/0/22997/coverbig.jpg?v=75cf8f1113aa3ca65e04e9b9af271ffc)
Chapitre 4
Un emploi du temps affiché sur le frigo. Des règles notées sur un papier. Des horaires définis.
Oliver n'avait pas perdu de temps.
Megan haussa un sourcil en parcourant les consignes. Petit-déjeuner servi à sept heures précises. Départ à huit heures. Dîner obligatoire. Aucune sortie non validée.
Elle éclata de rire.
- Sérieusement ?
Oliver, assis à la table, leva à peine les yeux de son journal.
- C'est un problème ?
Elle arracha la feuille et la jeta dans la poubelle la plus proche.
- Pas du tout.
Un soupir. Il replia son journal, le posa devant lui.
- Megan...
- Oliver.
Un silence.
- Ces règles ne sont pas négociables.
- Génial. J'adore les ignorer.
Il ne réagit pas immédiatement. Elle savait qu'elle le poussait. C'était presque un jeu.
Mais au fond, elle testait ses limites autant que les siennes.
Il reposa lentement ses mains sur la table.
- Fais comme tu veux.
Elle s'attendait à un combat. Pas à ça.
Méfiance.
Elle plissa les yeux.
- C'est tout ?
- C'est tout.
Trop facile.
Elle s'attendait à un piège.
Mais elle ne comptait pas s'arrêter là.
***
L'après-midi, elle mit de la musique. Fort. Très fort.
Elle se balada dans la maison en chantant, en traînant pieds nus, en laissant des vestiges de son passage : un gobelet sur une table, un plaid en vrac sur le canapé, une paire de chaussures abandonnée au milieu du salon.
Elle ignora les regards de la gouvernante.
Ignora les petits soupirs exaspérés du personnel.
Elle attendait qu'Oliver réagisse.
Mais rien.
Il passa dans le salon à un moment, s'arrêta en voyant le chaos qu'elle avait laissé.
Leur regard se croisa.
Elle croisa les bras, un sourire en coin.
Il ne dit rien.
Puis il continua son chemin.
Merde.
Elle s'attendait à une explosion. Une remarque sèche. Une mise en garde.
Mais non.
Elle détestait ça.
***
La réception se déroulait comme toutes les autres : trop de gens, trop de faux sourires, trop de champagne.
Megan s'était habillée pour l'occasion. Une robe choisie avec soin. Un peu trop courte. Un peu trop provocante.
Juste pour voir.
Oliver n'avait fait aucun commentaire. Mais son regard avait parlé pour lui.
Une victoire.
Elle se tenait près du bar, un verre à la main, écoutant distraitement une conversation sans intérêt.
Puis une main sur son bras.
Un inconnu.
- Madame Carrington, je suppose ?
Elle se raidit légèrement. Pas à cause du contact. Mais à cause du ton.
Faux. Doucereux.
Elle se dégagea avec un sourire poli.
- Ça dépend qui demande.
- Un admirateur.
Un frisson d'alerte.
Elle jeta un coup d'œil autour d'elle. Personne ne faisait attention.
L'homme se pencha légèrement.
- On dit que votre mariage n'est qu'une façade.
Elle sourit.
- On dit beaucoup de conneries.
Il haussa un sourcil, amusé.
- Pourtant, vous êtes seule, ce soir.
Elle s'apprêtait à répliquer.
Mais une présence surgit à côté d'elle.
Froide. Sombre.
Oliver.
L'homme recula d'un pas, instinctivement.
- Tout va bien ? demanda Oliver d'un ton calme.
Megan haussa les épaules.
- Apparemment, j'ai un admirateur.
Le regard d'Oliver glissa vers l'homme.
Un regard lent. Calculateur.
L'autre sembla hésiter.
Puis il s'excusa et disparut.
Megan croisa les bras.
- Je t'aurais cru du genre à apprécier un peu de concurrence.
Oliver ne répondit pas tout de suite.
Il s'approcha légèrement, juste assez pour qu'elle sente la tension.
- Si tu cherches à me provoquer, trouve une autre façon.
Un murmure.
Elle frissonna.
Il s'éloigna avant qu'elle ne puisse répliquer.
Et cette fois, c'était elle qui se retrouva piégée.La musique bourdonnait en fond. Les conversations se mêlaient dans un brouhaha lisse, sans intérêt. Megan resta un moment immobile, les doigts crispés autour de son verre.
Oliver venait de faire quelque chose d'inhabituel.
Il l'avait protégée.
