je voulais juste être gentille... me faire des amis... »
C'était l'ouverture que j'attendais.
« Papa, Maman, » ai-je dit doucement. « Je pense que nous devrions être plus attentifs à la façon dont Sophie gère l'argent que nous lui donnons. Elle semble avoir des difficultés à faire la part des choses. »
J'ai continué, choisissant mes mots avec soin. « Elle a raconté à tout le monde à l'université que c'était sa famille qui me parrainait. Que j'étais la fille pauvre qu'elle aidait. »
Le choc s'est peint sur le visage de mes parents. C'était un mensonge si absurde, si facilement vérifiable, qu'il commençait à ébranler leur confiance.
« Quoi ? » a murmuré ma mère, incrédule.
Sophie a secoué la tête frénétiquement. « Non ! Ce n'est pas vrai ! Jeanne ment ! Elle est jalouse parce que vous m'aimez bien ! »
Elle a essayé de se jeter dans les bras de ma mère pour pleurer, une tactique qui avait toujours fonctionné. Mais cette fois, ma mère a eu un mouvement de recul presque imperceptible. Le doute était semé.
Mon père m'a regardé, son expression sérieuse. « Jeanne, es-tu certaine de ce que tu avances ? »
« Absolument, » ai-je répondu sans hésiter. « Vous pouvez demander à n'importe quelle étudiante de notre étage. »
Le silence s'est installé dans le salon, lourd et inconfortable. Sophie a continué à pleurer, mais ses sanglots sonnaient faux, même aux oreilles de mes parents.
Finalement, mon père a pris une décision.
« Très bien. À partir de maintenant, Sophie, tu ne recevras plus d'argent de poche directement. Nous paierons tes frais de scolarité et ton logement. Pour tes autres dépenses, tu nous présenteras les factures et nous te rembourserons. C'est plus simple pour tout le monde. »
C'était une première victoire majeure. J'avais coupé sa source de revenus qu'elle utilisait pour se construire une fausse image et pour financer son petit ami.
Le visage de Sophie s'est décomposé. La panique a remplacé les larmes de crocodiles. Elle a ouvert la bouche pour protester, mais le regard sévère de mon père l'a fait taire.
Plus tard dans la soirée, alors que j'aidais ma mère dans la cuisine, elle m'a pris la main.
« Jeanne, y a-t-il autre chose que nous devrions savoir sur Sophie ? Tu as l'air si... préoccupée. »
J'ai pris une profonde inspiration. C'était le moment.
« Maman, ce n'est que la partie visible de l'iceberg. Sophie est plus dangereuse que vous ne l'imaginez. »