Les barbares qui nous escortaient riaient grassement, leurs regards avides me déshabillant sans la moindre pudeur. Ils étaient les alliés de mon frère, Henri, le nouveau roi. Et j'étais le prix de leur alliance, un sacrifice pour consolider son trône.
Ils m'ont forcée à descendre de la chaise, m'ont traînée dans la boue gelée jusqu'à leur campement sordide. Là, sous les ordres de leur chef, un homme à la cicatrice hideuse, les tortures ont commencé. Ils voulaient me briser, m'humilier, me faire payer pour une offense que j'ignorais.
Mes cris se perdaient dans l'immensité sauvage. Mon corps n'était plus qu'une plaie béante, mon esprit une brume de souffrance. Au seuil de la mort, alors que ma conscience s'effilochait, j'ai entendu leurs murmures satisfaits.
« C'est pour Sophie. »
« La princesse a osé l'humilier. »
« Elle doit payer pour les larmes de Sophie. »
Sophie. Mon assistante. Ma cousine éloignée. Le souvenir m'a frappée avec la force d'un coup de poignard. Mon anniversaire. Une robe. Une simple dispute. J'avais réprimandé Sophie pour avoir volé et porté ma robe de cérémonie, une pièce unique tissée de fil d'or, un cadeau de mon père le Roi. Je l'avais humiliée publiquement, c'est vrai. Mais cette humiliation valait-elle ma vie ?
Alors, tout s'est éclairci dans une agonie fulgurante, mon fiancé, mon propre frère, tous manipulés par les larmes de crocodile de cette simple assistante. Ils m'avaient envoyée à la mort, non pas pour une raison d'État, mais pour venger l'orgueil blessé d'une femme ambitieuse.
Le froid a finalement eu raison de moi. L'obscurité m'a engloutie.
Puis, une douce chaleur m'a enveloppée.
Une musique familière flottait dans l'air, le son cristallin d'une harpe. L'odeur des lys blancs, mes fleurs préférées, emplissait mes narines. J'ai ouvert les yeux avec une lenteur infinie.
La lumière du soleil filtrait à travers les hautes fenêtres de ma chambre au palais. Les tentures de velours bleu roi, les meubles en bois précieux, tout était là. J'ai levé mes mains, tremblantes. Ma peau était intacte, lisse, sans la moindre trace de corde ou de blessure.
Je me suis levée d'un bond, le cœur battant à tout rompre, et j'ai couru vers le grand miroir. La jeune femme qui me fixait était moi, mais une version plus jeune, rayonnante de santé. C'était mon visage le jour de mon dix-huitième anniversaire.
J'étais revenue.
J'étais revenue au jour où tout avait commencé.
Les larmes me sont montées aux yeux, non pas de tristesse, mais d'une rage froide et pure. Cette fois, les choses seraient différentes. Cette fois, je ne serais plus la princesse naïve et impulsive. Cette fois, je connaissais la fin de l'histoire, et j'allais la réécrire.
J'ai enfilé une robe simple et je suis sortie de ma chambre. La grande salle de bal était déjà remplie de nobles venus célébrer mon anniversaire. La musique, les rires, les conversations feutrées, tout était exactement comme dans mon souvenir.
Et puis, je l'ai vue.
Au centre de la piste de danse, tournoyant gracieusement, Sophie. Elle portait ma robe. La robe impériale tissée de fil d'or, celle qui ne devait être portée que par une princesse de sang. Elle était le centre de l'attention, son visage rayonnant d'un triomphe mal dissimulé.
Mon sang n'a fait qu'un tour. La douleur fantôme de mes blessures passées a parcouru mon corps. La haine, claire et tranchante, a remplacé toute autre émotion.
Je me suis avancée, ma démarche assurée fendant la foule qui s'est écartée sur mon passage. La musique s'est tue, les conversations se sont éteintes. Tous les regards se sont tournés vers moi, puis vers Sophie, figée au milieu de la salle.
J'ai planté mon regard dans le sien, savourant la panique qui commençait à poindre dans ses yeux.
Ma voix a retenti, forte et sans appel, dans le silence de mort.
« Venez. »
J'ai fait un signe aux gardes postés près de la porte.
« Arrachez-lui cette robe. »
Un murmure choqué a parcouru l'assemblée. Sophie a pâli.
« Qui est-elle pour oser porter une robe impériale ? »