Capítulo 5 Changer

« Aujourd'hui est un grand jour Messieurs ! Aujourd'hui est le jour du test final pour huit agents de terrain. Aujourd'hui ils devront nous montrer leur agilité, leur intelligence et leur incroyable capacité à rester calme dans des situations dangereuses. Derrière moi se trouve huit mobiles-home. Dans ces mobile-homes se trouvent des tableaux à récupérer avec agilité, le plus vite possible. Une caméra suivra tous vos mouvements pendant la période de récupération du tableau. La lumière rouge signifie que l'épreuve est en cours.

Elle n'indique pas la situation de l'agent, si, il ou elle est toujours dans la mobile-home ou qu'il ou elle est déjà sorti. On vous laisse la surprise. Sachez que la porte de votre mobile-home ne s'ouvrira pas, si vous avez loupé celui-ci. Elles s'ouvriront donc à quinze heures, pour les agents qui l'auront raté. Les agents qui rateront ce test devront rester un mois de plus sur le camp. Messieurs et madame en position ! »

Un mois en plus ! Je ne crois pas que cela va être possible !

Je n'arrive pas à croire que ce jour est déjà arrivé, quand je pense que cela fait seulement trois semaines que j'ai écrasé ce sac de boxe ! Le jour où j'ai appris que nous aurions un test à la fin, j'ai cru que j'allais tomber dans les pommes. Je savais que nous devions faire un certain temps dans ce camp, mais je ne pensais pas que nous devions faire un test pour pouvoir le quitter ! Chaque fin de mois, un test est mis en place pour les recrues de terrain ayant fini leur formation. Ce test permet de savoir si nous sommes prêts ou pas. Évidemment ce n'est pas Erick qui allait me prévenir le jour de mon enlèvement pour ce camp de ce petit astérisque dans ce stupide contrat... Que je n'ai jamais signé !

Oui je considère toujours ceci comme un enlèvement, même s'il dit le contraire !

Je ne sais pas pourquoi, tous mes instructeurs sans exception m'obligent à passer ce test aujourd'hui, alors que je suis là que depuis deux mois ! Je me souviens de l'infirmerie, deux jours après mon arrivée, l'instructeur McClain avait dit que j'avais de grande de chance de finir la formation avant les trois mois obligatoires, mais je ne pensais pas qu'il disait ça sérieusement !

Et comme depuis le début que je suis sur ce camp personne ne m'a prévenu qu'est-ce qu'il fallait préparer pour cette épreuve. Le pire, on m'a indiqué m'a présence à ce test seulement la veille de cette fichue épreuve ! Plusieurs objets étaient à notre disposition sur une grande table à la cafétéria pendant toute la journée d'hier. Mais personne n'a voulu m'expliquer pourquoi tous ces objets étaient présents. C'est seulement lors du dîner que j'ai eu l'information. Leur excuse ? Que je n'étais pas sur la liste des prévenus pour le passage de l'examen et qu'ils se sont rendu compte de leur erreur juste avant le dîner. Bien sûr à ce moment-là, très peu d'objets étaient encore présents à cette fin de journée. Les seules choses qui sont dans mon sac aujourd'hui sont trois miroirs ! TROIS ! Ce sont les seuls trucs que j'ai trouvés dans tout ce qu'ils nous ont laissé pour nous préparer ! Tous ces stupides agents, au lieu de me prévenir moi aussi, ont pris tous les meilleurs objets ! Ce n'est pas juste ! J'espère vraiment qu'ils vont se foirer et qu'ils devront rester un mois de plus ici.

« -Agent, à vos marques... FEU ! »

Je n'arrive jamais à démarrer à feu moi ! Faut toujours que je sursaute, au lieu de partir !

Bon, voyons voir. Rayons laser à gogo et le tableau en face de moi. Je suis dans un angle mort, donc Erick ne me voit pas. Eh bien ce salop ne me verra pas ! Ils m'ont laissé trois miroirs, bien, je vais les utiliser à bon escient. Je crois que je pourrais aveugler la caméra avec les rayons, en jouant avec les miroirs. Et pour le reste des rayons, j'espère que je suis assez souple pour les éviter !

J'ai l'impression d'être une Totally Spies avec mon super Com'poudrier. Bon moi mon miroir n'est pas multifonction mais ... OUI j'ai réussi mon coup ! Monsieur instructeur Erick Jones, vous ne verrez pas mon talent !

