Chapitre 3 2 2 L'amertume

Elle me lance aussi curieuse que possible la parole, faisant dos à ses copines.

- Ça va, mon cœur ? demande-t-elle. Pourquoi fais-tu cette tête ?

- ... Je... je... Fhum, désolée, excuse-moi, je vais dans ma chambre.

Ce n'est pas dans mes habitudes ; je fais bien évidemment ligne droite sans lui parler de mon tracas, ni à elle, pour que ses copines n'entendent pas mes problèmes. Il le fallait, je ne suis pas d'humeur à parler à qui que ce soit.

Perplexe, ma mère se sent vexée, me regardant m'éloigner jusqu'à ce que je disparaisse de son champ de vision. Elle se retourne vers ses deux amies, d'humeur tout joyeuse et observatrice. Ma mère cache son visage vexé en affichant son plus beau sourire, mais au fond, rien ne va.

- Elle a dû passer une très mauvaise journée, dit-elle à ses copines, affamées d'informations. Elle enchaîne : je crois que ça va lui passer. Alors, les filles, vous désirez autre chose ? demande-t-elle.

- Vas la voir, ma chère, je te le conseille vivement, répond Anaïs Latour, qui lance un clin d'œil à ma mère.

- Vraiment ? demande-t-elle.

- Ouais, vas-y, ma chérie, répond Anaïs Latour en tirant une cigarette.

- Ouais, ouais, tu dois avoir raison, Anaïs. J'y vais, dit-elle en étant remplie d'énergie.

- Oui, surtout n'oublie pas de nous apporter un cocktail, s'il te plaît, lance Rachelle d'un regard extérieur.

- D'accord, pas de souci. Allez, je reviens les filles, dit-elle, en pleine surexcitation.

Sur les marches, je marche pas à pas jusqu'à ma chambre. La porte n'est pas fermée, j'y entre. Je regarde ma chambre pendant quelques secondes, puis je referme la porte derrière moi.

Je pose mon sac à dos sur mon bureau. Subitement, j'entends ma mère frapper à la porte, m'appelant par mon petit nom.

- Mon ours en peluche, t'es là ? On peut discuter ? Ouvre-moi, s'il te plaît.

J'efface immédiatement mes larmes avant de répondre. Je m'assieds sur mon lit, l'air de rien, mais c'est faux, tout va mal.

- Maman, va-t'en s'il te plaît, je n'ai pas envie de parler ! réponds-je en paniquant, j'ai l'air effrayée, comme tout à coup.

- Écoute, mon cœur, je... Elle entame mais je lui coupe

:« Maman, j'ai 25 ans, tu ne comprends pas que je veux être seule ? m'écriai-je en sanglots».

- Chérie, mais... tu... pleures ? demande-t-elle d'une voix glaciale et inquiète.

- Je veux être seule, s'il te plaît, réponds-je en baissant au maximum ma voix.

- Riade, il faut qu'on parle, s'il te plaît. Je n'ai pas aimé ton attitude de cet après-midi.

- Maman, va-t'en, je ne veux rien entendre !

- Très bien, je m'en vais, mais nous continuerons la discussion plus tard, dit-elle.

Aussitôt, j'entends comment elle s'éloigne peu à peu de ma chambre.

- Ouais, c'est ça, va t'en ! répliquai-je.

Je reprends mon souffle une fois la conscience tranquille. Je m'allonge sur mon lit en observant le plafond. Je réalise à quel point Marlène était tout pour moi.

On se disputait à chaque fois, on se râlait dessus juste pour ne pas s'ennuyer à tout bout de champ. Elle était pour moi un complément ; mes joies et mes colères incessantes, c'était tout nous, Marlène et moi.

Je sais ce qui me reste à faire pour la commémoration de Marlène. J'ai prévu de lui rendre un hommage digne de ce nom au lycée avec mes amis.

J'ai prévu d'afficher un énorme poster de Marlène dans l'école pour montrer à la famille Forchet que nous serons toujours présents moralement pour eux

**** Alberta ****

Quand je quitte la chambre de Riade, ma fille, mes amies ricanent délibérément après avoir vu cette mine fâcheuse que je libère en moi.

Madame Latour a déjà compris que rien ne s'est passé comme prévu, vu mon air fâcheux et anxieux. Rachelle montre un air semblable.

D'un regard perçant, Rachelle me lance, tout bonnement d'une voix chuchotée :

- As-tu parlé avec ta fille ? demande-t-elle de façon commère.

- Non, Madame Rodriguez, elle m'a chassée de sa chambre, oui, réponds-je avec agressivité.

Je prends la chaise à côté pour m'asseoir. Tandis qu'elle m'observe avec ce regard poignant, madame Rodriguez me relance :

- Je comprends, Alberta. Même ma fille se comporte de la sorte parfois, mais ne t'inquiète pas, tout ira mieux après.

- Je ne sais plus quoi penser, Madame Rodriguez. Ma fille est très bizarre. Parfois, elle est la meilleure des filles qu'on puisse avoir, et parfois, elle devient un véritable démon.

