Chapitre 2 Chapitre 2

L'odeur du sang emplissait l'air. Une silhouette allongée, les yeux fixes et vides, gisaient sur le sol froid de l'entrepôt. La lumière des néons clignotants projetait des ombres irrégulières sur le corps sans vie. Le visage de Donny était méconnaissable, presque défiguré. Le sang s'était mélangé à la poussière du béton, formant des éclats sombres autour de lui, une peinture morbide sur le sol. Frank s'agenouilla lentement, son regard fixé sur le cadavre de l'homme qui, quelques heures plus tôt encore, faisait partie de son cercle de confiance. Il savait que ce n'était pas un simple meurtre.

Ce n'était pas un vol qui avait mal tourné, ni une simple erreur de parcours. C'était un message.

Un message envoyé par Vito.

Frank prit une profonde inspiration et ferma brièvement les yeux, comme s'il espérait qu'à son retour, la scène disparaîtrait. Mais le spectacle macabre restait inchangé. Donny était mort. Une des mains les plus fidèles de Frank, un lieutenant qu'il avait élevé, formé, qui n'avait jamais montré la moindre faille dans sa loyauté, gisant là, sans vie, comme un avertissement. Son esprit se tourna instinctivement vers Vito. Ce n'était pas un hasard. Ce n'était pas un accident. Vito avait fait ça pour lui envoyer un message, pour marquer le début de la guerre.

« Je sais que tu m'entends, Frank », pensa-t-il. « Tu sais que je ne reculerai devant rien. »

Un frisson glacé parcourut sa nuque, mais il le repoussa rapidement. Il ne pouvait se permettre de montrer de la faiblesse, pas maintenant. Il fallait agir. Vito ne jouerait pas dans les règles, il n'était plus question de stratégie, mais d'anéantir l'adversaire.

Frank se leva brusquement, son regard dur se posant sur les autres membres de son équipe qui étaient là, hésitants. Ils ne bougeaient pas, comme paralysés par la brutalité de la situation. Les yeux des hommes restaient fixés sur le corps de Donny, incapables de détourner le regard. Un moment de silence, lourd, oppressant.

- Faites-le sortir, ordonna Frank d'une voix basse, sans émotion. Préparez les hommes. On va devoir bouger vite.

Le ton de sa voix faisait écho dans l'entrepôt vide, mais personne n'osa répondre. L'idée que l'un des leurs ait été tué dans ces circonstances était une trahison qui frappait plus fort que la violence elle-même. Ils étaient tous témoins d'une autre règle, plus simple, qu'ils avaient suivie depuis des années : on ne tue pas un de leurs hommes sans conséquences. Mais aujourd'hui, Vito avait franchi la ligne. Et il le savait.

Quand Donny fut emporté, Frank fit un geste à l'un de ses hommes, un simple mouvement de la main pour qu'ils le suivent. Il se dirigea vers le bureau qui se trouvait au fond de l'entrepôt, hors de la vue des autres. Il fallait qu'il parle à quelqu'un, qu'il règle cette situation immédiatement, avant que tout ne devienne incontrôlable. Ce n'était pas le moment de tergiverser.

En entrant dans la pièce, il s'arrêta net. Le vieil homme assis derrière le bureau ne leva même pas les yeux. Le visage buriné, marqué par les années et les épreuves, il n'était pas un homme qui se laissait facilement impressionner. Mais il était aussi l'un des rares qui comprenait les enjeux du monde dans lequel Frank vivait.

- Tu sais pourquoi je suis ici, dit Frank d'un ton tranchant.

- Oui, répondit l'homme d'un seul mot. Ils savent que tu ne peux pas être ignoré, maintenant que Vito a lancé l'attaque. Il sait exactement ce qu'il fait. Et ça ne va faire qu'empirer.

Le vieil homme était calme, trop calme. Frank savait qu'il ne pouvait pas se permettre d'être aussi détendu. Il savait que chaque mouvement de Vito était calculé. Et ce meurtre, ce meurtre de Donny, n'était qu'une partie de quelque chose de beaucoup plus grand.

- Il veut me faire tomber, dit Frank, d'une voix basse, presque murmurée. Il veut me faire tomber pour que je perde la tête. Pour qu'ils croient qu'il est plus fort. Mais il se trompe. Il ne me connaît pas comme il le croit.

- C'est plus compliqué que ça, dit le vieil homme en se levant. Vito veut faire plus que de simplement te faire tomber, Frank. Il veut semer le chaos. Il veut que tu perdes tout ce que tu as bâti, lentement, méthodiquement. Et il sait que ce genre de message... ce genre de sang versé... c'est le moyen le plus direct.