Maintenant que je suis sûr qu'il ne me verra pas, je peux y aller. Alors, pied gauche, pied droit, on se baisse, on se baisse, on se baisse, ouf, je l'ai presque touché celui-là !

C'est dingue de l'extérieur ce mobile-home avait l'air plus petit !

Mais cela fait combien de temps que je suis sur ces rayons !

Ah enfin ! Quelle... Quelle horreur c'est la pire mauvaise reproduction de peinture que je n'ai jamais vue. Ils auraient pu faire un effort et nous donner un beau vrai faux tableau quand même. Pour qu'au moins la mission soit un peu plus réelle !

Je suis sûr qu'un vrai voleur ne voudrait pas de ce tableau ! Il verrait tout de suite que celui-ci est faux ! Ils ne sont pas idiots ces mecs ! Ils ne se font pas chopper, donc je considère qu'ils ont un certain niveau intellectuel !

Personnellement, je n'ai pas envie de passer encore ces rayons si je dois avoir ce tableau immonde dans mes bras ! Voyons voir s'il n'y a pas un moyen pour le désactiver. C'est un test, je suis sûr qu'il doit avoir ce genre de bouton, pour un peu nous faciliter la vie non ? Un petit trois cent soixante degrés pour vérifier, oui bingo, petit bouton rouge à gauche de l'emplacement du tableau. Mais et si ce n'était pas ça, Erick est tellement vicieux, que je suis sûr que c'est peut-être un piège ? Et puis si un voleur enlève les rayons il doit pouvoir les remettre pour faire comme si personne n'était passé non ? Je n'ai pas vue de boutons, moi en partant ! Je n'ai pas fait attention non plus, oh c'est vraiment trop bête, j'aurais dû faire attention à mon environnement, ça fait partie d'un cours ça en plus !

Honte à moi qui suis une élève si sérieuse habituellement !

Il n'y a pas de laser sur le sol, je pourrais le faire glisser jusqu'à la porte et puis je pourrais faire le chemin inverse ? Je pense que je peux le faire ! Et puis si le tableau n'arrive pas au bout je pourrai toujours essayer de le relancer avec le pied ou la main. J'espère que s'il s'arrête, cela sera dans une zone où je pourrais le relancer. Allez faite que la chance soit avec moi ! Faut vraiment que je mette de la force si je veux qu'il arrive assez loin.

Que la force soit avec moi !

SWIIIIIIIIIIFT !

Mais qu'est-ce que j'ai de la chance aujourd'hui, je crois que ce camp veut me voir vraiment dégager le plus vite possible ! Je t'aime camp Robinson quand tu me fais ça !

Pile poil devant la porte ! Oui je vous assure, la chance existe réellement ! Et c'est reparti pour des entrechats pour pouvoir éviter ces lasers ! Mince dommage qu'il n'y est pas de musique je suis sûr que la valse des fleurs pourrait être parfaite. Un, deux, trois, un, deux, trois ! C'est fou comme le retour est toujours plus rapide que l'aller ! Je ne sais pas combien de temps j'ai mis mais je pense que je m'en sors pas mal, bon je ne pense pas que je suis la première mais je pense que je dois bien m'en sortir. J'espère juste que la porte va s'ouvrir. Si elle ne s'ouvre pas je peux déjà dire ce que Erick pourrait dire « recrue 0317, j'espère que vous allez aimer rester avec nous pour un mois de plus ! ». Non je dois rester positive, je vais partir de ce camp, même si je dois quitter Tom, il pourra venir de temps en temps à Paris, je sais que les relations à distance sont difficiles, mais, moi, je crois que c'est possible, tout est possible, j'en suis sûr. Impossible n'est pas français n'est-ce pas ! ?

Allez j'ouvre à trois, non plutôt quatre, cinq ? Non faut pas que je commence comme ça, je suis courageuse maintenant, j'ai fait des choses que je ne pensais jamais faire ou même refaire dans ma vie. Un... Deux... Trois...

***

« -Recrue 0317, veuillez-vous rendre dans le bureau de l'instructeur Jones. »

Ola je ne comprends plus rien !

