Je venais d'être réveillée par les cris des voisins, ces deux là devaient encore être entrain de se battre. La vie dans les quartiers sous intégrés étaient infernales, bon après vous me direz que je n'ai connu que ça mais il m'arrive de temps en temps d'aller flâner du côté des gens pleins aux as, aucun bruit ne filtre, c'est même le genre d'endroit où on t'agresse et le voisin n'est pas au courant, mais ici, ce n'est pas la peine, toute la ville est au courant de ce qui se passe dans ta maison.
J'ai traîné mon corps jusqu'à la douche externe, heureusement qu'hier j'avais déjà rempli les seaux et les fûts, entre la douche et notre petite maison, le couple se donnait en spectacle.
Madame avait tenu très fort le pantalon de son homme et lui disait « aujourd'hui tu ne sors pas, ce sera ton pied mon pied » et lui la regardait méchamment, certainement se demandant ce qu'il devait lui faire pour la mettre K.O, hors d'état de nuire à sa liberté. Dans leur bousculade ils sont venus me pousser, faisant tomber mon seau plein d'eau, j'avais vraiment la rage
- Mais enfin voisin et voisine, gênez-vous un peu, dans tout le quartier c'est toujours vous, vous venez de me faire perdre tout un seau d'eau. C'est quel amour furieux vous vous vouez ?
- Ah voisine, je m'excuse, vraiment, demain je m'arrangerais à t'apporter un seau d'eau.
Il avait à peine prononcé ces paroles que sa dame se mit à vociférer
- Quel seau d'eau tu vas apporter ? dis seulement que tu veux aussi te la faire, tu crois que je ne vois pas les œillades que tu fais lorsqu'elle passe ? elle ne va pas nous faire le bruit pour un seau d'eau, papa a un puit, lorsque la pompe ne crache pas l'eau tout le monde se ravitaille dans notre puit, donc non, il n'y aura pas de seau d'eau que tu apporteras ici demain.
J'ai pris ma serviette de la tôle où elle était accrochée avant de m'engouffrer dans ce qui nous servait de douche. J'ai bien calé la planche qui servait de porte et j'ai pris ma douche, laissant les malades là se battre comme les chiffonniers qu'ils étaient.
J'avais une invitation en fin d'après-midi, aujourd'hui je n'avais pas eu un seul marché. Je faisais du repassage chez des particuliers, cinq à 10 milles la bassine et j'avoue qu'il y avait des périodes où ça donnait bien et des périodes sans. Ce n'est que la semaine prochaine que je serai booké, cette semaine était libre et Jacques était pris lui aussi sur des essayages pour un mariage.
J'ai nettoyé notre pièce principale, on avait une très grande chambre qu'on avait divisé en deux à l'aide d'un rideau, une partie servait de salon et une de chambre et je ne m'en plaignais pas tant que j'étais avec mon homme.
Fanny, une de mes amies du lycée vivait avec un blanc, les militaires français du camp de Gaulle et c'est elle que j'allais rejoindre au cactus en fin d'après-midi, elle avait quelque chose à nous annoncer.
J'ai pris mon temps pour me préparer, j'allais quand même en ville, il fallait donner le change, tout le monde n'était pas obligé de savoir que Zelda Obiang vivait dans un coin perdu d'Atong-Abè. J'ai pris un taxi et j'ai rejoint mes amies en ville, il y avait Fanny, Natacha et Valérie, on avait toutes été élèves à Mabignath et après le bac chacune s'est cherchée, je ne me suis jamais trouvée. Mes parents n'avaient pas les moyens pour me faire sortir du pays, j'ai "cartouché" en science éco et j'ai abandonné, depuis je fais des remplacements ça et là et repasse. Jacques dit que si je m'organise bien je peux faire du repassage une structure bien organisée qui pourra après muter en pressing, mais où sont les moyens ?
Les filles étaient déjà là, je les ai salués avant de prendre place.
- Obiang comment vas-tu ? ça fait longtemps hein ? qu'est-ce que tu deviens ?
Le genre de question que je n'aime pas venant de certaines personnes, tu sens la question pour mettre en place le baromètre de ta vie et savoir si tu as évolué, si tu mérites d'être vu avec elle où si tu dois être à ses côtés juste pour tenir ses sacs. Valérie avait posé la question, Natacha ouvrait bien grand ses oreilles tel un rat, les soupapes en action. J'ai plaqué mon sourire le plus fake avant de répondre
- Oh je suis là, c'est tranquille, on ne se plaint pas
- Tu as déjà trouvé quelque chose depuis le temps ? ou bien toujours derrière ton kiosque du PMUG ? (pari mutuel, la vente des tickets de courses des chevaux)
Cette fille ce n'était pas la peine, depuis son retour
d'Abidjan, elle avait été pistonné par sa famille pour un poste dans une maison de téléphonie, où elle n'était même pas cadre, Madame se prenait pour le summum
- Je ne suis plus au PMUG, je suis à mon propre compte et je ne me plains pas.
