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Au début, Ryan ne sentit rien d'autre que le froid sur sa peau et l'agitation dans son esprit. Mais peu à peu, en respirant profondément, il commença à percevoir autre chose. Le bruissement des feuilles semblait plus net, les battements de son propre cœur plus puissants. Une chaleur étrange naquit au creux de son ventre, douce mais intense, comme une flamme prête à grandir.
"Qu'est-ce que c'est ?" demanda-t-il, les yeux toujours fermés.
"C'est ton pouvoir latent," répondit Ezra. "Il est enfoui en toi, attendant que tu sois prêt à l'éveiller. Mais ce n'est qu'un aperçu. Pour le maîtriser, tu devras travailler dur et affronter ce que tu redoutes le plus."
Ryan ouvrit les yeux, légèrement essoufflé. Il se sentait... différent, comme si quelque chose en lui avait été effleuré pour la première fois.
"Je ne savais pas que j'avais ça en moi," murmura-t-il.
"Beaucoup de loups ne le savent pas," répondit Ezra. "Mais toi, tu es spécial. Ce pouvoir, c'est ta clé pour changer ton avenir. Mais il te faudra du temps pour le comprendre pleinement."
Les heures passèrent, et Ezra continua de guider Ryan à travers divers exercices. Il lui apprit à calmer son esprit, à anticiper les mouvements d'un adversaire, et même à interpréter les signaux subtils de son environnement. Ce n'était pas facile. Ryan faisait des erreurs, se laissait distraire, ou se laissait envahir par sa colère. Mais Ezra restait patient, corrigeant ses erreurs sans jamais le rabaisser.
Alors que le soleil commençait à descendre, teintant le ciel de nuances d'orange et de pourpre, Ryan s'effondra sur le sol, épuisé.
"C'est... trop," souffla-t-il, le souffle court.
"C'est seulement le début," répondit Ezra en s'asseyant à ses côtés. "Mais tu progresses déjà. Plus que tu ne le penses."
Ryan hocha la tête, trop fatigué pour répondre.
Cette nuit-là, lorsqu'il rentra chez lui, Ryan s'écroula sur son lit, exténué mais étrangement satisfait. Pourtant, son sommeil fut loin d'être paisible.
Les rêves vinrent rapidement, et avec eux, une vision troublante.
Il se tenait au milieu d'une clairière baignée de lumière argentée, entouré par des loups qu'il ne reconnaissait pas. Devant lui, Walter Mike se dressait, plus imposant et terrifiant que jamais. Mais cette fois, Ryan ne ressentait ni peur ni hésitation. Une force brûlante pulsait en lui, irradiant de chaque fibre de son être.
"Tu n'es pas prêt pour ça," grogna la voix de son père, rauque et emplie de mépris.
"Tu as tort," répondit Ryan, sa propre voix plus forte, plus confiante qu'il ne l'avait jamais entendue.
Puis, soudain, la vision changea. La clairière disparut, remplacée par un champ de bataille. Des loups se battaient violemment, leurs hurlements résonnant dans l'air. Le sol était imbibé de sang, et Ryan était au centre de tout, ses mains tremblantes, son cœur lourd.
Il se réveilla en sursaut, le souffle coupé, son corps couvert de sueur.
Les images du rêve restèrent gravées dans son esprit. Elles étaient si vivides, si réelles, qu'il avait l'impression de pouvoir encore sentir l'odeur du sang et entendre les hurlements.
"Est-ce ça, mon avenir ?" murmura-t-il à voix haute, sa voix brisée par l'émotion.
Il n'avait pas les réponses. Mais ce rêve, aussi effrayant soit-il, renforça sa conviction : il devait changer. Pour lui-même, pour la meute. Et il devait commencer dès maintenant.La nuit était tombée depuis des heures, mais Ryan ne trouvait pas le sommeil. La vision de son rêve le hantait encore, s'accrochant à ses pensées comme une ombre insaisissable. Assis sur le bord de son lit, il observait la petite lampe vacillante dans un coin de la pièce. Le silence pesait lourd, interrompu seulement par les hurlements lointains des loups dans la forêt.
Il se leva finalement, incapable de rester immobile plus longtemps. Il n'avait jamais été à l'aise dans la maison où il vivait avec son père. Chaque mur semblait imprégné de l'autorité écrasante de Walter Mike, chaque pièce marquée par ses colères. Mais ce soir, quelque chose poussa Ryan à explorer un coin de la maison qu'il évitait toujours : la vieille pièce de sa mère.
La porte grinça légèrement lorsqu'il l'ouvrit. La chambre était plongée dans une pénombre poussiéreuse, comme figée dans le temps. Tout y était resté intact depuis le jour où elle était partie. Ryan se souvenait à peine d'elle ; ses souvenirs étaient flous, une mosaïque de rires étouffés et d'une voix douce qu'il ne pouvait plus entendre.
Il s'avança prudemment, ses doigts frôlant les meubles recouverts d'une fine couche de poussière. Sur la table de chevet, il remarqua un objet qu'il n'avait jamais vu auparavant : un vieux carnet en cuir, usé par le temps. Intrigué, il le prit et s'assit sur le lit.
Les premières pages étaient remplies d'une écriture élégante, fluide, qui lui semblait à la fois familière et étrangère. C'était le journal de sa mère. Il hésita, se demandant si c'était vraiment sa place de lire ces mots, mais une étrange impulsion l'incita à continuer.