Pourquoi m'appelle-t-on, je sais que j'ai fait une connerie lors du test mais bon, de là à être appelé dans le bureau de « l'instructeur Jones ». Et non je suis sûr qu'il va me dire que je l'ai loupé, ce fichu test ! Non c'est impossible que j'aie loupé cette épreuve, je suis sorti, la porte n'était pas bloquée. Peut-être qu'il est quinze heures ? Il a fallu qu'ils nous enlèvent nos montres au poignet pour qu'on ait aucun repère dans le temps ! Des putains de sadiques ! Je veux tellement quitter ce camp rempli de chromosome XY !

Au loin, je vois un visage triste. Le visage triste de mon petit-ami.

Cela fait maintenant un mois que je suis avec lui, dans la logique des choses je devrais bientôt quitter ce camp et je sais que Tom le vit très mal. Les disputes sont de plus en plus fortes à cause de ça.

« -A Kassidy, je suis ravie de te voir ici. Dit Erick, son visage n'exprime aucun sentiment, je ne peux même pas essayer de deviner ce qu'il l'a derrière la tête.

Kassidy ? La seule fois où il m'a appelé ainsi ici sur ce camp, c'était lorsque j'étais à l'infirmerie !

-Sais-tu pourquoi tu es ici ? Me demande-t-il alors que je suis en train de m'asseoir sur la chaise qui se trouve en face de son bureau.

Putain à vouloir faire sortir Erick de ses gonds, je me suis mis dans la merde en cachant la visibilité de la caméra, je suis dans de beaux draps!

-Non je ne sais pas.

Je ne vais pas faire genre que si cette fois, j'ai vraiment envie de partir !

-Tu ne sais pas pourquoi tu es ici ? Personne ne te l'a expliqué ? Dit-il surpris mais en essayant de ne pas rire.

En fait personne ne m'a réellement expliqué quelque chose sur ce camp.

-Eh bien non.

Vas-y moque toi, rigole... Crétin !

-Et bien ma très chère Kassidy, si une recrue est invitée à venir dans mon bureau, cela signifie que deux choses : soit elle n'est finalement pas apte à travailler pour Léonard X et doit signer un contrat pour ne pas révéler son existence. Soit elle a fini son entraînement et reçoit donc son arme de fonction et sa plaque. Et aujourd'hui chère Kassidy, tu as fini ton entraînement.

J'ai... J'ai fini, j'ai... J'ai réussi le test ? J'AI RÉUSSI LE TEST !

-J'ai fini, totalement fini, j'ai réussi votre test, vraiment ? Dis-je en me levant de ma chaise.

-Oui Kassidy, tu as fini, tu rentres à Paris pour commencer ta première mission dit-il avec un léger sourire sur ses lèvres.

-Mais est-ce que je suis vraiment prête ?

-Tu es prête, je le sais car tu es la seule aujourd'hui à avoir réussi le test du vol de tableau, la seule... Cette promotion est vraiment catastrophique... Sérieusement, je me demande si je ne vais pas envoyer ces agents dans les bureaux... Faut vraiment que je parle au directeur du camp... Je m'éloigne du sujet excuse-moi. Aujourd'hui nous avons les preuves qui tu as dépassé ton blocage psychologique. Tu es prête.

Deux choses : la seule à avoir réussi le test ? Et mon... Mon blocage psychologique ?

-Tu ne t'es pas rendu compte, mais lors du défi du sac de boxe, tu as boxé ce sac avec une grande maîtrise, tu l'as fait alors que tu ne voulais pas le faire depuis ton arrivée sur le camp. Je suis sûr que tu n'as même pas pensé à tes parents pendant que tu boxais ce sac. Et puis, la réussite du test. Tu es la seule à avoir pensé à bloquer la caméra pour pouvoir voler le tableau sans te faire voir. Alors que les autres n'y ont même pas pensé, toi tu es a réussi à bloquer la caméra en restant dans l'angle mort. Et tu n'es pas tombé dans le piège d'éteindre les lasers en appuyant sur le bouton près du tableau.

Il... Il dit la vérité, je n'ai même pas pensé à ma mère ou à mon père. Je me suis libéré sur ce sac. En fait je n'ai pas pensé à mes parents depuis que je me suis mis à fond dans cette aventure sur ce camp, j'ai tout fait juste pour moi, Tout, les cours, le sport et le test ! En parlant de test est-ce que je dois lui dire que c'était juste pour qu'il ne me voit pas que j'ai bloqué la caméra ? Non, ce qu'il ne sait pas ne le tuera pas !

-Je suis certain que si je t'emmenais au mur d'escalade niveau professionnel, tu le monterais sans problème. Dit-il avec confiance.