Frank ferma les yeux un instant, serrant les poings sur le bureau. La colère bouillonnait en lui, mais il la réprima. Ce n'était pas le moment pour l'émotion. C'était le moment de la réflexion. Mais la réflexion seule ne suffirait pas. Il fallait agir, maintenant. Vito avait joué sa carte. Il fallait qu'il réponde, et de manière décisive.

- Que faut-il faire ? demanda Frank d'un ton plus ferme.

Le vieil homme ne répondit pas tout de suite. Il s'approcha lentement, fixant Frank dans les yeux. L'expression de l'homme n'avait jamais été aussi grave.

- Il est trop tard pour la diplomatie. Tu sais ce que tu dois faire. C'est la guerre maintenant. Et dans la guerre, il n'y a pas de place pour la pitié.

Frank acquiesça lentement. Le vieil homme avait raison. Il n'y avait plus de place pour l'illusion de paix. Vito avait ouvert la porte à la violence. Maintenant, il fallait que Frank s'assure que ce message, celui de Donny, soit la première et dernière erreur que Vito commettrait. Si Frank voulait que sa position soit respectée, il n'avait plus le choix.

Mais une pensée sombre traversa l'esprit de Frank. La guerre qui venait de commencer n'était pas simplement une lutte pour le pouvoir. C'était une bataille pour sa propre survie. Et si Vito voulait lui faire payer chaque seconde, chaque instant d'hésitation, il fallait qu'il se prépare à répondre avec une violence encore plus grande.

- Préparez-vous, dit Frank, le regard fixe. On ne reculera plus. Pas cette fois. Nous allons faire payer ce prix à Vito. Nous allons l'obliger à regretter cette décision. Il l'a voulu. Maintenant, il l'aura.

Le vieil homme ne répondit pas. Il savait que Frank n'était pas un homme qui parlait en l'air. Il savait que la guerre qui allait suivre serait brutale, impitoyable. Mais au fond de lui, il se demandait si Frank était prêt à la mener. Parce que dans ce monde, une erreur de jugement pouvait être fatale. Et cette fois, il ne s'agissait pas seulement de la survie de l'un ou de l'autre. C'était celle de tout un empire.

La nuit était dense, presque oppressante, alors que Frank Costello quittait le restaurant privé où il venait de rencontrer un des plus vieux alliés de la famille, Don Marco. Leurs échanges n'avaient pas été amicaux, mais au moins constructifs. Marco avait accepté d'envisager une alliance temporaire, mais Frank savait que les promesses étaient fragiles dans ce monde. La loyauté n'était jamais acquise, et la trahison flottait toujours dans l'air comme une brume toxique. Le véritable danger n'était pas dehors, il était à l'intérieur, là où l'on croyait être en sécurité. Frank n'était plus certain de pouvoir faire confiance à ses propres hommes.

Il s'arrêta un instant dans la ruelle sombre, écoutant les bruits lointains de la ville, ces bruits familiers, mais aujourd'hui perçus différemment, comme si l'air même de la ville était devenu plus lourd. Il tourna la tête, observant les ombres qui dansaient autour de lui, projetées par les lampadaires tremblants. Puis il s'engouffra dans sa voiture sans un mot, sentant un poids sur ses épaules, celui de la guerre qui approchait inexorablement.

Dans l'habitacle sombre de la voiture, il se perdit dans ses pensées. L'alliance avec Marco, bien que précieuse, ne suffisait pas. Frank devait étendre ses contacts, trouver plus de soutiens. Vito, quant à lui, préparait sa propre coalition, et Frank n'allait pas rester les bras croisés. Mais au fond, une suspicion grandissait en lui. Un traître. Quelqu'un dans son propre camp, quelqu'un qu'il avait toujours cru loyal, l'avait peut-être trahi. Le meurtre de Donny, cette embuscade dans l'entrepôt, ne pouvait pas être le seul avertissement. Il y avait quelque chose de plus sinistre, quelque chose de caché dans les ombres de son propre réseau.

Son regard se posa sur le rétroviseur. Chaque reflet, chaque mouvement, prenait une dimension inquiétante. Il savait que la guerre, lorsqu'elle éclaterait, serait brutale. Mais il ne s'attendait pas à la violence soudaine qu'il ressentait, comme une détonation dans l'air. La première grande escarmouche était imminente.

Le téléphone de Frank vibra dans sa poche, un bruit faible mais implacable. Il décrocha sans un mot. C'était un message de Salvatore, son lieutenant de confiance, mais l'urgence dans sa voix ne laissait aucun doute.

