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Le bruit sec de la porte qui s'ouvrit fit écho dans la pièce vide. Marco, le jeune lieutenant de Frank, se tenait là, figé un instant, comme s'il hésitait à entrer. Ses yeux, d'ordinaire pleins d'ardeur et de confiance, étaient maintenant chargés de doute. Il n'avait pas l'habitude de ressentir cela. Jamais auparavant il n'avait remis en question les ordres de Frank, mais quelque chose, aujourd'hui, avait changé.
Il se souvint de ce que Vito lui avait dit lors de leur dernière rencontre secrète. La proposition était subtile, habilement déguisée en suggestion. * »Frank est un homme du passé, Marco. Le monde change. L'avenir est ailleurs. Pourquoi te contenter de servir un homme qui vieillit, qui a des attaches, quand tu pourrais être au sommet avec ceux qui ont la vision ? »*
L'appât de la gloire, du pouvoir absolu, s'était glissé dans son esprit comme un poison lent. Marco n'était pas un homme sans ambition. Il savait qu'il n'était qu'un pion aux yeux de Frank, un outil précieux, mais un outil quand même. Cependant, la proposition de Vito... elle le hantait. Vito l'avait promis : *"Tu seras plus que ce que tu es, Marco. Si tu veux vraiment l'ascension, elle commence ici."*
Il s'avança lentement dans la pièce, son regard fuyant celui de Frank qui l'attendait déjà, dans son fauteuil, l'air impassible. Frank ne le regarda pas immédiatement. Il savait que Marco avait quelque chose à lui dire, mais il attendait que l'homme prenne la parole de lui-même. Il n'avait pas besoin de questionner ; il connaissait les signes du doute lorsqu'il les voyait.
Marco resta silencieux, son cœur battant la chamade. Il savait que le moment était venu. Ses mains tremblaient légèrement lorsqu'il les posa sur le dossier de la chaise en face de Frank. La tension dans l'air semblait presque palpable.
- Frank, je... je suis désolé, mais il y a des choses que je dois... partager, finit-il par dire, la voix incertaine, mais chargée de la lourde vérité qu'il avait gardée pour lui trop longtemps.
Frank tourna lentement son regard vers lui, ses yeux noirs comme une mer calme mais insondable. Il n'avait pas besoin de demander de quoi il s'agissait. Il savait.
- Parle, dit-il enfin d'une voix basse, mais ferme.
Marco prit une grande inspiration. Ce qu'il allait dire pouvait tout changer, et il le savait. Mais il n'avait plus le choix.
- Vito... m'a approché, murmura Marco, comme si le simple nom du chef rival pouvait souiller la conversation. Il m'a offert plus que ce que tu pourrais jamais me donner. Il m'a offert un futur... un vrai futur. Pas comme celui que j'aurai à tes côtés, Frank.
Le silence qui suivit cette déclaration était lourd. Frank, pourtant calme en apparence, ressentait l'impact de chaque mot. Son esprit analysait rapidement, cherchant à comprendre. Marco, autrefois l'un de ses plus fidèles lieutenants, venait de poser les bases d'une trahison. Un jeu de pouvoir silencieux venait de s'inviter dans cette guerre déjà sanglante. Mais il n'y avait pas de place pour les faibles ou les indécis dans ce monde. Frank se leva lentement, son regard perçant, comme s'il essayait de lire l'âme de Marco.
- Et tu crois que je ne le sais pas ? dit-il finalement, son ton presque calme, mais d'une profondeur menaçante. Tu penses qu'en t'alliant à Vito, tu obtiendras ce que tu veux ? Tu ne vois pas que c'est lui qui manipule chaque pièce de ce jeu ? Tu n'es qu'une autre de ses marionnettes, Marco.
Il s'arrêta un instant, scrutant le visage de l'homme devant lui. Marco détourna le regard. Il savait que Frank avait raison, mais son esprit, empli d'ambition, lui criait qu'il y avait plus à gagner en rejoignant Vito. Il n'était pas seulement un homme d'ordre. Il était un homme de pouvoir. Et il voulait ce pouvoir, coûte que coûte.
- J'ai pris ma décision, Frank, dit Marco d'une voix plus ferme, bien qu'il ait le cœur serré. Et je ne suis pas le seul. D'autres se joindront à moi. Ceux qui voient l'opportunité dans ce que Vito offre.
La rage bouillonnait dans les entrailles de Frank, mais il la contenait, conscient que chaque mot pouvait précipiter la situation. Il savait que Marco n'était pas seul dans ses pensées. D'autres, plus nombreux qu'il ne le pensait, étaient prêts à sauter dans le même train. Une menace bien plus grande qu'il n'avait imaginée.
- Si tu crois que tu peux me trahir ainsi et t'en sortir, tu te trompes lourdement, Marco, dit Frank d'un ton glacial. Je vais te montrer ce que signifie vraiment choisir un camp. Je vais te rappeler pourquoi tu as toujours travaillé pour moi.
Mais avant qu'il ne puisse dire plus, une vibration de son téléphone interrompit le silence tendu. Il le décrocha, le regard toujours ancré dans celui de Marco. Il lut le message, ses traits se durcissant instantanément.
- Vito fait son coup. Il est en train de prendre la ville. Il vient de lancer une offensive pour s'emparer du marché de la drogue dans le quartier de Greenpoint. Il frappe fort, très fort, Marco. Et je ne vais pas le laisser faire.
Les mots résonnèrent comme un coup de tonnerre. L'intrigue de Vito, bien plus audacieuse et risquée que tout ce que Frank avait anticipé, se dévoilait sous ses yeux. Ce n'était plus simplement une question de pouvoir : c'était une tentative de contrôle total d'un marché vital. Si Vito réussissait, Frank perdrait plus que des hommes. Il perdrait sa place, son emprise sur la ville.
Frank se tourna rapidement vers son lieutenant.
- Rassemble tes hommes. Nous devons frapper avant qu'il ne s'installe dans ce quartier. Il faut leur montrer qu'il n'a pas de place ici.
Mais alors que Marco partait, une nouvelle alerte arriva. Une source cruciale, un informateur de longue date de Frank, avait disparu. Cette perte frappa Frank comme un coup de couteau. Ce n'était pas simplement une question d'informations manquantes. Cette source était son lien avec l'intérieur des opérations de Vito, et maintenant elle était partie. Frank savait que sans elle, tout risquait de s'effondrer.
Les murs semblaient se refermer sur lui, la pression montant d'un cran. Vito jouait un jeu sans pitié, et Frank savait que chaque mouvement comptait. Le jeu devenait plus risqué, chaque décision plus cruciale. Mais plus il perdait, plus il devenait déterminé à tout récupérer. À tout prix.