Je n'y arrive pas à la croire ! Moi sur un mur d'escalade ?

-Tu le penses ?

Suis-je capable ?

-Je suis sûr que oui.

-Alors on y va maintenant, si je dois vraiment partir, je veux le faire bien. Dis-je en me dirigeant vers la porte.

Je dois juste continuer à penser à moi !

-Bien allons-y ! » Dit-il en me suivant.

Je vais le faire. Je vais monter ce mur d'escalade. Et je sais que mes parents seront fiers de moi -même s'ils ne seront pas au courant ! -. Il faut que j'arrête de penser à eux, toujours triste. Je sais qu'ils sont heureux. Quand je les regardais faire des courses de chaise roulante comme des enfants dans la cuisine, cela se voyait qu'ils avaient dépassé cette épreuve. Ils se sont faits à l'idée de ne plus pouvoir marcher mais pas moi. Serait-ce cela qui me bloquait ? De ne plus voir ma mère et mon père marché, courir vers moi, courir avec moi. Ce n'est pas moi qui ai eu l'accident, mais c'est moi qui n'ai pas avancé.

« -Votre attention s'il vous plaît ! Dit Erick dans son mégaphone -A quel moment l'a-t-il pris ? -

Attends, il ne va pas faire ce que je pense qu'il va faire !

-La recrue 0317 ici présente va monter le mur d'escalade de niveau professionnel de notre camp !

Mais ce n'est pas vrai ! Le pire dans cette histoire c'est qu'il est prévisible !

-Je ne vais pas pouvoir le faire là ! Lui dis-je les dents serrées.

-Mais si, mais si. Dit-il hors mégaphone. Instructeur McClain, reprit-il, venez aider la recrue 0317 à se mettre en place »

Je vais mourir sur place ! Et puis ces idiots qui me regardent. J'ai l'impression qu'ils attendent que je tombe la tête la première.

OK, ils ne m'ont jamais vu m'approcher d'un mur, mais bon ils ont bien vu que j'ai pu faire tomber ce stupide sac. Alors pourquoi je ne pourrais pas monter ce mur sans difficulté !

« -Vous êtes prête recrue ? Me demande Erick

Je crois

-Oui je suis prête ! »

Concentration, faire le vide dans mon esprit. Tout oublier, oublier ce qui m'entoure et grimper ! Je m'engage et c'est parti ! Gauche, droite, visualiser, chercher une possibilité.

« -C'est bien recrue, continuer ! »

Les encouragements c'est sympa, mais faut pas pousser, j'ai toujours travaillé dans le silence. Et puis je sais que c'est bien, j'ai eu la meilleure des entraîneurs !

« -Sur votre gauche recrue !

-Oh mais ce n'est pas vrai ! Vous ne pouvez pas vous taire pour l'amour de dieu ! »

Et puis passer par la gauche facilitera les choses, j'aime les sensations fortes dans l'escalade alors pourquoi faire dans la facilité !

Silence, et bien apparemment il faut gueuler pour pouvoir vraiment se faire entendre ici. Est-ce que lorsque je serais en mission il y aura un idiot qui me dira où aller ! Il nous enferme pendant trois mois ici pour nous apprendre à analyser, à nous battre, à nous débrouiller. Mais ils nous font quand même chier lorsqu'on doit se débrouiller seul !

Gauche, droite, gauche, droite, je n'entends vraiment plus personne, je ne sais même pas à quelle hauteur je suis. Je suis enfin dans mon monde. Comment j'ai fait pour tout arrêter ainsi. L'art et le sport sont vraiment mes deux passions. Une qui est seulement à moi et une que je partage avec mes parents.

Le bouton rouge se reproche. J'espère qu'ils ont prévu des oreillers pour le sol, parce qu'ils vont tous tomber sur le cul ! -J'aime vraiment montrer ma supériorité ! J'aime aussi me jeter des fleurs ! C'est vrai que cela fait du bien de temps en temps ! Je l'ai toujours dit ça ! -

Et un gros bouton rouge, un !

PUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIpuiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiPUIIIIIIIIIIIIIIIIII!!!

Regardez comme cette petite lumière brille de mille feux ! Descente en rappel pour finir ce petit moment de sensation fort !

J'ai presque envie de prendre Erick dans mes bras ! Il avait raison ce crétin !