- Alberta, allez, votre fille n'est plus une gamine. Apporte-nous plutôt des jus, il me semble que tu les as oubliés en venant, dit-elle en s'éclatant de rire.

- Je suis vraiment désolée, m'excusai-je en fronçant les sourcils, leur montrant ma désolation.

- Allons, ma belle, ne t'inquiète pas pour Riade. Elle est une grande fille, lance madame Latour.

Très vite, je retrouve le sourire, ce sourire que j'avais perdu à l'arrivée de Riade. Tout redevient normal, et d'un sourire profond, je relance à mes copines :

- Ouais, vous avez raison, les filles. Vous allez m'attendre, je reviens avec les boissons, d'accord ? Je crois qu'on va s'amuser ce soir !

- Enfin, notre amie a retrouvé le moral, c'était pas trop top, dit madame Latour en pleine surexcitation.

- Ouais, bah les filles, vous allez m'attendre... Je reviens avec les boissons ! réponds-je en me levant de la chaise.

- Vas-y, ma chère, répond Anaïs avec joie.

Ce n'était pas si mauvais que ça, je me suis peut-être un peu trop mise en colère pour rien. Qui sait, peut-être qu'elle refait une crise d'ado.

Presque toutes les jeunes filles se comportent de la sorte. Au début, je ne comprenais pas cela, mais grâce à mes copines, je me sens libérée. J'ai vraiment de la chance d'avoir d'aussi bonnes amies comme les miennes.

Elles sont les meilleures de toutes. Ce soir, nous nous préparons pour une belle fête entre copines de la quarantaine d'années. Nous nous sentons tellement jeunes, c'est fou !

*** Riade ***

Allongée, je peine à ouvrir les yeux après un petit sommeille. Tout me semble être un cauchemar.

Soudain, j'entends la voix de ma mère derrière la porte, ce qui me fait sortir de mon sommeil.

Dégringolant en sueur, je suis complètement abattue. Je prends une profonde respiration pour me relaxer. Il me semble avoir la bouche lourde pour répondre à ma mère qui commence à s'impatienter.

- RIADE, dit-elle ! Mon amour, ouvre-moi s'il te plaît !

Mon sac est posé sur le bureau, mais j'ai la paresse d'aller le chercher. Mon portable y est gardé. Je lève les yeux vers l'horloge : il est 21h50. De l'autre côté, ma mère n'arrête pas de frapper.

Toc ! Toc ! Toc ! Toc ! Toc ! Riade, s'il te plaît, ouvre-moi ! dit-elle.

Dès lors, je calme mes esprits. Je me rends compte, quelques minutes plus tard, que j'ai fait un songe au sujet de Marlène. Étrange, mais je ne m'en souviens plus exactement. Je murmure :

- Ô Dieu, viens en mon secours !

J'enlève aussitôt les draps de mon corps, puis je me redresse sur le lit afin de mieux m'asseoir. Je ne suis malheureusement pas si relaxée que ça, car je n'ai pas le choix.

Plus elle toque, plus cela m'énerve, car je lui ai dit que je ne voulais voir personne, lançai-je avec le visage froissé.

- Qu'est-ce qu'elle me veut, celle-là ? Je veux être seule, maman ! m'écriai-je en sanglots.

Nerveusement, je tourne mes cheveux jusqu'à en faire un chignon f. Brutalement, ma mère donne des coups violents sur la porte d'entrée de ma chambre.

- Riade, je sais que tu m'entends. Je ne partirai pas tant que tu ne m'ouvres pas cette porte !

Je veux exploser. Je prends nerveusement la peine de me ressaisir avant de vouloir faire quoi que ce soit. Pendant ce temps, ma mère continue toujours à frapper la porte violemment.

- Ôh, que ça m'énerve ! répliquai-je furieusement. Elle m'énerve ! Je lâche un profond soupir.

- Mon cœur, tu es là ? demande-t-elle à travers la porte. Je t'ai entendue, tu n'as pas le choix, donc ouvre-moi cette porte, dit-elle.

Il est impossible pour moi de répondre à ma mère , j'ai trop de blème comme ça . J'ai passé tout l'après-midi à pleurer sans répit, et voilà que ma mère qui revient , décide de multiplier le nombre de mes soucis.

Je descends de mon lit obligé , me dirige vers la porte, déverrouillant la porte sans faire de bruit. Je retourne vers mon lit comme si de rien n'était, lui laissant la tâche d'ouvrir la porte elle-même. Une fois assise sur mon lit, je lui demande d'entrer.

- Ce n'est pas fermé, maman. Vas-y, entre, répliquai-je nerveusement.

Elle entre dans ma chambre, les yeux écarquillés, me regardant bizarrement, droit dans les yeux, laissant la porte d'entrée légèrement ouverte. Elle s'avance tout doucement vers moi.

- Riade, nous devons parler maintenant. Je ne suis pas rancunière, mais pour te dire vrai, j'ai été déçue par ton caractère aujourd'hui, dit-elle.

- Maman, sais-tu que j'ai passé une journée difficile aujourd'hui ? hurle-je avec agressivité.