**"Aujourd'hui, Walter a encore perdu son sang-froid. Sa colère devient de plus en plus incontrôlable. Je crains pour Ryan. Il est si jeune, si fragile. Walter refuse de l'écouter, de voir la lumière qu'il porte en lui. Je ne sais pas combien de temps je pourrai rester ici. J'ai peur de ce qu'il pourrait faire."**
Ryan sentit son cœur se serrer à mesure qu'il parcourait les pages. Sa mère avait été bien plus consciente de la situation qu'il ne l'avait imaginé. Elle avait vu la violence grandissante de Walter Mike, et elle s'en inquiétait pour lui, son fils.
**"Walter n'était pas toujours ainsi. Quand je l'ai rencontré, il était différent, passionné et fort, mais pas cruel. Quelque chose en lui a changé après la guerre contre la meute des Ombres. Il est hanté par ce qu'il a perdu, par ce qu'il croit avoir échoué. Mais il ne voit pas que sa véritable défaite sera de perdre ceux qui l'aiment."**
Une larme solitaire roula sur la joue de Ryan. C'était comme entendre la voix de sa mère à travers le temps, lui chuchotant des vérités qu'il n'avait jamais connues.
Il tourna une page et trouva une phrase qui le glaça.
**"Il y a une prophétie... sur l'Alpha réformateur. Je pense que Ryan pourrait en être la clé. Mais si Walter le découvre, il fera tout pour l'arrêter. Je dois protéger mon fils, à tout prix."**
Son souffle se bloqua. Tout commençait à faire sens : la cruauté de son père, son insistance à écraser Ryan à chaque occasion. Walter Mike ne le voyait pas seulement comme un fils faible, mais comme une menace à son pouvoir.
Avant qu'il ne puisse approfondir ses réflexions, des bruits de pas lourds retentirent dans le couloir. Il referma précipitamment le journal et le glissa dans sa veste. La porte s'ouvrit brusquement, révélant la silhouette massive de Walter Mike.
"Qu'est-ce que tu fais ici ?" gronda-t-il, ses yeux plissés de méfiance.
"Rien," mentit Ryan, se levant rapidement.
Walter le dévisagea un moment, ses narines s'élargissant légèrement comme s'il flairait un mensonge. Mais il n'insista pas et fit un geste vers le salon.
"Descends. Quelqu'un est là."
Ryan suivit son père, le cœur battant encore à cause de ce qu'il venait de lire. Dans le salon, un homme se tenait au centre, sa posture tendue mais fière. Ses cheveux grisonnants et les cicatrices sur son visage racontaient une histoire de batailles et de survie.
"Lucan," murmura Walter Mike, sa voix teintée d'un mélange de surprise et de méfiance.
Ryan reconnut le nom. Lucan était un ancien membre de la meute, un vétéran qui avait quitté leur territoire il y a des années pour des raisons qui n'étaient jamais vraiment claires.
"Je ne pensais pas te revoir ici," ajouta Walter Mike, croisant les bras.
"Je n'avais pas l'intention de revenir," répondit Lucan, sa voix rauque. "Mais il y a quelque chose que tu dois savoir."
"Parle," ordonna Walter Mike.
Lucan jeta un regard autour de lui, comme s'il évaluait la sécurité de l'endroit, avant de reprendre. "La meute des Ombres se regroupe. Ils n'ont pas oublié ce qui s'est passé il y a des années. Et ils veulent leur revanche."
Un frisson traversa la pièce. Même Ryan, qui n'avait que de vagues souvenirs des récits sur cette meute ennemie, sentit l'impact des mots de Lucan.
"C'est absurde," grogna Walter Mike. "Ils sont trop faibles pour représenter une menace."
"Ne sois pas idiot," rétorqua Lucan. "Ils ont passé des années à se renforcer, à recruter. Et cette fois, ils ne se contenteront pas de frapper à ta porte. Ils veulent tout détruire."
Un silence tendu s'installa. Walter Mike serra les poings, son visage trahissant un mélange de colère et d'inquiétude.
"Si tu es venu pour semer la peur, tu peux repartir," cracha-t-il finalement.
"Je suis venu pour te prévenir," répondit calmement Lucan. "Ce que tu fais de cette information ne dépend que de toi."
Lucan tourna les talons et quitta la pièce, laissant un silence lourd derrière lui.
Walter Mike se tourna alors vers Ryan, son regard plus dur que jamais. "Tu as entendu ?"
Ryan hocha la tête, hésitant.
"Alors écoute bien," gronda son père. "C'est dans des moments comme celui-ci qu'un Alpha doit montrer sa force. Et toi, tu es tout sauf un Alpha. Tu es une faiblesse que je dois porter sur mes épaules."
Les mots frappèrent Ryan comme un coup de poing. Mais cette fois, quelque chose en lui se révolta. Peut-être était-ce la voix de sa mère qui résonnait encore dans son esprit, ou peut-être le début de la flamme qu'Ezra avait éveillée.
"Tu te trompes," répondit Ryan, la voix tremblante mais déterminée.
Walter Mike se figea, surpris par cette réplique inattendue.
"Je ne suis peut-être pas fort comme toi," continua Ryan, les poings serrés. "Mais ça ne veut pas dire que je suis faible. Et un jour, je te le prouverai."
Un rictus déforma le visage de Walter Mike. "Tu es pathétique, Ryan. Tu n'as aucune idée de ce qu'il faut pour être un Alpha."
Ryan n'ajouta rien, mais au fond de lui, il savait qu'il venait de franchir une ligne. Il quitta la pièce sans un mot, le journal de sa mère toujours caché contre lui, et se dirigea vers la forêt, où il savait qu'il trouverait Ezra.
Les graines du changement avaient été plantées, et il n'y avait plus de retour en arrière.La lumière de l'aube perçait à travers les arbres, baignant la clairière d'une lueur douce et apaisante.