Elle n'aurait jamais cru en arriver là. Être réduite à espionner Caleb, l'homme qu'elle avait aimé, celui qu'elle pensait connaître mieux que personne. Mais maintenant, chaque sourire qu'il lui adressait semblait teinté de mensonges, chaque geste empreint de duplicité. Mila n'était pas mieux. Alana pouvait encore entendre son rire cristallin résonner dans sa tête, ce même rire qui l'avait autrefois réconfortée, et qui maintenant lui donnait la nausée.
Elle avait besoin de preuves. Des preuves claires, irréfutables, pour ne plus douter. Elle devait être sûre avant d'agir, avant de faire éclater tout ce qu'ils avaient construit ensemble.
Alors elle attendait.
La porte de la maison s'ouvrit soudain, et Alana retint son souffle. Caleb sortit le premier, ajustant son manteau. Derrière lui, Mila apparut, refermant la porte avec précaution. Ils échangèrent un regard rapide, un de ces regards silencieux qui en disaient bien plus que des mots.
Alana sentit sa gorge se serrer. Ils ne se touchaient pas, ne parlaient pas, mais tout dans leur langage corporel criait leur complicité. Caleb posa une main sur l'épaule de Mila, la maintenant un instant avant de s'éloigner. Mila resta sur le seuil, le suivant des yeux tandis qu'il disparaissait dans la forêt.
Alana serra les poings, ses ongles s'enfonçant dans la peau de ses paumes. C'était suffisant. Pas une preuve tangible, pas encore, mais suffisant pour alimenter sa colère.
***
Quand elle rentra chez elle, Caleb était déjà là, installé dans le salon comme si de rien n'était. Il était assis sur le canapé, les pieds posés nonchalamment sur la table basse, un livre ouvert dans ses mains.
"Tu es rentrée tard," lança-t-il sans lever les yeux.
"Et toi, tu es rentré tôt," répliqua Alana, incapable de dissimuler l'amertume dans sa voix.
Il releva enfin la tête, fronçant légèrement les sourcils. "Un problème ?"
Elle le regarda fixement, cherchant une faille dans son masque. "Pourquoi y aurait-il un problème, Caleb ?"
Il referma le livre et le posa sur la table, s'adossant contre le dossier du canapé. "Je ne sais pas, tu as l'air... tendue ces derniers temps."
Alana éclata d'un rire sec, un rire dépourvu de toute joie. "Tendue ? Peut-être parce que je découvre que certaines personnes que je croyais proches ne sont pas ce qu'elles prétendent être."
Caleb la fixa, son expression passant brièvement de la surprise à une neutralité calculée. "Je ne sais pas de quoi tu parles," dit-il enfin, d'une voix calme. Trop calme.
"Arrête," siffla Alana, s'approchant de lui. "Arrête de jouer à ce jeu, Caleb. Je ne suis pas stupide."
Il se leva lentement, se tenant maintenant face à elle. Sa taille imposante aurait pu intimider n'importe qui, mais Alana refusa de reculer. "Alana," commença-t-il, sa voix prenant un ton plus doux, presque suppliant. "Tu te fais des idées. Si quelque chose te tracasse, dis-le-moi. On peut en parler."
"En parler ?" Elle secoua la tête, incrédule. "Comme tu parles avec Mila, peut-être ? Dans cette maison au milieu de la forêt ?"
Caleb blêmit légèrement, mais il se reprit rapidement. "Tu surveilles mes déplacements maintenant ?"
"Ne retourne pas ça contre moi !" cria-t-elle, sa voix tremblant sous le poids de sa colère. "Tu crois vraiment que je vais te laisser manipuler la situation ? J'ai vu ce que j'ai vu."
"Tu n'as rien vu," répliqua-t-il, sa voix se faisant plus dure. "Tu interprètes les choses comme ça t'arrange. Mila et moi... on travaille sur des questions stratégiques pour la meute, c'est tout."
Alana éclata d'un rire amer. "Des questions stratégiques ? C'est comme ça que tu appelles ça ?"
Caleb fit un pas en avant, son regard devenant plus intense. "Alana, écoute-moi. Je t'aime. Tout ce que je fais, je le fais pour nous, pour la meute. Si tu commences à douter de moi, alors tu nous affaiblis tous les deux."
Elle recula d'un pas, secouant la tête. Ses mots sonnaient creux, comme une mélodie qu'il avait déjà répétée des dizaines de fois.
"Bonne nuit, Caleb," dit-elle froidement avant de tourner les talons et de quitter la pièce, laissant son cœur battre à tout rompre.
***
Le lendemain, Alana était assise sur un banc près de la rivière qui traversait le territoire. Le bruit de l'eau courante était censé l'apaiser, mais même cela échouait à calmer le tumulte dans son esprit.
"Je pensais te trouver ici."
La voix qui résonna derrière elle la fit sursauter. Elle se retourna pour voir **Sienna**, une ancienne amie de Mila, qui s'approchait avec un sourire énigmatique.
"Sienna," murmura Alana, surprise. Cela faisait des mois qu'elle n'avait pas vu la jeune femme, et elle n'avait aucune idée de ce qu'elle faisait là.
"Tu as l'air d'avoir besoin d'un peu de compagnie," dit Sienna en s'asseyant à côté d'elle.
"Et toi, tu as l'air d'avoir besoin de quelque chose," répondit Alana, méfiante.
Sienna rit doucement. "Toujours aussi perspicace, hein ? Mila disait toujours que tu pouvais lire les gens comme un livre ouvert."
Alana se raidit à la mention de Mila. "Si tu es là pour parler de Mila, tu perds ton temps."
"Au contraire," dit Sienna en baissant la voix. "Je pense que tu devrais savoir certaines choses."
Alana la fixa, incertaine. Sienna et Mila avaient été inséparables autrefois, mais leur amitié s'était effritée pour une raison qu'Alana ignorait.
"Qu'est-ce que tu veux dire ?" demanda-t-elle.
Sienna regarda autour d'elle, comme pour s'assurer qu'elles étaient seules, avant de sortir un petit dossier de sa veste. Elle le tendit à Alana.
"Des rumeurs circulent, Alana," dit-elle. "Des rumeurs sur Mila... et sur Caleb. Mais ce n'est pas tout. Ils pourraient être impliqués dans quelque chose de bien plus grand. Quelque chose qui pourrait mettre la meute en danger."
Alana prit le dossier avec hésitation. Elle l'ouvrit, découvrant des notes, des copies de lettres, et même des photos.
"Qu'est-ce que c'est ?" murmura-t-elle, ses mains tremblant légèrement.
"Des preuves," répondit Sienna. "Je les ai trouvées en fouillant un peu. Si tu veux la vérité, elle est là-dedans. Mais fais attention, Alana. Ce que tu découvriras pourrait changer beaucoup de choses."
Alana releva les yeux vers Sienna, cherchant une once de duplicité dans son expression, mais tout ce qu'elle vit, c'était de la sincérité.
"Pourquoi tu fais ça ?" demanda-t-elle finalement.
Sienna haussa les épaules. "Disons que Mila et moi avons des comptes à régler. Et toi, tu mérites de savoir à qui tu as affaire."
Alana serra le dossier contre elle, le cœur battant à tout rompre. Elle savait qu'elle venait de franchir une ligne, mais elle ne pouvait plus reculer maintenant.