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Chapitre 3
Une signature. Un claquement sec de stylo contre la table.
Pas d'applaudissements. Pas de sourires.
Les témoins hochent la tête, récupèrent leurs papiers. Quelques poignées de main échangées. Une formalité exécutée sans un frisson d'émotion.
- Félicitations, murmure quelqu'un.
Personne ne répond.
Megan lisse le tissu de sa robe. Blanche. Pure. Un foutu mensonge.
À côté, Oliver ajuste le poignet de sa chemise. Même pas un regard. Même pas un mot.
Mari et femme. Juste comme ça.
Elle inspire profondément. Puis elle s'avance vers la sortie. Elle n'attendra pas qu'il lui donne le signal. Qu'il joue les maris modèles. Elle n'a pas besoin qu'il lui ouvre la porte, qu'il lui tende la main.
Elle n'a besoin de rien.
***
Du marbre sous ses pieds. Des lustres suspendus. Des couloirs trop longs, trop vides. Une maison qui pue l'argent, la froideur et le contrôle.
- Bienvenue chez toi.
La voix d'Oliver résonne derrière elle.
Megan serre la mâchoire.
- C'est chez toi. Pas chez moi.
Un silence. Elle s'avance, explore.
Trop parfait. Trop calculé. Tout est aligné au millimètre près. Pas un seul objet de travers. Pas une seule preuve de vie.
Elle se retourne.
- Tu vis vraiment ici ?
Il l'observe. Longuement.
- Qu'est-ce que ça change ?
Elle secoue la tête.
- Tout.
Elle reprend sa marche. Passe devant des pièces immenses, des meubles hors de prix, des baies vitrées qui donnent sur un extérieur trop grand, trop inaccessible.
Prison dorée.
Ses doigts effleurent le bois massif d'une porte close. Elle s'apprête à l'ouvrir.
- Pas celle-là.
Elle s'arrête. Se retourne lentement.
- Pourquoi ?
- Parce que c'est la mienne.
Un rire sec lui échappe.
- Et alors ?
Oliver ne cille pas.
- On a chacun notre espace.
Elle croise les bras.
- C'est quoi ton problème, Carrington ? T'as peur que je fouille dans tes petites affaires ?
Il ne répond pas.
Elle soupire, lève les mains.
- Très bien. J'ai compris. Chacun son territoire.
Elle fait demi-tour. Une autre porte. Une autre pièce.
- Et celle-là ?
- La tienne.
Elle pousse la porte.
Impeccable. Une chambre parfaite. Confortable. Trop bien préparée.
- On dort séparés ? ironise-t-elle.
- C'est ce que tu voulais, non ?
Elle serre les dents.
Il marque des points. Mais elle refuse de le laisser gagner.
Elle s'avance dans la pièce. Balance son sac sur un fauteuil. Se tourne vers lui.
- D'autres règles à m'imposer ?
- Une seule.
Il s'approche. Pas trop près. Juste assez pour qu'elle sente la tension.
- Tu ne quittes pas cette maison sans me prévenir.
Elle éclate de rire.
- Tu déconnes ?
- Je suis sérieux.
Elle plisse les yeux.
- Et si je refuse ?
- Alors on aura un problème.
Un frisson.
Elle n'a jamais aimé les menaces.
Elle le fixe. Attend qu'il change d'avis. Qu'il recule.
Il ne bouge pas.
Elle hoche la tête.
- Ok.
Puis elle claque la porte.
***
L'air du matin est frais. Vivifiant.
Megan inspire profondément. Enfin un peu de liberté.
Elle descend les marches, traverse le jardin. Un portail. Verrouillé.
Elle cherche un passage. Trouve un portillon sur le côté.
D'un geste rapide, elle l'ouvre.
Un pas dehors.
- Tu vas quelque part ?
Elle sursaute.
Oliver est là. Dos contre un pilier. Bras croisés.
Il savait. Il attendait.
Elle serre les dents.
- J'ai besoin d'air.
- T'en as ici.
- J'ai besoin de plus.
Un silence.
Il ne cille pas.
Elle non plus.
Puis, lentement, il avance. Referme le portillon d'un geste calme.
- Tu m'as dit ok.
Elle ricane.
- Fallait pas me croire.
Un sourire. Léger. Mais pas amusé.
- Deux options. Soit tu rentres seule, soit je te ramène.
Elle le fusille du regard.
- T'as un putain de problème de contrôle.
- Et toi, un problème d'obéissance.
Elle inspire. Expire.
Puis elle pivote. Retourne dans la maison.
Il ne la retient pas.
Mais elle sait qu'il sourit derrière elle.La porte claque derrière elle. Elle sent l'adrénaline encore brûlante dans ses veines. L'envie de lui hurler dessus. De balancer quelque chose contre un mur.
Mais elle ne lui donnera pas ce plaisir.
