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Chapitre 2
Livia ne savait plus combien de jours s'étaient écoulés. La douleur de la marque dans son dos, le souvenir de Marcus qui la rejetait, était encore brûlant dans son esprit, comme une cicatrice ouverte. Elle était seule, vraiment seule, dans ce monde qui lui avait tout pris. Chaque branche cassée sous ses pieds, chaque souffle haletant dans l'air frais, lui rappelaient que, si elle s'arrêtait ne serait-ce qu'un instant, elle serait perdue. Les chasseurs de primes étaient à ses trousses, sans pitié. Mais ce n'était pas eux qui lui donnaient le plus de peur. C'était la solitude. La faim. L'angoisse.
Elle s'était égarée trop loin, trop profondément dans la forêt, un terrain qu'elle connaissait à peine. Elle s'était perdue dans sa propre fuite. Les échos de la meute, de ses cris, de ses menaces, résonnaient encore dans sa tête, mais elles ne comptaient plus. Ce qui comptait, c'était qu'elle survive. Qu'elle trouve une issue.
Elle avait entendu des rumeurs. Des murmures d'une ancienne amie, Elara, qui était restée fidèle à la meute mais qui n'avait jamais cru aux accusations de trahison. Peut-être qu'elle pourrait l'aider. Peut-être qu'elle pourrait la cacher, la protéger. Livia se rappela les moments passés ensemble, ces conversations où Elara lui avait promis que, quoi qu'il arrive, elle serait là pour elle. Une amitié solide, sincère, comme un phare dans une mer agitée. Elle s'accrocha à ce souvenir comme à une bouée de sauvetage, déterminée à le retrouver.
Mais quand elle arriva enfin là où Elara devait se trouver, l'espoir se transforma rapidement en amertume. Livia s'approcha de la petite cabane, son cœur battant fort contre sa poitrine, mais dès qu'elle entra, un frisson glacial la parcourut. La pièce était vide. Vide de vie, de chaleur. Seules quelques traces de pas dans la poussière du sol trahissaient qu'il y avait bien eu quelqu'un ici. Son nom, ce mot qui portait tant d'espoir, laissa place à un vide douloureux. Elle se força à avancer, à chercher des signes de sa présence, mais tout était figé, abandonné.
Livia s'assit sur le sol poussiéreux, la tête entre les mains. La trahison de la meute l'avait frappée, mais celle-ci la laissait sans repère, brisée à l'intérieur. Un silence oppressant s'était installé autour d'elle. Elle aurait pu pleurer, crier, tout ce qu'elle voulait. Mais elle savait qu'il n'y avait plus de place pour la faiblesse, pas dans ce monde-là.
La colère bouillonnait en elle, mais la douleur la poussait à avancer. Pourtant, la peur la rongeait de l'intérieur. Que faire ? Où aller ? Son esprit bouillonnait de solutions possibles, mais aucune ne semblait viable. Ses muscles étaient tendus, épuisés, son corps se débattait avec la réalité du danger. Elle savait qu'elle ne pourrait pas s'échapper éternellement.
Elle ferma les yeux un instant, puis se redressa. Il fallait avancer. Elle n'avait pas le luxe de se laisser abattre par la déception. Pas maintenant. Elle se leva, essuya la poussière de ses vêtements et se dirigea vers la porte.
Quand elle sortit, un cri perça l'air, étouffé, puis le bruit sec d'un projectile. Elle n'eut pas le temps de réagir. Livia sentit une douleur fulgurante à son flanc, un coup d'arbalète. Elle se haussait pour courir, mais la douleur la paralysa. Elle tomba à genoux, le sang se répandant autour d'elle, éclaboussant le sol. Elle tenta de se relever, mais une autre douleur s'ajouta, plus vive. Ses mains tremblaient de fatigue et de douleur, la vision devenant floue, jusqu'à ce qu'un autre bruit se fasse entendre.
Elle tourna la tête, mais ce fut trop tard. Les chasseurs étaient là, l'encadrant de leurs regards froids, leurs armes prêtes. Elle avait trop faibli. Trop tard pour fuir.
« Tu es encore en vie ? » L'un des hommes ricana, son ton dénué de compassion. « Tu n'auras pas cette chance longtemps. »
Livia tenta de se relever, mais elle se retrouva à nouveau à terre. Le sang s'écoulait trop vite, elle avait déjà perdu trop de force. Ses jambes étaient comme du coton, incapables de la soutenir. Son esprit se brouillait, mais elle savait qu'elle devait se battre.
Un éclat métallique brilla dans la lumière déclinante, et une main se tendit vers elle, la saisissant par les cheveux. « Tu croyais vraiment qu'on te laisserait partir ainsi, petite louve ? »
Elle serra les dents, prêt à mordre, à se défendre, mais une douleur terrible la traversa lorsqu'une autre flèche se ficha dans son épaule. Son cri fut étouffé par l'impact, et ses forces la quittèrent petit à petit. Le monde se vida autour d'elle.
Elle savait que ce n'était qu'une question de temps. Peut-être que ce serait son dernier souffle.
Mais juste avant que l'obscurité ne l'engloutisse complètement, un cri perça l'air, un cri puissant et rageur. La silhouette d'un homme émergea dans l'ombre, et les chasseurs reculèrent brusquement. Il y eut un instant de silence total. Puis, dans une vitesse effrayante, la silhouette se rapprocha, saisissant les chasseurs un à un, les plaquant au sol avec une force inouïe. Un seul regard suffit à savoir que cet homme n'était pas là pour jouer. C'était un prédateur. Et il avait un but bien précis.
Livia, inconsciente, sentit une chaleur intense l'envahir alors qu'elle se retrouvait prise dans les bras de cet inconnu. Mais elle n'avait pas la force de comprendre ce qui se passait. Son corps était trop fatigué, trop endommagé pour lutter. Elle sombra dans un sommeil profond, comme une mer calme, alors que la bataille continuait autour d'elle.
Quand elle ouvrit les yeux, la douleur avait disparu. Ses blessures avaient été nettoyées, bandées. Elle était allongée sur quelque chose de dur, mais confortable, enveloppée dans une couverture chaude. Le feu crépitait à proximité.
« Tu es réveillée, » dit une voix grave, familière d'une manière étrange. Livia tourna lentement la tête et croisa le regard d'un homme aux yeux sombres, froids comme de l'acier. Il la regardait sans émotion, comme s'il l'évaluait. « Tu es chanceuse. Pas beaucoup de gens peuvent survivre à ça. »
Elle se redressa légèrement, un frisson courant sur sa peau. « Qui... qui êtes-vous ? » demanda-t-elle d'une voix brisée.
L'homme ne répondit pas immédiatement. Il se leva, son regard toujours fixé sur elle, et s'éloigna pour récupérer quelque chose sur une table. Puis il se tourna enfin vers elle. « On m'appelle Caïn. Et toi, tu sembles être une survivante. Mais tu n'as plus d'endroit où aller, n'est-ce pas ? »
Livia le fixa, le silence entre eux lourd de non-dits. Elle ne savait pas si elle pouvait lui faire confiance. Mais elle savait une chose : il n'était pas comme les autres. Et, au fond, elle n'avait plus vraiment le choix.