« -RECRUES ! JE VOUS PRÉSENTE L'AGENT KASSIDY BRANDON, AGENT DE TERRAIN ET DE BUREAU DE LÉONARD X ! »

On m'applaudit, tout le monde m'applaudit, tout le monde crie des félicitations. Depuis que je suis ici c'est la première fois qu'Erick fait ça pour un agent. Le plus souvent lorsqu'un agent doit partir, on est mis au courant lors du dîner. Il a droit à quelques félicitations venant des quelques recrues et c'est tout. Le lendemain il est parti et personne ne se rappel de lui.

« -Félicitation agent Brandon !

-Félicitation Kassidy !

-HIP HIP HOURRA POUR 0317 !

Lui, il veut des claques !

-Danny tu es mort !»

Tout le monde rigole. Je n'avais jamais vu tout le camp rire autant ! Wow il faut que je parte pour que je loupe la super ambiance.

Il y a un seul bémol, Tom. Celui-ci est en arrière. Il pourrait au moins sourire. Je pars c'est vrai, mais j'ai réussi à vaincre mon traumatisme. Lui qui a tant de fois voulu que je passe au-dessus de celui-ci. Je ne comprendrais jamais les hommes. Dès qu'on arrive enfin ce qu'il nous conseille, ils ne sont pas contents !

« -Tu vas partir n'est-ce pas ? Me demande Tom, après que je l'ai rejoint dans notre petit coin de paradis... L'infirmerie -Oui je sais ce n'est pas très glamour-.

C'est un peu ce qui était prévu !

-Oui.

Je ne vais pas lui dire « mais non, il a dit tout cela pour rien voyons ! » pour lui faire plaisir !

-Je le savais me dit-il en me prenant dans ses bras.

Il savait quoi ?

-Comment ça ?

-Je le savais depuis le début que je n'aurais pas dû m'accrocher à toi, ils attendaient que ça. Que tu arrives à débloquer ton traumatisme psychologique. Je suis sûr qu'il savait que tu allais réussir le test du tableau. Certains des instructeurs avaient même parié que tu réussirais ce fichu test du premier coup et même certains ont parié que tu resterais en formation seulement un mois, d'autres deux, mais tout le monde savait que tu n'allais pas faire les trois mois de formation obligatoire. Certaines personnes pensaient même qu'Erick allait te laisser partir après le défi du sac de boxe. Mais je pense qu'il voulait une confirmation avec ce truc à la con. Et puis comment tu as escaladé ce mur ! Une vraie araignée ! Est-ce que tu as vu le temps que tu as fait ? Ils ont eu totalement raison de te faire passer le test avant les trois mois obligatoires.

Je ne suis pas sûr de vouloir savoir ce que cela veut dire !

-Et si je n'avais pas résolu mon problème au bout des trois mois, et si je n'avais pas réussi ce test ?

-Il t'aurait ramené à Paris, tu ne serais pas resté agents de terrain, juste de bureaux, tu serais resté dans les bureaux de Léonard X. Ton « don » est trop précieux pour qu'il te laisse partir de Léonard en ayant juste signé un contrat de confidentialité.

Mince j'aurais su, je n'aurais rien fait !

-Mais c'est dégueulasse, j'aurais travaillé pendant des jours et des jours et ils m'auraient laissé dans leurs bureaux ! Dis-je en quittant ses bras.

Faisons croire que nous sommes choqués !

-Et bien tu vois, j'aurais préféré que tu restes dans les bureaux. Me dit-il en me regardant dans les yeux cette fois.

Macho ?

-Comment ?

-Tu aurais pris moins de risque, et puis j'aurais pu facilement rester en contact avec toi, les agents de terrains bougent tout le temps et risque leur vie à chaque seconde.

Mais je ne suis pas en sucre !

-Rentre en France avec moi.

-Non ça, je ne veux pas, j'aime ma vie aussi. Dit-il en me montrant son bureau.

Mais il n'est pas net ! Avant moi, il ne profitait même de ses jours de permission, il ne voyait personne à part ses patients !

-Tu es sérieux ? Tu aimes cette vie ? Tu sais quoi, garde ta vie sans piment. De casaniers. Je vais partir. Et tu n'auras plus de mes nouvelles. Comme ça, tu pourras garder ta petite vie tranquille ici.

Cela ne sert à rien que je reste ici, debout devant lui, j'ai bien fait de m'être rapproché de la porte lorsque j'ai quitté ses bras. Je n'ai juste à me retourner et ma main est sur la poignée de celle-ci.