Elle s'avance dans le salon. Vide. Trop calme.
Elle attrape un verre, le remplit d'eau, le vide d'un trait. Pas d'alcool. Pas maintenant.
Elle s'appuie contre le comptoir.
Une cage. Cette maison est une foutue cage.
Et lui, le geôlier.
Des bruits de pas. Lents. Précis.
Il entre.
Ils se regardent.
- Ça va ? ironise-t-il.
Elle serre la mâchoire.
- T'as pas autre chose à faire que de me surveiller ?
- T'as pas autre chose à faire que de me défier ?
Elle pose son verre.
- T'attends quoi, exactement ? Que je sois une bonne petite épouse bien obéissante ?
Il ne répond pas.
Alors elle s'approche. Délibérément.
- Je vais te dire un truc, Carrington. T'as peut-être mon nom sur un foutu papier, mais t'auras jamais mon obéissance.
Un muscle tressaute sur sa mâchoire. Encore.
- T'as fini ?
- Non.
Elle le pousse légèrement du doigt. Juste pour voir.
- Tu crois pouvoir me contrôler, me garder enfermée, mais ça ne marchera pas.
Il ne recule pas.
- Tu veux tester mes limites, Megan ?
Un frisson lui traverse l'échine.
Elle aurait dû s'arrêter là.
Mais elle n'a jamais su quand s'arrêter.
- Et toi, tu veux tester les miennes ?
Un silence.
Tendu. Chargé.
Puis il esquisse un sourire.
Un sourire dangereux.
- On verra qui cède en premier.
Et il s'éloigne.
Elle reste là. Les poings serrés. La poitrine qui se soulève trop vite.
Elle refuse de perdre.
Mais elle commence à comprendre que lui non plus.La tension lui brûle encore la peau. Il est parti, mais son ombre traîne toujours dans la pièce, accrochée à son souffle court, à ses poings crispés.
Elle serre les dents.
Il veut jouer à ça ? Très bien.
Elle ne sera pas la première à plier.
***
La nuit tombe. Trop lentement.
Elle tourne en rond dans sa chambre. Sa chambre. Comme si c'était un putain de privilège. Comme si être enfermée dans une prison dorée rendait les barreaux invisibles.
Son téléphone est posé sur la table de nuit.
Elle hésite.
Un appel. Une voix familière. Juste pour se rappeler qu'elle existe en dehors de cette maison, en dehors de ce contrat.
Elle attrape l'appareil. Tape un numéro.
- Megan ?
Elle ferme les yeux.
- Sarah.
Un soupir au bout du fil.
- Tu vas bien ?
Elle ricane.
- Devine.
Un silence.
- Il te traite mal ?
- Non.
C'est presque pire.
Il ne lève pas la main sur elle. Il n'a même pas besoin. Il contrôle autrement. Avec ses règles, son regard, sa présence écrasante.
- Sors de là, Meg.
- Je peux pas.
- Putain...
Sarah sait. Elle comprend.
Mais comprendre ne sert à rien.
- Il va pas gagner, murmure Megan.
- Fais juste gaffe à toi.
Elle raccroche.
Elle ne s'était pas rendu compte qu'elle tremblait.
***
Un bruit dans le couloir.
Un froissement de tissu.
Elle tend l'oreille.
Ses pas l'emmènent vers la porte. Elle l'entrouvre.
Oliver.
Assis dans le salon. Dos tourné à elle. Un verre à la main.
Seul. Immobile.
Elle devrait retourner se coucher.
Elle ne le fait pas.
Au lieu de ça, elle avance. Pieds nus sur le sol froid.
- T'attends quelqu'un ?
Sa voix brise le silence.
Il ne sursaute pas.
Il tourne légèrement la tête. Son regard glisse sur elle.
- Non.
Elle s'approche.
Un autre verre est posé sur la table basse. Plein.
Elle s'assoit, le prend.
- Pour moi ?
- Pour le chien errant qui rôde la nuit.
Elle esquisse un sourire.
Ils boivent en silence.
Elle ne sait pas pourquoi elle est là. Pourquoi elle ne l'a pas déjà envoyé se faire foutre et claqué la porte derrière elle.
Peut-être parce qu'elle a besoin de comprendre.
- Pourquoi tu fais tout ça ?
Il repose son verre.
- Développe.
- Ce mariage. Ces règles. Ce putain de contrôle sur tout.
Il inspire.
- Parce que je n'ai pas le choix.
Elle fronce les sourcils.
- Bullshit.
Un rire. Léger.
Il tourne enfin la tête vers elle.
- On a toujours le choix, c'est ça ?
- Ouais.
- Alors pourquoi t'es toujours là ?
Elle ouvre la bouche.
La referme.
Merde.
Il sourit.
Premier point pour lui.
Mais elle ne compte pas le laisser gagner.