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Mes cheveux me tombent sur les yeux et je les repousse, mon cœur s'emballe et cogne dans ma poitrine tandis que mes iris fouillent l'obscurité. Le fond de l'air est froid, comme si l'hiver arrivait en avance, bien décidé à chasser les derniers jours d'automne.
Où suis-je ?
Je fouille dans ma mémoire et me souviens précisément de la route qui m'a amenée jusqu'à ces arbres, un chemin étroit avec de profondes ornières que l'on peut d'ailleurs à peine qualifier de route. Juste un sentier emprunté par les tracteurs, les 4x4 et les conducteurs audacieux d'autres modèles.
Peu importe la route que tu empruntes, peu importe quelle soit belle ou laide, lisse ou rugueuse, pavée ou criblée de trous, c'est ta route. Ce qui compte, c'est la desti-nation.
C'est une des bonnes sœurs qui m'a dit ça une fois, mais je ne me souviens plus vraiment du contexte.
Mon Dieu, j'ai mal à la tête comme si on m'avait donné un coup de massue.
Je cligne des yeux, avale ma salive et tente de me concentrer, essayant de faire taire la douleur par ma seule volonté.
Où suis-je ?
Un gémissement aigu déchire la nuit et me fait sursauter, avant que je ne sois parcourue de frissons lorsque je réalise que c'est moi qui ai émis ce son étrange. Je me fige puis prends une grande inspiration, sifflant sous l'effort que me demande le simple fait de m'assoir. Je me ravise quand la souffrance traverse toute la partie inférieure de mon corps. Je ressens une douleur lancinante, quelque part en bas.
Et merde. Tant pis, je reste couchée.
Je suis dans les hautes herbes, ça, je le sais. Je respire lentement, fixant les étoiles à la recherche de réponses. La lune est pleine et lumineuse. Elle éclaire les pins qui me dominent, les branches bruissant dans le vent, comme des mains fantomatiques qui se frottent les unes contre les autres.
Observer ces mouvements lents et effrayants me rappelle un horrible conte de Grimm, où une jeune fille s'aventure dans une forêt enchantée afin d'y cueillir des fleurs, pour finalement terminer par se faire engloutir par un monstre.
Je ferme les yeux.
Je les rouvre.
Ce n'est pas une forêt enchantés, mais je suis clairement dans les bois.
Comment suis-je arrivée ici?
Je tourne la tête et aperçois les braises d'un feu de camp rougeoyant à quelques mètres de là, dans une clairière relativement dégagée.
Des images se succèdent dans mon esprit, moi, près du feu, riant, dansant, buvant...
Je respire profondément quand un autre souvenir refait surface, mais je le refoule.
Pas encore prête...
Mes mains s'enfoncent dans la terre et l'humus. Mes vêtements sont sales. Au moins, je n'ai pas mis ma tenue de pom-pom girl rouge et blanche. Non, j'ai eu le temps de me changer et d'enfiler une minijupe et un nouveau haut bleu avec un décolleté en dentelle ajourée, qui allait « parfaitement avec mes yeux », avait dit Leah, juste avant de me prévenir de ne pas...
De ne pas faire quoi ? Qu'est-ce que je ne devais pas faire ?
De nouveau, d'intenses douleurs parcourent mon crâne. Je grimace, déglutissant compulsivement pour hydrater ma bouche sèche.
Je me concentre sur cette clairière.
Avant ça, j'étais dans les bois, il y avait une fête, l'habituelle soirée du vendredi après le match de football américain. Oui, c'est bien ça. À un moment donné, cette clairière était entourée de gens, de musique et de voitures. Des mecs encore en maillots de foot, certains en jeans avec des chemises BCBG, des filles se pavanant dans des fringues que je n'aurais jamais pu me payer, avec des chaussures que je rêverais d'essayer...
C'est désert, à présent.
Je lèche mes lèvres sèches et mon estomac se tord. De la bile tourbillonne dans mon ventre. J'ignore comment mon cerveau embrouillé sait qu'un poison circule quelque part dans mon corps, pourtant il le sait, et il veut s'en débarrasser.