-Chérie...

Putain, mais je n'ai vraiment pas de chance avec les mecs ! Bon, c'est vrai que je démarre au quart de tour, mais lui, il ne fait rien pour m'arrêter non plus, je ne dois pas être si importante !

-Oh ne me lance pas de « Chérie », le coupé-je, ça ne sert à rien, tu n'as même pas applaudi avec les autres, lorsque je suis revenue sur le sol. Tu n'as rien exprimé. Or tu es mon copain. Même si je n'aime pas les encouragements pendant que j'escalade, entendre ta voix m'aurait fait plaisir, tu n'as même pas dit un mot, alors que j'en ai entendu les autres. Tu es... Pardon tu étais mon copain » Lui dis-je en quittant son infirmerie. Pas besoin de parler bien fort, je sais qu'il m'a attendu.

Sortir de l'infirmerie sans claquer la porte et utiliser le verbe être au passé donne une certaine tragédie que j'aime bien.

J'aurais mieux regardé par la fenêtre lors de ce moment de tragédie, je me serai rendu compte qu'il y avait une personne qui suivait notre conversation, avec un certain plaisir non dissimulé. Mais bon, je ne suis pas omniprésente. Je ne peux pas tout voir, tout ça serait comment dire... trop facile !

***

Direction mon mobile-home. Ma petite maison depuis deux mois. Attends, attends...

« -Votre baille a été rompu. » Avait dit Erick avant de partir pour le Canada.

« -MAIS OÙ EST-CE QUE JE VAIS VIVRE ! » Crié-je dans ma chambre.

Mais ce n'est pas vrai, je ne tilte que maintenant ! Oh mais je vais récupérer mon téléphone ! Ce n'est pas le moment de penser à ça !

« -Kassidy, je peux entrer ? Dit Erick après qu'il est toqué à ma porte.

C'est vraiment étrange d'entendre Erick parler si gentiment

-Oui. Lui dis-je en faisant signe d'entrer.

-Heureuse ?

Franchement à part le fait que je viens de rompre avec mon copain, et que j'ai nulle part où vivre, étrangement je suis heureuse !

-Je suis vraiment heureuse cependant j'ai juste une question : OÙ EST-CE QUE JE VAIS VIVRE ? C'est bien joli de rompre mon bail mais moi je vais loger où ? !

-Ce n'est que maintenant que tu te poses la question concernant ton logement ? Cela fait deux mois que tu es ici ! Personne ne t'a rien dis ?

Oh ils commencent tous à me gonfler avec leur stupide phrase « personne ne t'a rien dis !

-Je me répète peut-être ou peut-être pas mais : ON NE M'A JAMAIS RIEN DIT ICI !

Maintenant, que je dois partir, j'espère qu'il aura compris ça !

-Tu es certaine, je suis persuadé que quelqu'un t'avait mis au courant. Me dit-il avec un sourire moqueur en faisant apparaître sa petite fossette sur sa joue gauche.

Mais il se fout de moi là, il se fout de moi ! Je ne suis plus une recrue, je peux lui casser la gueule maintenant !

-Avant de me casser la gueule, cela se voit sur ton visage, ce n'est pas ma faute j'adore te voir comme ça...

C'est quoi ça !

-Mais sache que tout agent de Léonard X est logé. Le plus souvent, près du lieu où il doit intervenir.

Près du lieu où il doit intervenir...

-Attend, mais on n'intervient pas au même endroit...

-Tu sais, Léonard X a beaucoup de logement mis à la disposition des agents terrain en mission.

-Mais je suis aussi agent de bureaux.

-Ce qui fait de toi une exception, tu auras un pied-à-terre à Paris comme tous les agents de bureau, près de ton job. M'explique-t-il en s'asseyant sur la commode présente dans ma chambre -Il va vraiment me regarder faire ma valise ? -

Une seconde, en plus d'être agent de terrain, de bureau, j'aurais un autre job ! Mais je dormirais quand ?

-Mais je n'aurais plus de vie privée ! Et puis je vais travailler où pendant que je ne serais ni sur le terrain et ni dans les bureaux ? Dis-je en rangeant ma chambre.

Il faudra me promener avec une perfusion de café !

-Tu vas travailler au Louvre bien sûr.

Moi... Moi je vais travailler au Louvre, moi, au Louvre, moi pendant mon temps libre, je vais travailler au Louvre !

