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Chapitre 5
Une horloge tournait quelque part, comptant les secondes entre eux.
Il était là, assis dans le salon, une chemise déboutonnée, un verre à la main. Elle, en face, perchée sur l'accoudoir du canapé, jouant distraitement avec une boucle de ses cheveux.
Il y avait eu une coupure de courant.
Un orage avait tout balayé, plongeant la maison dans une obscurité moite, où seule la lueur des bougies offrait un semblant d'ambiance.
Pas de téléphone. Pas d'ordinateur. Pas de moyens d'échapper à cette étrange bulle entre eux.
Megan avait hésité à monter dans sa chambre.
Mais il y avait eu ce truc...
Une fatigue sur son visage.
Un instant où il avait semblé... humain.
- On dirait que ça t'ennuie d'être coincé ici avec moi, lança-t-elle, brisant le silence.
Oliver leva un sourcil.
- Pourquoi tu dis ça ?
- Parce que t'es tendu comme un mec qui regrette d'être rentré chez lui.
Un soupir. Il but une gorgée de son whisky.
- Peut-être que je suis juste... pas habitué à la compagnie.
Elle s'attendait à une répartie sèche. Pas ça.
Un aveu.
Presque une confession.
Elle l'observa.
Il était toujours impeccablement froid, ce foutu masque vissé sur le visage. Mais il y avait autre chose ce soir.
Quelque chose de plus vrai.
Elle hésita. Puis se leva et attrapa la bouteille sur la table basse.
- Je vais avoir besoin d'un verre pour entendre la suite.
Il eut un sourire en coin, imperceptible.
- Il n'y a pas de suite.
- Mensonge.
Elle se servit une dose généreuse, trinqua avec lui.
- À ta solitude, alors.
Il fit tinter son verre contre le sien.
- À la tienne aussi, Megan.
Elle le fixa.
Et pour la première fois depuis leur rencontre, elle ne trouva rien à répondre.
***
Plus tard, alors qu'elle errait dans la bibliothèque, elle tomba sur un carnet posé sur un coin du bureau.
Elle ne chercha même pas à résister à la tentation.
Des pages couvertes d'une écriture serrée, nerveuse.
Des esquisses.
Des bâtiments. Des structures. Des designs.
Elle fronça les sourcils.
Oliver Carrington, l'homme d'affaires froid et pragmatique, griffonnait des plans d'architecte ?
Elle feuilleta rapidement.
Des idées jetées en vrac. Des annotations.
Rien de financier.
Juste de la création brute.
Elle sursauta en entendant une voix derrière elle.
- Tu fouilles dans mes affaires maintenant ?
Elle referma le carnet d'un claquement sec et se retourna.
Oliver était adossé à la porte, les bras croisés.
- Tu dessines, déclara-t-elle, plutôt que de s'excuser.
Il haussa un sourcil.
- Et alors ?
- Je croyais que tu ne faisais que signer des contrats et manipuler le monde.
Un rictus.
- Désolé de te décevoir.
Elle tapa du doigt sur le carnet.
- Pourquoi t'as jamais parlé de ça ?
Il haussa les épaules, comme si ça n'avait pas d'importance.
Mais ça en avait une.
Elle le sentait.
Et ça la perturbait plus que ça n'aurait dû.
***
Le lendemain, une rumeur se répandit dans la maison.
Quelqu'un était de retour.
Megan surprit un murmure dans le couloir.
Elle s'arrêta net en entendant le prénom.
Cassandra.
Un nom qui sonnait comme une alerte.
Elle fit demi-tour et descendit à la réception.
Et elle la vit.
Une femme élancée, élégante. Tout ce qu'il fallait pour incarner le genre de passé qu'elle ne voulait pas voir ressurgir.
Cassandra souriait.
Posait une main sur le bras d'Oliver, trop à l'aise, trop familière.
Et lui...
Il la laissait faire.
Une boule de frustration se forma dans la gorge de Megan.
Elle s'approcha.
Lentement.
Oliver leva enfin les yeux vers elle.
Et à ce moment précis, Cassandra tourna la tête aussi.
- Oh, tu dois être Megan, devina-t-elle, un sourire charmant aux lèvres.
Megan croisa les bras.
- Et toi, t'es qui ?
Un rire cristallin.
- Une vieille amie d'Oliver.
- Vraiment ? demanda Megan, sans détourner les yeux d'Oliver.
Il ne broncha pas.
Mais elle connaissait assez ses expressions pour voir cette foutue ombre dans son regard.
Cassandra reprit.
- Je suis ravie de voir qu'Oliver s'est enfin laissé apprivoiser.
Le ton était mielleux.
Sous-entendu dégoulinant.
Megan sourit.
Un sourire dangereux.
Elle glissa un bras autour de celui d'Oliver, s'accrocha avec une possessivité assumée.
- Oh, il est adorable quand on sait comment s'y prendre.
Le regard d'Oliver se durcit.
Mais il ne la repoussa pas.
Et à cet instant, Megan sut qu'elle venait de marquer un point.Cassandra ne perdit pas son sourire.
Elle la détailla, un peu trop longtemps, comme si elle évaluait sa valeur, son importance.
Megan soutint le regard.
Elle n'allait pas flancher. Pas maintenant.
Oliver, lui, était une putain de statue. Aucune réaction. Juste cette tension invisible qui vibrait sous sa peau.
- C'est vrai qu'il a toujours eu un faible pour les femmes au tempérament... particulier, murmura Cassandra, le ton sucré.
Un compliment déguisé en insulte.
Megan serra légèrement le bras d'Oliver. Juste pour voir s'il allait réagir.
Rien.
Ce type était un mur.
- C'est ce qui le rend intéressant, répliqua-t-elle sans sourciller.
Cassandra pencha légèrement la tête, amusée.