Oh, il n'avait pas fait un scandale, pas menacé l'homme d'une manière explicite. Mais son regard, sa posture, ce simple mouvement vers elle... C'était suffisant pour faire comprendre qu'elle était sous sa protection.
Le problème, c'est qu'elle n'avait jamais demandé ça.
Et le pire, c'est que son cœur battait trop vite.
Elle vida son verre d'une traite et s'éloigna du bar.
***
Il la retrouva sur la terrasse, loin de l'agitation de la réception.
- Tu comptes t'enfuir à chaque fois ?
Elle roula des yeux sans se retourner.
- Si je voulais fuir, tu crois vraiment que je serais encore là ?
Un silence.
Puis :
- Tu fais exprès, n'est-ce pas ?
Elle fit volte-face.
- De quoi ?
- De me défier à chaque putain d'occasion.
Elle haussa les épaules.
- Si t'avais pas un balai coincé quelque part, j'aurais peut-être pas besoin.
Un éclat amusé traversa son regard. Mais il le chassa vite.
- C'est ce que tu veux ? Me pousser à bout ?
Elle s'approcha, réduisant la distance entre eux.
- Peut-être que j'attends juste de voir quand tu vas craquer.
Un silence lourd s'installa.
Oliver ne bougea pas.
Mais son regard...
Ce regard-là lui fit perdre pied un instant.
Une tension électrique, palpable.
Megan sentit son propre souffle ralentir.
Elle attendait qu'il dise quelque chose.
Qu'il la repousse.
Qu'il l'embrasse.
Elle n'aurait pas su dire ce qu'elle préférait.
Mais Oliver, fidèle à lui-même, ne fit rien.
Il se contenta d'un murmure, rauque, bas.
- Fais attention à ce que tu déclenches, Megan.
Puis il s'éloigna.
Et elle resta là, la peau brûlante, le cœur en vrac.Le problème, c'est qu'elle n'aimait pas perdre.
Et Oliver venait de gagner cette manche.
Elle serra les poings, fixa son dos qui disparaissait dans la réception. Il savait ce qu'il faisait. Chaque réponse mesurée, chaque geste contrôlé. Il ne lui laissait aucune prise.
Ça l'agaçait.
Non, pire. Ça la rendait folle.
Elle inspira un grand coup, tenta d'éteindre l'incendie sous sa peau. Échec total.
***
Le reste de la soirée se déroula sans autre incident.
Oliver redevenu distant, poli, impeccablement ennuyeux. Megan joua son rôle, sourit quand il fallait, rit à des blagues qu'elle oublia aussitôt.
Mais son esprit n'était plus là.
Il était resté sur la terrasse.
Sur ces quelques mots glissés dans l'obscurité.
Sur cette foutue tension qui refusait de disparaître.
***
Ils rentrèrent tard.
Le silence dans la voiture était chargé.
Oliver, concentré sur la route, le visage fermé.
Megan, les bras croisés, le regard braqué sur la vitre.
Ils n'échangèrent pas un mot jusqu'à la maison.
Jusqu'à ce qu'ils se retrouvent dans l'entrée, à quelques pas l'un de l'autre.
Il allait monter.
Elle le savait.
Il allait prétendre que cette soirée n'avait rien changé, que cette proximité involontaire ne signifiait rien.
Elle aurait pu le laisser faire.
Elle aurait dû le laisser faire.
Mais elle était Megan Hayes.
Elle ne savait pas laisser tomber.
- Pourquoi tu fais ça ? lâcha-t-elle, la voix plus sèche qu'elle ne l'aurait voulu.
Il se retourna lentement.
- Faire quoi ?
- Jouer les maris protecteurs alors que tu t'en fous royalement.
Un éclat d'agacement passa dans son regard.
- Qui te dit que je m'en fous ?
Elle eut un ricanement.
- Oliver Carrington, le grand magnat insensible ? Allons.
Il s'avança, lentement.
Pas menaçant.
Juste assez proche pour qu'elle sente à nouveau cette tension entre eux.
- Tu crois me connaître ?
- Je crois que tu fais tout pour ne laisser personne te connaître.
Un muscle tressaillit sur sa mâchoire.
Bingo.
Elle avait touché quelque chose.
Mais au lieu d'exploser, il soupira.
- Il est tard, Megan. On reprend ce petit jeu demain ?
Et sans lui laisser le dernier mot, il monta les escaliers.
Elle aurait dû être satisfaite.
Elle ne l'était pas.
Parce que, pour la première fois, elle se demandait si Oliver Carrington n'était pas encore plus compliqué qu'elle ne l'avait cru.