-OH... MON... DIEU ! Prend ça dans tes dents connard de Benjamin ! Et je vais faire quoi ? Conférencière ? Lui demandé-je surexcité.

Pitié faite que ça soit conférencière, et là je serais comblé à vie !

-Ah non tu vas faire ce que tu sais mieux faire, hôtesse d'accueil, après il se peut que tu montes en grade.

Mon cerveau a bloqué sur deux mots : hôtesse d'accueil. Moi hôtesse d'accueil au Louvre...

-MAIS CE N'EST PAS VRAIIII !

-Calme-toi, être hôtesse d'accueil te permettras de voir qui arrive et qui pourrais être suspect.

Mais je m'en fous. Mon rêve de travailler au Louvre va se réaliser, mais il se transforme en cauchemar. Et me voilà coincée en tant qu'hôtesse d'accueil, au LOUVRE, hôtesse d'accueil au Louvre, je ne vais jamais le digérer ça !

-Je présume que je n'ai pas mon mot à dire ?

Vaut mieux être réaliste

-Tu présume bien. De toute façon ta première mission te ballottera entre le Louvre et les lieux de mission.

C'est moi, où il ne veut pas me dire où seront mes missions ? !

-Et je pars quand ?

Renseignement, renseignement !

-Nous partons ce soir, nous prendrons l'avion à l'aéroport qui se situe tout près de notre camp. Nous ferons une escale à Toronto puis on prendra un avion direct pour Paris.

Il y a beaucoup trop d'incompréhension dans ce qu'il vient de m'expliquer

-Comment ça « nous » ?

-Je viens avec toi voyons, je suis la personne qui t'a introduite, c'est donc normal que nous formions une équipe !

Mais... Mais les autres sont partis sans chaperons !

-Mais... Mais les autres non pas eu de coéquipier !

-Les autres ne sont pas comme toi ! Et leurs coéquipiers les attendaient déjà à Paris ou aux autres lieux où ils ont été assignés. C'est une première qu'un instructeur doit faire équipe avec un autre agent.

Pourquoi je suis toujours l'exception. Ce n'est pas normal ça ! Il y a un truc louche dans toute cette histoire !

-En fait, j'ai fait une demande pour nous soyons coéquipier. Ne me regarde pas comme ça, ils n'étaient pas obligés d'accepter. Dit-il en levant les mains en l'air.

Ce mec, est vraiment, vraiment maso !

-Ce n'est pas fantastique ? On apprendra à se faire confiance, à tout se dire, il n'y aura pas de supérieur entre nous, on sera une vraie équipe !

-Donc je vais devoir te supporter pendant tout le temps où je devrais travailler pour Léonard X ?

Je sens une phrase qui va m'énerver !

-Sachant qu'on travaille pour Léonard X à vie, tu vas devoir me supporter longtemps, très longtemps ! Dit-il avec un énorme sourire. Son sourire n'a fait que grandir pendant cette conversation.

Je le savais !

-Mais tu es un instructeur, tu devras partir de temps en temps, tu ne vas pas rester coller à moi tout le temps !

Pitié une échappatoire, j'ai bien remarqué qu'il ne restait pas tout le temps sur le camp !

-C'est vrai, je devrais partir une fois par mois pendant quatre, cinq jours, mais tu pourras venir avec moi de temps en temps et voir... Tom.

CODE ROUGE ! Je le savais qu'il savait !

-Oh mais tu sais, c'est juste un ami ! Et puis pendant que tu seras ici je pourrais être tranquillement au Louvre.

Juste un ami. Peut-être plus maintenant !

-Si tu le dis, je vais te laisser finir tes valises. Dit-il en sautant de ma commode.

Hé mais moi je n'ai pas fini de parler, il y a un truc encore qui me tracasse !

-Il y a un aéroport près du camp ?

Je suis certaine qu'il a dit qu'il y avait un aéroport près du camp mais je ne suis pas sûre.

-On se voit tout à l'heure.

Mais est ce qu'il sait l'enfer qu'il m'a fait endurer -même si à la fin du voyage cela allait- pendant vingt-quatre heures dans cette voiture !

-CONNARD !

Que c'est bon de le lâcher et haut et fort et de ne pas avoir de répercussion !

-Sache agent, que ce n'est pas parce que tu as fini ta formation, que je ne peux pas te donner des tours de terrains à faire pour insubordination ! »

Ah mais qu'est-ce qu'il est chiant !

