Chapitre 2 02

Le néant l'engloutit, profond et insondable. Plus de son, plus d'air, plus de lumière. Juste cette sensation vertigineuse de tomber dans un abîme sans fin. Ava tenta de se débattre, d'attraper quelque chose, mais il n'y avait rien. Son propre corps lui échappait, comme si elle n'était plus qu'une ombre errant entre deux mondes.

Puis, une voix perça l'obscurité.

- Réveille-toi.

Un choc brutal secoua son esprit. Ava inspira violemment, comme si elle venait de remonter à la surface après une noyade. Ses paupières s'ouvrirent d'un coup, dévoilant un plafond inconnu, des lumières tamisées projetant des ombres dans la pièce. L'air était lourd, imprégné d'un parfum boisé et sombre, enivrant et oppressant à la fois.

Elle tenta de se redresser, mais un vertige la cloua contre le matelas moelleux sous son dos. Où était-elle ?

Un mouvement attira son attention. Il était là.

Debout près d'une grande fenêtre aux rideaux entrouverts, l'homme l'observait. Toujours aussi immobile, toujours aussi impénétrable. Seule la lueur froide de la lune dessinait les contours de son visage, révélant la dureté de ses traits, la perfection presque irréelle de sa beauté.

- Où... où suis-je ? souffla Ava, la gorge sèche.

Il ne répondit pas immédiatement. Il la contempla un instant avant de finalement s'approcher. Son pas était silencieux, fluide, et pourtant, chaque mouvement semblait chargé d'une puissance contenue, comme une bête tapie dans l'ombre, prête à frapper.

Lorsqu'il fut assez près, elle put distinguer la lueur brûlante au fond de ses prunelles. Ce regard n'était pas humain.

- Chez moi, déclara-t-il enfin.

Un frisson glacial lui parcourut l'échine.

- Pourquoi ?

Il s'accroupit à son niveau, son visage à quelques centimètres du sien. L'espace entre eux était si infime qu'elle pouvait sentir la fraîcheur anormale qui émanait de lui.

- Parce que je n'avais pas le choix.

Le silence s'épaissit, pesant. Ava sentit son cœur accélérer brutalement.

- Tu... tu aurais pu me laisser partir.

- Non.

Un mot, tranchant, irrévocable.

Elle le fixa, cherchant une échappatoire, une faille dans cette tension qui les enserrait tous les deux. Mais elle ne trouva rien. Juste cette certitude grandissante qu'elle venait d'être arrachée à son monde.

Et qu'elle ne pourrait peut-être jamais y retourner.

Ava tenta de calmer les battements affolés de son cœur, mais c'était impossible. L'air lui manquait, chaque respiration était un combat contre l'angoisse qui s'infiltrait dans ses veines. L'homme en face d'elle ne bougeait pas, et pourtant, sa présence envahissait tout l'espace.

Elle détourna les yeux, tentant d'analyser la pièce dans laquelle elle se trouvait. C'était une chambre immense, aux murs sombres, meublée avec élégance. Un style ancien, presque hors du temps. Rien ne ressemblait à ce qu'elle connaissait.

- Pourquoi moi ?

Sa voix n'était qu'un murmure tremblant, mais il l'entendit. Il l'entendait toujours.

- Parce que nos âmes sont liées.

Ava serra les draps entre ses doigts. Ce mot, liées, la terrifiait autant qu'il la fascinait.

- Je ne comprends pas...

Il inclina légèrement la tête, son regard ne quittant jamais le sien.

- Tu comprendras bientôt.

Il se redressa, s'éloignant lentement, mais la sensation oppressante qu'il dégageait ne faiblit pas. Ava sentit son corps frémir d'un mélange d'appréhension et d'incompréhension.

- Je veux rentrer chez moi.

Il s'arrêta, dos à elle.

- Ce n'est plus possible.

La panique la saisit.

- Comment ça, ce n'est plus possible ?!

Il tourna légèrement la tête, lui offrant un regard chargé d'une intensité glaciale.

- Tu es à moi, Ava.

Un silence abyssal s'abattit sur elle. Ces mots, dits avec une telle certitude, lui glacèrent le sang.

- Non...

Elle secoua la tête, refusant d'accepter l'évidence. Mais au fond d'elle, une partie de son être savait. Elle l'avait su dès cet instant où leurs regards s'étaient croisés.

Quelque chose d'inexplicable venait de se produire. Quelque chose d'inévitable.

Elle était liée à lui.

Qu'elle le veuille ou non.

Les minutes s'étiraient, pesantes et interminables, alors qu'Ava demeurait là, immobile, figée par la terreur qui l'étouffait. La pièce autour d'elle semblait se resserrer, chaque respiration devenant de plus en plus difficile, comme si l'air lui-même lui était refusé. L'homme... non, lui, se tenait toujours près de la fenêtre, presque indifférent à son état de panique, son dos droit comme une statue de marbre.

Ava sentit la colère se mêler à sa peur, une vague déchaînée de rébellion contre cette situation qu'elle n'avait ni voulue, ni choisie. Elle n'était pas une victime. Pas comme ça.

- Lâche-moi ! cria-t-elle soudain, son corps tremblant de rage.

Mais il ne réagit pas immédiatement. Un silence lourd pesait encore entre eux. Puis, lentement, il se tourna vers elle, son regard froid et perçant comme un glaçon. Il s'approcha à nouveau, mais cette fois, il ne s'accroupit pas devant elle. Il s'arrêta à quelques pas, et ce simple mouvement suffisait à lui faire sentir son pouvoir, sa domination.

- Tu as du courage. Mais la rébellion n'a jamais été une option, Ava.