Soudain, le silence s'installe comme par magie. J'ai les yeux fermés, décrivant cette douleur piégée en moi. Ma mère reste figée dans ses mots, me regardant d'un œil maternel.

- Désolée, mon cœur, je ne savais pas que tu avais passé une mauvaise journée. Sinon, très bien, tu viens ? Le repas est prêt ?

- Je ne suis pas d'humeur, mange sans moi.

- Non ! dit-elle.

- Mais comment ça, non, maman ?

- Non, Riade, fais-moi le plaisir de descendre à table, s'il te plaît, répond-elle.

- Je n'ai pas faim, maman, mais merci quand même, réponds-je d'une voix désintéressée.

Elle s'approche de moi, le visage illuminé par un sourire. Droit dans les yeux, elle me relance, portant ce regard maternel.

- J'insiste, viens manger, Riade. Tu n'as rien mangé depuis l'après-midi, mon amour, alors viens.

- Je suis désolée, maman. Manger sans moi ne sert à rien, vu que je ne descendrai pas.

Dès lors, elle prend place à mes côtés, me tenant par la main. Elle dit d'une douce voix :

- Mon cœur, est-ce que tu sais que je me fais du souci pour toi ? Pourquoi as-tu été méchante avec moi tout à l'heure ? demande-t-elle. En plus devant nos invités ?

Je reste sans voix, la regardant droit dans les yeux sans dire un mot. Je n'ai aucune idée de la réponse que je vais lui donner, mais une chose est sûre, il faut que je lui dise ce qui se passe. Après tout, elle reste ma mère ; ce ne serait pas logique de lui cacher cela.

- Maman, levais-je les yeux vers elle, je suis vraiment désolée. C'est juste que je traverse un moment très difficile et il m'est difficile de trouver la paix, réponds-je, l'air désemparé et découragée.

Elle me regarde avec perplexité. Elle me prend dans ses bras, me serrant très fort.

- Riade, mon enfant, tu sais quoi ? La vie est dotée de grandes épreuves. Donc vas-y, parle-moi et on verra le reste.

- Maman, tu ne comprends pas, réponds-je.

- Riade, tu es une petite fille à mes yeux. Tout à l'heure, je n'ai vraiment pas aimé ta manière de te comporter avec moi.

- Mais je me suis déjà excusée, maman !

- Je sais, c'est ça le problème, ton mauvais caractère. Tu te comportes mal et tu ne veux pas qu'on en parle. Qu'est-ce qui ne va pas avec toi ? s'écrie-t-elle.

J'ai juste senti une vague de colère se répandre sur mon corps quand elle m'a grondée. Elle me relance plus calmement et gentiment.

- Je... désolée d'avoir crié sur toi Riade mais c'est ton comportement qui me met en colère. Qu'est-ce qui te rend si de mauvaise humeur ?

- ...m...

Elle me regarde avec d'énormes attentes concernant mes réponses. La façon dont elle me convainc et me rassure me montre plus que je ne pensais d'elle.

Elle m'a toujours montré ses mauvais côtés. Aujourd'hui, tout semble être différent, car elle ressemble à cette maman que je pensais avoir perdue depuis le divorce avec mon père.

Elle a peut-être compris ce dont j'ai besoin. Les mots me manquent, Mon cœur se serre et je me mets à pleurer.

Tout doucement, je sens une goutte de larme gicler, s'étaler, puis une autre ressurgir le long de mon visage.

Je ne veux pas pleurer, mais cela s'avère très difficile pour moi. Elle me regarde de façon critique et dit :

- Qu'est-ce qu'il y a, Riade ? demande-t-elle. Pourquoi pleures-tu?

Aussitôt, je saute dans ses bras. Bouchée cousue, elle reste perplexe. Pendant que je fais mon mea culpa, je suis perdue.

C'est loin de ses attentes venant de moi, de me comporter de cette manière. Elle dit :

- Riade, parle-moi, s'il te plaît. Que se passe-t-il ?

- Maman, elle est morte ! annonçai-je en sanglots, les yeux inondés de larmes.

Je me retire aussitôt de ses bras. Dans ses yeux, je lis du scepticisme. Elle me voit comme une folle ; elle se demande si je vais vraiment bien dans ma tête.

Elle est perdue, elle semble ne rien comprendre, et me regarde, le ventre rempli de questions.

- Elle est morte ? s'enquiert-elle. Qui est morte, Riade ?

- Elle... elle... est...

J'ai triste, mal, très mal dans ma peau et, à chaque fois que j'y pense, cela me donne une envie brûlante d'éclater, de hurler et de vider toute cette amertume.

Elle me donne l'impression d'être inquiète pour moi, ce que je pense être. Elle dit :

- Riade, j'espère que tu n'as pas commis de bêtises. dit-elle, me lançant un regard accusateur. J'espère que tu n'as rien à voir avec le meurtre de quelqu'un, Riade.

Aussitôt, elle commence à me bousculer avec force. Vu que je ne réponds pas, selon elle, j'ai tué quelqu'un. Elle dit :

- Tu n'as pas tué quelqu'un, Riade ? Tu ne l'as pas fait, Riade ? demande-t-elle.

- ...

            
            

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