/0/23481/coverbig.jpg?v=e07f203525618a6f8d7e40b58e3f2b5b)
La silhouette de Frank émergea de l'ombre, son visage dur comme de la pierre. Il marcha rapidement à travers les ruelles sombres, ses pensées tournées vers la rencontre qui l'attendait. Ce n'était pas une rencontre ordinaire, c'était une dernière tentative pour apaiser la tempête qui menaçait de tout engloutir. Vito Genovese, son ancien allié devenu son plus grand ennemi, avait accepté une rencontre en dehors des lieux habituels, dans un endroit neutre où aucune des deux familles ne possédait de véritable influence.
C'était leur dernier espoir de sauver ce qui pouvait l'être, de prévenir une guerre totale qui déchirerait la ville.
Frank savait que la diplomatie n'était qu'une illusion fragile, mais il n'avait plus de choix. Il devait essayer, au moins pour une dernière fois. Le poids de la guerre sur ses épaules était déjà écrasant, mais cette rencontre pourrait changer tout cela. Si Vito acceptait de parler, de trouver un terrain d'entente, il pourrait éviter le pire. Mais une question persistante le tourmentait : Vito serait-il vraiment prêt à négocier ? Ou avait-il déjà décidé que la guerre était la seule issue possible ?
Il entra dans le bâtiment abandonné, un vieux complexe industriel que lui-même avait utilisé dans le passé pour des réunions secrètes. Les murs étaient marqués par les années, l'air lourd et humide, mais Frank n'y prêta pas attention. Ce qui comptait, c'était la rencontre qui allait se dérouler dans les minutes à venir. Le bruit de ses pas se répercutait dans l'espace vide, chaque écho amplifiant le silence pesant qui entourait la salle.
Vito était déjà là, debout, une cigarette allumée entre ses doigts, une expression impassible sur son visage. Leurs yeux se croisèrent un instant, et Frank sentit l'intensité de la tension. Il n'avait pas besoin de mots pour comprendre ce qui se jouait. Vito, comme toujours, dégageait cette aura d'assurance, comme s'il détenait déjà la clé du monde. Frank, de son côté, se tenait droit, son regard perçant et ses poings serrés, mais il n'était pas là pour jouer la carte de l'arrogance. Pas cette fois.
Les premières paroles de Vito étaient glaciales.
- Alors, Frank, tu es venu me supplier d'arrêter tout ça ?
Frank garda son calme, s'efforçant de ne pas laisser sa colère bouillonner en lui. Il savait que cette rencontre n'était pas un simple échange de menaces. C'était un pari risqué, un dernier essai pour éviter le chaos total.
- Non, Vito. Je suis ici pour sauver ce qui peut l'être. Nous savons tous deux que cette guerre détruira tout, que ça soit nous ou nos hommes, ou pire, la ville elle-même. Il est encore temps d'arrêter.
Vito lâcha un petit rire sec, presque un soupir d'ennui.
- Tu penses vraiment que je viens de cette famille pour en perdre la moitié dans une rencontre aussi pathétique ? C'est trop tard, Frank. La guerre est déjà là, et tu le sais aussi bien que moi. Alors arrête de jouer à l'humaniste. Tu as voulu la guerre. Eh bien, tu vas l'avoir.
Les mots de Vito frappèrent Frank comme une décharge électrique. Il savait que l'homme en face de lui ne parlerait pas de paix. Vito avait pris sa décision, et tout ce qui restait désormais était d'exécuter le plan.
Avant que Frank ne puisse répondre, il sentit une vibration dans sa poche. Un message, et son cœur se serra avant même qu'il ne le lise. L'écran montrait un simple message de Salvatore : *Le quartier de Westbrook. C'est le carnage. Vito fait passer le message, Frank. Il a attaqué le cœur de notre territoire. Tout est en feu.*
Un frisson de terreur envahit Frank, mais il ne laissa rien paraître. C'était un message clair de Vito : pas de négociation. Pas de paix. La guerre était là, et elle venait avec des flammes. Il tourna les talons et s'apprêta à partir, mais la voix de Vito le fit se figer.
- Si tu crois que tu peux arrêter ce que j'ai commencé, Frank, tu es bien naïf. Les règles ont changé. C'est toi qui as ouvert la porte. La question maintenant, c'est de savoir qui va tenir la clé du royaume.
Frank ne répondit pas. Il ne pouvait pas. Ses pensées étaient ailleurs, tournées vers le carnage annoncé dans le quartier de Westbrook. Il n'y avait plus de place pour la diplomatie. Vito avait franchi la ligne. La guerre, cette guerre qui semblait encore distante il y a quelques heures, venait de prendre un tournant irréversible.
Il monta dans sa voiture avec la rapidité d'un homme dont l'esprit n'était plus qu'une machine à réagir. Les ordres étaient donnés avant même que la porte ne se ferme derrière lui.
- Salvatore, mets-nous en mouvement. Rassemble les hommes. Je veux une réponse immédiate. On contre-attaque. Que l'on frappe là où ça fait mal.
Le téléphone vibra à nouveau. Cette fois, c'était un autre message de Salvatore. *Tout est en feu à Westbrook. Les gens sont dans les rues, ils ne savent plus où fuir. La police est déjà là. Mais les civils sont pris dans la mêlée.*
Frank n'avait pas le temps de réfléchir davantage. Chaque seconde comptait, chaque décision devait être prise avec la précision d'un chirurgien. Il lança les ordres à son équipe sans hésitation.
Mais au fond de lui, un doute persistait. Ce qu'il venait de vivre avec Vito, cette rencontre, cette tentative d'apaisement, tout cela pesait lourdement sur son esprit. Il avait toujours cru en la possibilité de résoudre les conflits sans trop de pertes, mais ce soir, il venait de comprendre quelque chose de terrible. La guerre qu'il menait n'était pas une guerre entre familles. C'était une guerre pour la domination d'un empire. Et dans cet empire, la moindre hésitation pourrait signer sa fin.
La réponse qu'il devait apporter à Vito n'était pas simplement celle d'un homme en colère. C'était celle d'un homme qui devait faire face à un avenir incertain, où chaque mouvement pouvait tout changer.
Les heures suivantes passèrent dans un tourbillon de violence et de chaos. Les rues, déjà saturées de tension, se remplirent d'une brume encore plus épaisse. Des tirs retentirent, des explosions secouèrent les bâtiments, et les sirènes hurlèrent dans une cacophonie sans fin. Westbrook était devenu un champ de bataille. Mais c'était bien plus que cela. C'était le signal d'un conflit total.
Frank, perdu dans cette frénésie, ressentait l'étreinte glacée de l'impossible retour en arrière. Il savait qu'il venait de franchir une ligne, et que cette guerre, qu'il avait espéré éviter, ne finirait que lorsqu'un seul des deux hommes serait encore debout.
Le carnage était là, et ce qui avait commencé par une tentative de paix était désormais devenu une guerre à l'issue tragique. Le pire restait à venir.