Son regard glissa sur la cheminée éteinte, puis sur la table en bois massif où Caleb et elle prenaient souvent leurs repas ensemble. Tout ici lui rappelait lui. Ses rires, ses gestes affectueux, ses regards qui lui avaient toujours semblé sincères... Mais maintenant, tout semblait faux, souillé par la scène qu'elle avait vue. **Caleb, avec Mila.** Les images lui revenaient par vagues, chacune plus douloureuse que la précédente.
Elle se laissa tomber sur le canapé, le cœur lourd. Les souvenirs affluaient malgré elle, comme si son esprit cherchait à reconstituer un puzzle invisible.
Elle revit Caleb, la première fois qu'il lui avait pris la main, timide mais déterminé. Elle se souvenait aussi des jours où Mila s'était assise avec elle sous les grands chênes de la forêt, lui promettant que rien ni personne ne briserait leur amitié. Ces promesses semblaient aujourd'hui si vides, si dérisoires.
Mais... en y repensant, des détails qu'elle avait ignorés à l'époque commençaient à prendre un sens troublant. Elle se rappela ce jour où elle avait surpris Caleb et Mila parlant à voix basse, s'interrompant brusquement dès qu'elle approchait. Ou ces moments où Caleb devenait inexplicablement distant après une visite de Mila.
**"Comment ai-je pu être aussi aveugle ?"** murmura-t-elle, la voix brisée.
Le silence de la maison semblait l'écraser, amplifiant chaque battement de son cœur. Elle aurait voulu crier, pleurer, frapper quelque chose, mais elle se contentait de rester là, figée, comme si bouger risquait de briser ce qu'il restait de son monde.
Soudain, le bruit d'une clé tournant dans la serrure brisa le calme. Alana se redressa instinctivement, ses muscles tendus comme une corde prête à rompre. La porte s'ouvrit, et Caleb entra, l'air détendu, comme si tout était normal. Il tenait un sac en papier contenant probablement un repas à emporter, et un sourire effleura ses lèvres lorsqu'il vit Alana.
"Hey," dit-il doucement, posant le sac sur la table. "Tu es rentrée tôt. J'ai pris quelque chose à manger, je me suis dit que tu aimerais."
Elle le fixa, incapable de parler. Comment osait-il ? Comment pouvait-il agir comme si rien ne s'était passé, comme si leur vie n'était pas en train de s'effondrer ?
Caleb sembla remarquer son silence inhabituel, mais il n'en montra rien. Il continua à déballer le contenu du sac, comme s'il espérait que la normalité qu'il affichait pourrait gommer le malaise palpable dans la pièce.
"J'ai pris tes raviolis préférés," ajouta-t-il en lui lançant un regard furtif.
Alana ne répondit pas. Elle serra les poings, ses ongles s'enfonçant dans ses paumes pour contenir l'explosion de mots qui menaçait de jaillir. Elle voulait le confronter, le forcer à admettre ce qu'il avait fait. Mais une autre partie d'elle, plus rationnelle, lui criait de ne pas se précipiter.
Après quelques minutes de silence glacial, Caleb tenta un sourire maladroit. "Tu es vraiment silencieuse ce soir. Tout va bien ?"
Son ton était léger, mais elle crut percevoir une note de nervosité. **Il sait,** pensa-t-elle. **Il sait que j'ai vu. Mais il attend que je parle en premier.**
Alana se leva brusquement, incapable de rester assise plus longtemps. Ses mouvements firent sursauter Caleb, mais elle l'ignora.
"Je vais prendre l'air," lâcha-t-elle d'une voix froide avant de sortir de la maison, laissant Caleb seul avec ses raviolis et son air de culpabilité mal dissimulé.
***
Quelques minutes plus tard, elle se trouvait devant la maison de Lena, sa cousine. Lena était tout ce qu'Alana n'était pas : sarcastique, détachée, avec un don inné pour trouver de l'humour même dans les situations les plus sombres. Si quelqu'un pouvait l'aider à mettre de l'ordre dans son esprit, c'était bien elle.
Lena ouvrit la porte après quelques coups impatients, un peignoir négligemment noué autour de la taille et une tasse de thé à la main. Ses cheveux roux étaient en désordre, mais son regard vif trahissait une curiosité immédiate.
"Alana ? Il est presque minuit. Qu'est-ce qui t'amène ici ? Tu t'es enfin décidée à fuir Caleb ?" dit-elle avec un sourire espiègle, avant de s'écarter pour la laisser entrer.
Alana hésita un instant, puis entra, s'effondrant sur le canapé de Lena comme si elle avait porté le poids du monde sur ses épaules. Lena s'assit en face d'elle, sirotant son thé, son expression passant lentement de la légèreté à la gravité en voyant le visage de sa cousine.
"Qu'est-ce qui s'est passé ?" demanda-t-elle finalement.
Alana inspira profondément avant de lâcher, d'une voix tremblante : "Il m'a trahie. Avec Mila."
Lena cligna des yeux, visiblement surprise, avant de poser sa tasse avec un soupir dramatique. "Eh bien, ça, c'est une nouvelle. Je savais que Caleb était un crétin, mais Mila ? Je ne l'avais pas vue venir, celle-là."
"Je les ai vus," murmura Alana. "Dans la maison de la forêt. Ils étaient... ensemble." Sa voix se brisa sur le dernier mot, et elle baissa la tête, incapable de regarder Lena.
Un silence s'installa, brisé seulement par le bruit du vent contre les fenêtres. Puis, Lena se pencha en avant, posant une main sur l'épaule d'Alana. "Écoute, je vais te dire un truc, et ça va peut-être pas te plaire. Mais tu dois l'entendre. Pleurer et te morfondre, ça ne te mènera nulle part. Tu es une Bêta, Alana. Pas une de ces filles stupides qui s'accrochent à des mecs indignes."
Alana releva les yeux, rencontrant le regard intense de Lena.
"Mais je l'aimais," murmura-t-elle. "Et Mila... elle était comme une sœur pour moi. Comment ont-ils pu me faire ça ?"
"Parce que certaines personnes sont égoïstes et faibles," répondit Lena sans détour. "Et Caleb, soyons honnêtes, n'a jamais été à ta hauteur. Quant à Mila... Peut-être qu'elle a toujours été jalouse de toi. Mais ce n'est pas le moment de te demander pourquoi ils ont fait ça. Ce qui compte, c'est ce que *toi* tu vas faire maintenant."
Alana resta silencieuse, réfléchissant aux paroles de Lena. Elle avait raison. Rester là à pleurer ne changerait rien. Mais que pouvait-elle faire ? Exposer leur trahison à toute la meute ? Les confronter directement ? Elle se sentait perdue.
Lena se leva, attrapant une bouteille de vin sur une étagère. Elle servit deux verres et tendit l'un à Alana avant de s'asseoir à nouveau.
"Voilà ce que je pense," dit Lena en levant son verre. "Si tu veux les écraser, fais-le avec élégance. Montre-leur que tu es plus forte qu'eux. Qu'ils ne t'ont pas détruite. Et surtout, ne leur laisse pas la satisfaction de te voir tomber."
Alana fixa Lena, ses mots résonnant en elle. Pour la première fois depuis qu'elle avait quitté cette maudite maison dans la forêt, elle sentit une étincelle naître dans son esprit. Une étincelle de colère, oui, mais aussi de détermination.
Lena sourit en voyant cette lueur dans les yeux de sa cousine. "C'est ça, ma grande. On va leur montrer qu'on ne joue pas avec une Bêta Moonveil sans en payer le prix."
Alana serra son verre dans sa main, son esprit commençant déjà à élaborer un plan.