Je n'en dirai pas plus et il faut dire qu'elles étaient plus les copines à Fanny que les miennes, on se tolérait, mon ami c'était Fanny, pas ses pimbêches des pk. Fanny m'a lancé un coup d'œil, je crois qu'elle avait compris que ses copines m'agaçaient déjà, elle a donc coupé court au questionnaire
- Oh, oh, les mises à jour c'est bien mais je ne vous ai pas fait venir ici pour ça. Vous aurez tout le temps, on est toutes à Libreville, personne ne va fuir. Elle nous a demandé de commander, ce qu'on a toute fait et elle nous annoncé la bonne nouvelle
- Stéphan et moi allons nous marier en comité restreint à son Consulat, on viendra faire le mariage à la coutume plus tard et j'ai franchement besoin que vous soyez là.
Je me suis levée pour aller l'embrasser et la féliciter, c'était une très bonne nouvelle. Nous avons papoté et je voyais bien le regard insistant des deux autres sur Fanny, elle devait se demander comment elle avait fait pour se faire épouser. Je n'avais pas fini que Madame Valérie à lancer
- Oh Fanny au moins toi oh, tu vas être appelé Madame, il faut nous dire comment tu as fait nous aussi on veut la bague.
J'ai tourné les yeux et soufflé bien fort pour qu'elle entende. - Obiang s'il te plait, ne tourne pas des yeux ici, je m'adresse aux femmes capables, celles qu'on épouse, pas à toi qui ne sait même pas ce que demain te réserve.
J'ai préféré ne pas relever, parce que si je le faisais, on allait finir ici en laisse, laisse, j'aller bien la rosser et on allait encore dire que les fangs sont sauvages entre temps Mademoiselle manquait d'éducation.
Le serveur est venu avec une autre tourné et nous a dit que c'étaient les Messieurs assis au comptoir qui offraient et qu'un voulait mon numéro.
J'étais moi-même étonnée, devant les filles sophistiquées là c'est moi Obiang sapé de mes habits de moutouki (friperie) qu'il a vu ? j'ai montré mon étonnement
- Moi ? vous êtes surs que vous ne vous êtes pas trompés ?
- Non Mademoiselle, il m'a bien montré la demoiselle qui l'intéressait et m'a bien décrit vos habits
- Obiang, s'il te plait ne joue pas la difficile, voici un homme capable, pas ta chose là que tu ne veux pas quitter, je ne sais pas pourquoi tu restes avec un fauché
- Ah Fanny pardon, laisse-moi mon chéri, je ne critique pas tes choix, j'attends la même chose venant de toi
- Hé le punu là t'a attaché ou quoi ? toi aussi hein
Et la même demoiselle, comme si on lui avait demandé quelque chose a pris la parole à la suite de Fanny
- Hum les gens ne veulent pas évoluer hein, c'est vivre dans la pauvreté qui est bon pour eux. On te demande ton numéro, un vrai homme. Tu le regardes seulement, tu sais qu'il a balles, ça transparait, toi tu veux jouer la belle. Si tu ne veux pas, moi je donne mon numéro.
- Hé Valérie, c'est comment avec moi ? on t'an envoyé ? pardon je vais donner mon numéro, pas la peine d'envoyer le tien, le Monsieur ne t'a même pas remarqué, tu a été transparente.
-
Hormis ces quelques pics on a passé un bon moment, planifiant tout ce qu'i y avait à faire pour le futur mariage qui aura lieu dans trois mois.
Nous nous sommes séparées en nous promettant de nous voir dans deux semaines, cette fois ci ce sera chez Fanny au haut de guégué.
J'étais debout à la grande route, essayant d'avoir un taxi lorsqu'une voiture s'est arrêtée à mon niveau et le Monsieur qui nous avait offert une tournée était le chauffeur.
- Bonjour Mademoiselle, je peux vous avancer, dites-moi de quel côté vous allez
- Merci c'est gentil, mais je vais prendre un taxi
- Il y a beaucoup de monde, vous risquerez de trop attendre, venez je vous dépose, je vous promets de ne pas vous mangez.
Je n'ai plus insisté et ne me suis pas fait prier plus que ça, en quelques minutes j'étais déposée à la station engen d'Atong Abè et j'avais accepté de lui remettre mon numéro.
je jouais la fille pas du tout intéressée mais tout au fond de moi, je priais que ça morde et qu'il m'appelle réellement. seigneur fais que mon numéro n'aille pas orner son téléphone.