Sa voix n'avait rien d'hostile, mais son ton était implacable.

- Je ne te laisserai pas décider de ma vie.

Elle se redressa, bien que ses jambes tremblent encore, déterminée à ne pas se laisser faire. Mais il ne la regardait plus avec l'énigme d'un instant auparavant. Non, maintenant il semblait presque amusé, comme un prédateur face à une proie qui tente encore de lutter.

- Tu ne comprends pas, Ava. Tu es bien plus qu'une simple humaine maintenant.

Les mots s'enfoncèrent en elle comme des clous.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

Il esquissa un sourire qui ne parvint pas à adoucir ses traits durs.

- Tu fais partie de nous. De ce monde. Un monde que tu ne peux plus ignorer.

Ava sentit un vertige l'envahir, une boule froide se former dans son ventre. Ce qu'il disait, ces mots... ils avaient un poids étrange, une certitude qui ne laissait aucune place au doute.

- Non... je... je suis normale. Je suis...

- Tu ne l'es plus.

Il s'approcha encore, ses yeux brillant d'une lueur qu'elle ne pouvait pas identifier.

- Je ne suis pas humain, Ava. Et tu le sais, toi aussi.

Il tendit la main, comme s'il voulait la toucher, mais elle se recula instinctivement, une peur incontrôlable l'envahissant à nouveau. Mais ce n'était pas de la peur de l'homme, de ce monstre qu'il semblait être. C'était de la peur de ce qu'il lui annonçait. De ce qu'il suggérait.

- Arrête... chuchota-t-elle, la gorge serrée.

Mais il ne s'arrêta pas. Il n'avait jamais eu l'intention de le faire.

- Tu n'as pas le choix, Ava. Nous sommes liés. Et rien, ni personne, ne pourra rompre ce lien.

Ava sentit la chaleur de ses mots la frapper comme un coup de poing. Un lien. Quel lien ? Elle était coincée dans un cauchemar, une réalité qui semblait s'effriter autour d'elle à chaque seconde qui passait. Comment un regard pouvait-il être si puissant ? Comment un simple instant de connexion pouvait changer sa vie à jamais ?

Elle se redressa lentement, son regard s'ancrant dans le sien avec plus de détermination.

- Tu n'as pas le droit de me faire ça, dit-elle d'une voix tremblante mais résolue.

Il la fixa, et dans ses yeux, elle distingua cette lueur glacée qu'elle n'avait pas vue auparavant : de l'amusement. Comme s'il la testait, cherchant à comprendre jusqu'où elle irait.

- Le droit... Tu penses encore que tu as un choix dans ce monde ? Que tu peux décider de ta destinée ?

Elle serra les poings, se forçant à ignorer la peur qui grondait sous sa peau.

- Et si je veux le détruire, ce lien ? Si je veux m'enfuir, m'échapper de toi et de ce... monde ?

Il se pencha légèrement en avant, une lueur d'amusement dans son regard, mais quelque chose d'autre, de plus sombre, y brillait aussi.

- Tu pourrais essayer. Mais le monde que tu connais n'existe plus. Et tu as beaucoup plus à perdre que tu ne l'imagines.

Les mots frappèrent comme une cloche, résonnant douloureusement dans son esprit. Elle recula d'un pas, le souffle court.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

Il s'approcha à nouveau, l'air indifférent à sa terreur palpable.

- Ce monde, celui que tu as connu, va te rejeter. Ta vie, tes amis, ta famille... tout cela te paraîtra étranger, comme un mauvais rêve dont tu n'arrives pas à sortir. Le lien, Ava, il va changer tout cela.

Ava sentit sa gorge se serrer, une boule d'angoisse montant en elle.

- Non, c'est impossible...

- Non, Ava, c'est toi qui es impossible à comprendre. Tu croyais que tu vivais une vie ordinaire. Mais tu as toujours été bien plus que ça. Bien plus que ce que tu crois.

Ses mots, froids et mesurés, semblaient s'infiltrer sous sa peau, la frappant là où ça faisait mal, là où elle ne voulait pas admettre quoi que ce soit.

- Et tu veux me dire que je n'ai aucun contrôle ?

Il secoua la tête lentement, comme pour lui faire comprendre que cette question était vaine.

- Tu as le contrôle, mais pas comme tu l'entends. Tu peux décider de te battre. Tu peux décider de refuser. Mais le lien entre nous... il ne se brise pas. Il ne sera jamais brisé.

Elle se tourna brusquement, cherchant désespérément à fuir, à trouver une porte, une issue. Mais il n'y en avait pas. Elle se trouvait dans un piège invisible. Un piège qu'elle n'avait même pas vu se refermer sur elle.

Elle s'arrêta enfin, les larmes menaçant de surgir malgré elle.

- Je ne veux pas de ça. Je ne veux pas être... ta compagne...

Il la regarda avec une expression qui était à la fois douce et impitoyable.

- Tu ne peux pas lutter contre ce que tu ressens, Ava. Tu es mienne. Et moi, je suis à toi. C'est notre destinée.

Un frisson d'horreur parcourut son dos. Elle secoua la tête, dégoûtée par ces mots, mais quelque part au fond d'elle, elle savait que tout ce qu'il disait était vrai. Le lien, cette connexion qu'ils avaient partagée, elle ne pouvait pas la nier. C'était réel.

Il s'approcha une dernière fois, lentement, son regard perçant planté dans le sien.

- Tu n'as pas à me croire maintenant. Mais tu apprendras à me comprendre. Et tu apprendras à comprendre ce qui t'arrive. Parce que tu n'as plus le choix.

            
            

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