Je suis en train de faire le tour du camp. Je deviens presque sentimental. J'ai quand même vécu de bon moment ! Le pire dans cette histoire, c'est que c'était des bons moments avec Tom. Derrière le terrain, il y a un petit bois. Combien de fois Tom et moi nous nous sommes embrassés dans ce petit bois.

Oh et puis l'infirmerie, c'est sûr que sur ce camp, il restera mon endroit préféré. Bien sûr, ce furent surtout nos lieux de rendez-vous à Tom et moi, mais cette infirmerie fut mon refuge pendant toute cette période d'entraînement.

Et puis ce grand terrain, où j'en ai fait des tours ! C'est là que j'ai enfin reçu du respect. -Bon il m'a fallu seulement une journée pour ça mais bon que voulez-vous, j'aime bien dramatiser mon histoire ! -

Montrer à un homme que vous valez autant que lui et il vous respectera pour toujours. Enfin cela arrive pour certains hommes !

Maintenant je dois rentrer à Paris et je traîne la patte. Quand je pense que lorsque je suis arrivé ici, je voulais tellement m'enfuir. Mais pour tout vous dire, finalement, je ne regrette rien. Ma vie est en train de changer. C'est vrai qu'à partir d'aujourd'hui, ma vie sera constamment en danger. Mais je sais que ce que je fais est pour la bonne cause !

« -Tu vas nous manquer Kassy !

À mon petit Danny !

-Tu me manqueras aussi, mais tu sais peut-être qu'un jour nous nous retrouverons ensemble sur le terrain !

Cela serait cool de le retrouver et de travailler avec lui !

-Kassy, il y a peu de chance pour ça, toi tu vas à Paris, mais moi à la fin de mon entraînement, j'irais à Milan. Je vais dans la section italienne de Léonard X.

Il y a une section italienne ?

-Il y a une section italienne ? Je croyais que cette organisation était Française ?

-Toi tu n'as vraiment pas écouté les cours d'histoire sur Léonard X !

Si j'ai écouté ! Enfin je crois !

-Bon peut-être que j'aurais une mission en Italie et on se recroisera ! Ne jamais dire jamais, mon cher Danny ! »

Et ce fut comme ça toute la soirée. Tout le monde qui me dit au revoir. Tous me disant des petits mots de félicitation, et de l'espoir pour qu'on se revoie un jour. J'ai beaucoup aimé la nouvelle vague de recrue qui est arrivée. À la différence de celle qui est partie un mois après moi. Ils avaient vraiment la grosse la tête. Ils se prenaient pour des supers héros à devenir ! Ridicule !

J'ai dit au revoir à tout le monde. Tom n'est même pas sorti de son bureau. Le message est clairement passé. Même pas un « on peut rester amis ». Il fut le premier ami que je me suis fait ici après Hilary. Et encore, avec Hilary on n'a pas pu apprendre à se connaître correctement. Je ne sais même pas dans quel bureau elle a été affectée !

Je n'ai pas de chance en amour, ni au jeu, je devrais au moins en avoir un peu plus de chance en amitié non ? La vie est quelquefois injuste. Mais je sais que ça va changer. Finis le logement merdique. Fini le salaire merdique. On ne peut pas dire que mon travail est merdique. Même si je dois garder la casquette d'hôtesse d'accueil.

Cinq mois. Voilà combien de temps, il a fallu pour que ma vie change, pour que je rompre avec au moins trois M de ma vie. Je devrais écrire un livre.

« -Agent Brandon, il est temps d'y aller. Me dit l'agent Jones

Agent Brandon, cela sonne bien non ?

-Je te suis » Dis-je en prenant mon sac. Celui-ci est devenu légèrement plus lourd qu'à l'aller. Mon arme de fonction et ma nouvelle plaque d'agent se trouvent maintenant à l'intérieur. Je ne sais pas si c'est le poids de l'arme ou de l'importance de sa représentation qui pèse dans mon sac.

Un dernier regard sur le camp. Et je tombe enfin sur les yeux de Tom. Un petit sourire orne sa bouche. Sa manière à lui de me dire « nous pouvons rester amis ». N'ayant pas la force de crier, je lui réponds avec un hochement de tête et un sourire.

Maintenant je peux partir tranquille du camp Robinson !

« -En fait Kassidy, si je te disais que j'ai perdu ta carte SIM, que ferais-tu ? »

Cet homme veut mourir de mes mains.

            
            

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