- Frank, c'est commencé. La situation est incontrôlable. Vito a frappé à plusieurs endroits. Les hommes de la famille DeLuca sont avec lui. La ville est en état d'alerte, tout le monde parle déjà de la guerre.

Le monde de Frank s'effondra un instant. Une partie de lui avait espéré éviter ce moment, croire que la tension se dissiperait, que la guerre pouvait encore être évitée. Mais le destin semblait avoir d'autres projets. Vito ne l'avait pas seulement défié. Il l'avait provoqué, et dans une ville où les alliances se nouaient et se dénouaient dans le sang, il n'y avait pas de retour en arrière. La guerre était là, vivante et menaçante, prête à engloutir tout sur son passage.

Il raccrocha d'un geste sec, sa main tremblant légèrement sur le téléphone avant qu'il ne le repose. Il savait que l'attaque de Vito n'était que le début. Frank avait prévu que les premières escarmouches viendraient tôt ou tard, mais il n'avait jamais cru qu'elles arriveraient aussi rapidement. Le bruit des armes, les coups de feu éclatant dans la nuit, les ruelles devenant des terrains de guerre... Tout ça n'était plus un futur incertain. C'était la réalité qui le frappait en plein visage.

Les hommes de Frank se regroupaient rapidement, prêts à riposter. Mais l'incertitude était dans l'air. Si l'attaque venait de l'extérieur, il était certain de pouvoir compter sur l'unité de ses hommes. Mais la vraie question était : qui, parmi ceux qui l'entouraient, n'était plus un allié ?

Salvatore avait raison de s'inquiéter. Le moment où Vito aurait l'avantage tactique serait court. Très court. Les rues étaient déjà tendues, et si Frank attendait trop longtemps, il risquait de perdre la main. Il fallait frapper fort et frapper vite. Mais qui frapper en premier ? Les DeLuca ? Marco ? Ou un autre ?

Son esprit s'emballa alors qu'il pensait à chaque possibilité, à chaque mouvement, à chaque mouvement qu'il pourrait anticiper... ou non. La guerre n'était pas un simple jeu de stratégie. Chaque geste, chaque mot, chaque décision pesait. Et là, il sentait la pression sur ses épaules. Comme un coup de poignard lent, inéluctable.

Ce n'était pas seulement un conflit pour le pouvoir. Il y avait plus que ça. Il y avait la survie de son nom, de son héritage. Frank se redressa dans son fauteuil, l'adrénaline poussant une clarté nouvelle dans son esprit. Il n'avait pas l'intention de se laisser écraser par un autre homme. Surtout pas par Vito. La ville était son terrain, et il comptait bien le défendre, coûte que coûte.

Mais il savait aussi que, pour gagner cette guerre, il ne pouvait se contenter de l'alliance fragile avec Marco. Il devait atteindre d'autres familles, d'autres pouvoirs dans l'ombre, et les attirer de son côté. Ses alliés, à ce stade, étaient plus des impératifs que des choix.

Il prit une profonde inspiration et se leva brusquement. Le moment était venu. Il n'y avait pas de place pour la peur. Pas de place pour l'hésitation. Il se tourna vers Salvatore, qui était déjà là, attendant ses ordres.

- Rassemble les hommes, dit-il d'une voix dure. Je veux que tout le monde soit prêt. On va riposter. Mais avant ça, je veux qu'on trouve qui est derrière ce coup. Qui est ce traître parmi nous ? Nous avons quelqu'un dans nos rangs, et je vais découvrir qui c'est. Vito croit pouvoir me faire tomber. Il va vite se rendre compte qu'il s'est trompé.

Salvatore acquiesça, un frisson visible dans ses yeux. Il savait ce que Frank voulait dire. La guerre était déjà là, et les premières lignes étaient tracées dans le sang. Mais dans cette guerre, il n'y aurait pas de quartier. Il n'y avait pas de place pour les erreurs.

Quelques heures plus tard, les sirènes retentirent à travers la ville, leurs hurlements effrayants déchirant la nuit. La première grande escarmouche était en marche. Des voitures blindées fonçaient à travers les rues, les hommes de Vito attaquant plusieurs points stratégiques. Mais Frank n'était pas en reste. Ses hommes se mirent en marche, déployant rapidement leur force dans les secteurs vitaux. La bataille était lancée. Et dans ce chaos, il fallait un vainqueur. Celui qui survivrait en sortirait plus fort. Mais tout le monde savait, dans les rangs des deux camps, que cette guerre laisserait une marque indélébile sur la ville. Une ville qui, bientôt, serait plus que jamais divisée.

            
            

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