Sur son téléphone, il fit défiler le compte Instagram de Sophie. Une photo d'elle, de Manon et d'un jeune homme séduisant nommé Léo, souriant tous les trois lors d'une garden-party. La légende disait : « Un après-midi parfait en famille. » Le mot "famille" le frappa. Il n'avait jamais fait partie de leurs photos, ni de leur famille.
Le jour de sa sortie, il régla lui-même les frais d'hospitalisation et prit un taxi pour rentrer à la villa. Il n'emporta avec lui qu'un petit sac. Une fois dans sa chambre, qui ressemblait plus à une chambre d'amis qu'à celle du maître de maison, il commença à rassembler ses maigres affaires personnelles : quelques livres, des vêtements simples et une photo jaunie de son père, l'artiste célèbre dont l'héritage était la cause de tous ses maux.
La porte s'ouvrit à la volée sans qu'on ait frappé. Manon se tenait sur le seuil, les bras croisés.
« Qu'est-ce que tu fiches ? » demanda-t-elle d'un ton autoritaire. « Arrête de traîner. Maman veut que tu ailles dans le bureau de papa et que tu tries ses dernières affaires. On a besoin de la place. »
Damien ne répondit pas, continuant de plier un pull. Son silence l'enragea.
« Tu es sourd ? Bouge-toi ! Et au fait, mon anniversaire, c'est la semaine prochaine. Tu t'occupes de toute l'organisation. Je veux le meilleur traiteur, un groupe de musique live et un feu d'artifice. Assure-toi que tout soit parfait. C'est le moins que tu puisses faire, vu que tu vis à nos crochets. »
Elle le toisa de haut en bas avec mépris avant de claquer la porte. Damien resta immobile un instant, le pull dans les mains. Organiser la fête de sa tortionnaire. C'était la dernière insulte. Il acquiesça pour lui-même, un sourire sans joie aux lèvres. Très bien. Il allait organiser la meilleure fête d'anniversaire qu'elle ait jamais eue. Ce serait sa dernière contribution à cette famille.
La semaine passa dans un tourbillon de préparatifs. Damien s'exécuta sans un mot, contactant les prestataires, supervisant les installations, endurant les ordres et les changements d'avis constants de Manon.
Le soir de la fête, alors qu'il s'apprêtait à se changer, il découvrit son seul costume de soirée, celui qu'il avait acheté pour l'occasion, lacéré en plusieurs endroits, comme si quelqu'un s'était acharné dessus avec des ciseaux. Il n'eut aucun doute sur l'identité du coupable. Dans l'embrasure de la porte, Manon le regardait, un sourire triomphant aux lèvres.
« Oh, quel dommage, » dit-elle faussement. « On dirait que tu n'as plus rien à te mettre. »
C'est à ce moment que Léo, le jeune homme des photos, apparut. Il avait un air faussement contrit.
« Ne t'inquiète pas, Damien. J'ai une solution, » dit-il en lui tendant un costume suspendu à un cintre. « Celui-ci devrait t'aller. C'était à mon père, il ne le met plus. »
Damien regarda le costume. Il semblait un peu démodé, mais il n'avait pas le choix. Il le prit, remerciant Léo d'un signe de tête. Dans les yeux du jeune homme, il crut déceler une lueur de satisfaction malveillante, mais il la chassa de son esprit, trop préoccupé par la soirée à venir.
Quand il descendit, la fête battait son plein. La musique était forte, le champagne coulait à flots. En le voyant, un silence étrange se fit parmi les invités les plus proches de la famille. Tous les regards se tournèrent vers lui, des regards remplis de surprise et de murmures. Il ne comprit pas pourquoi, jusqu'à ce que Manon monte sur la petite estrade installée pour le groupe.
Elle prit le micro, son visage rayonnant de cruauté. « J'aimerais remercier tout le monde d'être venu. Et un merci spécial à mon beau-père, Damien. » Elle marqua une pause, le fixant. « Merci d'avoir choisi de porter ce soir le costume préféré de mon père décédé. C'est un bel hommage. Vraiment. »
L'humiliation le frappa comme un coup de poing. Il comprit tout : le costume, le regard de Léo, les murmures. C'était un piège. Il se tenait là, au milieu de la foule, habillé comme le fantôme de l'homme qu'il avait remplacé, l'homme dont il avait hérité la fortune et la fille illégitime, Chloé. Il était la risée de tous.