- Si tu le dis.
Un serveur s'approcha. Elle attrapa une coupe de champagne avec une grâce naturelle et s'éloigna vers un petit groupe de convives, sans un regard en arrière.
Megan relâcha lentement Oliver, le fixant du coin de l'œil.
- Charmante, ta vieille amie.
Il pinça les lèvres.
- Laisse tomber, Megan.
Elle croisa les bras.
- Pas envie.
Un soupir.
Il passa une main sur sa nuque, agacé.
- Elle ne restera pas longtemps.
- Dommage, j'aurais adoré la voir plus souvent.
Il la regarda enfin.
Un regard dur, incisif.
- Ne joue pas à ça.
Elle haussa un sourcil.
- À quoi ?
- À essayer de me rendre jaloux.
Un rire lui échappa.
- Tu crois que c'est ça ?
Elle se pencha légèrement, baissa la voix.
- Parce que si quelqu'un est jaloux ici, c'est sûrement pas moi.
Elle ne lui laissa pas le temps de répondre et s'éloigna à son tour, le laissant planté là, raide, les mâchoires contractées.
***
Les heures suivantes furent une torture.
Cassandra virevoltait dans la réception, distribuant sourires et anecdotes sur Oliver comme si elle détenait encore une part de lui.
Megan l'évitait autant que possible.
Jusqu'à ce qu'elle n'ait plus le choix.
Elle était au bar quand Cassandra s'installa à côté d'elle, comme si de rien n'était.
- Tu sais, Megan... commença-t-elle en remuant son verre.
- Non, mais je sens que tu vas me le dire.
Cassandra sourit.
- Oliver est un homme compliqué.
- C'est ce qui fait son charme, répondit Megan du tac au tac.
- Vraiment ?
Elle tourna légèrement son visage vers elle.
- Ou c'est juste ce que tu essaies de te convaincre ?
Megan contracta les doigts autour de son verre.
Cassandra reprit, posée, calme.
- Il ne laisse personne l'atteindre. Il a une façon bien à lui de se protéger.
Elle but une gorgée avant d'ajouter, plus bas :
- Il n'aime pas être possédé.
Megan rit doucement.
- Et toi, tu l'as possédé, c'est ça ?
Cassandra sourit.
- Disons que j'ai connu des facettes de lui que peu de gens connaissent.
Une seconde d'hésitation.
Un doute, rapide, furtif.
C'était exactement ce que Cassandra cherchait à créer.
Megan avala le reste de son verre, le posa brutalement sur le bar et se redressa.
Elle planta son regard dans celui de Cassandra.
- Peut-être que tu l'as connu avant.
Elle s'approcha légèrement.
- Mais aujourd'hui, c'est moi qui partage son lit.
Et sur ces mots, elle tourna les talons.
Cassandra ne souriait plus.
Megan, elle, n'en menait pas large.
Parce que la vérité, c'est qu'elle n'en savait foutrement rien.Elle traversa la salle sans ralentir, le cœur cognant trop fort, la mâchoire serrée.
Pourquoi ça l'atteignait autant ?
Pourquoi cette femme lui donnait l'impression d'être en train de perdre un jeu dont elle ne connaissait même pas les règles ?
Elle chercha Oliver du regard.
Le repéra près d'un groupe d'investisseurs, toujours aussi impeccable, toujours aussi inatteignable.
Elle s'arrêta net.
Parce que Cassandra avait raison sur un point.
Oliver ne laissait personne l'atteindre.
Et pourtant, elle était là, à se battre contre une ex qui ne la concernait même pas.
Putain.
Elle fit demi-tour, fila vers le jardin, inspira une grande bouffée d'air pour calmer la tempête sous sa peau.
Une porte grinça derrière elle.
Elle n'eut pas besoin de se retourner.
- Qu'est-ce que tu fais là, Oliver ?
- Je pourrais te poser la même question.
Elle croisa les bras, fixa l'obscurité devant elle.
- J'avais besoin d'air.
Un silence.
Puis un bruit de pas, lent, mesuré.
Il s'arrêta juste derrière elle.
Trop proche.
- Cassandra t'a énervée.
Ce n'était pas une question.
Elle rit, un peu trop sèchement.
- Pourquoi ça m'énerverait ? Elle est charmante. Poli, élégante, et pleine d'anecdotes fascinantes sur toi.
Il soupira.
- Elle aime jouer.
- Et toi, tu la laisses faire.
Il ne répondit pas tout de suite.
Puis :
- Parce que je m'en fous.
Elle serra les poings.
- Vraiment ?
Il y eut un léger froissement de tissu.
Puis sa voix, plus proche.
- Pourquoi tu me poses cette question, Megan ?
Elle tourna la tête vers lui.
Son regard accrocha le sien dans l'obscurité.
Trop de tension.
Trop d'électricité.
Elle aurait pu partir.
Elle aurait dû partir.
Mais au lieu de ça, elle murmura :
- Parce que moi, je ne m'en fous pas.
Un éclair passa dans ses yeux.
Et en une seconde, il réduisit la distance entre eux.
Sa main effleura son bras, remonta lentement jusqu'à sa nuque.
Un frisson courut le long de son échine.
- C'est dangereux, ce que tu dis, souffla-t-il.
Elle haussa légèrement le menton.
- Et alors ?
Il ne bougea pas.
Elle non plus.
Un putain de jeu de nerfs.
Puis, doucement, il glissa son pouce contre sa mâchoire.
- Alors tu devrais faire attention à ce que tu ressens pour moi, Megan.
Elle aurait voulu répondre.
Mais il s'éloigna avant qu'elle ne trouve quoi dire.
Et cette fois, c'est elle qui resta plantée là, seule avec son trouble, incapable de savoir qui venait de gagner cette manche.